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Chapitre 2 Chapitre 2

La vibration du téléphone sur la table semblait presque intrusive dans le silence de la soirée. Abel fixa l'écran quelques secondes, comme s'il hésitait à ouvrir cette porte invisible vers une conversation déjà tendue. Finalement, il déverrouilla l'appareil et lut le message qui s'affichait. « J'ai préparé le dîner ! Tu peux rentrer plus tôt aujourd'hui ? » Le prénom s'affichait avec une douceur familière, presque réconfortante. Mais cette douceur se fissura rapidement dans l'échange qui suivit. Abel laissa échapper un souffle court, puis tapa lentement sa réponse, les doigts un peu lourds. « Chérie, je suis vraiment désolé, j'ai déjà dîné avec Chris. » La réponse arriva presque immédiatement, comme si l'attente avait été déjà trop longue. « Chris ? Tu parles de celui qui t'a raccompagné chez nous tout à l'heure ? » Abel hésita une fraction de seconde, puis confirma simplement, sans chercher à embellir la situation. « Oui, lui. » Un court silence suivit, mais il était lourd, chargé de ce que les mots ne disaient pas. « D'accord... je suppose. » Puis, après un instant, un autre message apparut, plus froid, plus précis, comme une réalité qu'on dépose sans douceur. « Adrian t'attendait pour qu'on puisse dîner ensemble. Mais ça ne sert à rien de t'attendre maintenant, n'est-ce pas ? » Abel sentit quelque chose se serrer en lui. Il posa brièvement son regard dans le vide du bureau autour de lui, comme si la réponse pouvait s'y trouver. Il revint finalement à l'écran. « Je suis désolé, chérie, je ne savais pas. » La réponse fut immédiate, presque automatique, comme une lassitude qui déborde à travers les mots. « On ne sait jamais avec toi... » Abel pinça les lèvres, son pouce suspendu au-dessus du clavier. Il hésita, chercha une manière d'apaiser la situation, de recoller quelque chose qui semblait déjà se fissurer. « On peut en parler quand je rentrerai ? » Quelques secondes passèrent, plus longues que les précédentes. Puis la réponse tomba, simple et tranchante dans sa sobriété. « Je ne sais pas si je serai réveillé quand tu rentreras à minuit. » Abel sentit son souffle se bloquer légèrement. Il fixa l'écran, incapable d'ajouter immédiatement quoi que ce soit. Il reprit finalement, plus vite cette fois, comme si la conversation lui échappait. « Tu es fâché contre moi ? » La réponse fut encore plus brève, presque distante. « Bonne nuit. » Puis, juste en dessous, une seconde ligne apparut, plus humaine malgré tout, comme un réflexe affectueux qui n'avait pas complètement disparu. « Fais attention à toi. » Abel ferma les yeux un instant. Il passa une main dans ses cheveux, geste nerveux, cherchant à dissiper la tension qui s'accumulait dans sa poitrine. Autour de lui, le bureau continuait de vivre sa propre routine, les voix des collègues s'élevant par moments, les claviers crépitant, les lumières artificielles figées dans leur constance. Il inspira profondément, puis leva les yeux vers Chris, assis non loin de lui. Son collègue l'observait avec une discrète inquiétude, ayant sans doute perçu quelque chose dans son expression ou dans la manière dont il s'était figé. Abel força un sourire. Pas un vrai, pas un spontané, mais celui qu'on utilise pour maintenir les apparences, pour éviter les questions, pour continuer à fonctionner malgré le trouble intérieur. Chris détourna légèrement le regard, comme s'il comprenait qu'il valait mieux ne pas insister. Abel reporta son attention sur l'écran. Ses doigts restèrent suspendus un instant au-dessus du clavier. Il aurait voulu dire autre chose, expliquer, réparer, rassurer. Mais tout semblait déjà trop tardif, comme si les mots arrivaient toujours après le moment où ils auraient pu compter. Finalement, il écrivit simplement : « Je t'aime. » Le message partit dans un souffle numérique, sans retour immédiat. Abel resta immobile quelques secondes, le regard fixé sur l'écran, comme s'il attendait encore une réaction, un signe, quelque chose qui viendrait contredire le silence qui suivait. Mais rien ne vint. Le téléphone resta inerte, froid, témoin muet d'une conversation qui venait de s'éteindre sans véritable conclusion. Autour de lui, la vie du bureau continuait, indifférente. Pourtant, dans sa poitrine, tout semblait légèrement désordonné, comme si chaque mot échangé venait déplacer un peu plus l'équilibre déjà fragile de sa journée. Il posa lentement le téléphone face contre la table, comme pour couper le lien, ou du moins en atténuer l'impact. Puis il se passa une main sur le visage, frottant brièvement ses traits fatigués. Chris s'approcha légèrement, hésitant. - Tout va bien ? demanda-t-il à voix basse, sans insistance. Abel tourna la tête vers lui et acquiesça d'un léger mouvement, trop rapide pour être totalement convaincant. - Oui... juste un petit contretemps, répondit-il en haussant à peine les épaules. Sa voix ne portait pas vraiment la même certitude que ses mots. Mais Chris n'insista pas davantage. Il hocha la tête et retourna à son propre écran, laissant Abel dans son espace intérieur. Le silence reprit sa place, mais il n'était plus tout à fait le même qu'avant. Abel reprit son travail sans réelle concentration. Ses yeux glissaient sur les documents ouverts devant lui sans réellement les lire. Les lignes défilaient, mais son esprit restait accroché à ces messages courts, à ces phrases qui semblaient simples et pourtant lourdes de conséquences invisibles. Il pensa à Adrian, à ce dîner manqué, à la table peut-être déjà débarrassée ou laissée en suspens dans l'attente de quelqu'un qui ne viendrait pas. Il pensa à la fatigue de Noahless, à cette manière qu'il avait de répondre sans détour, sans ornement, quand la déception prenait le dessus. Il pensa aussi à Chris, à ce dîner improvisé, presque anodin, qui venait pourtant de créer une fissure supplémentaire dans quelque chose de déjà fragile. Et malgré lui, il se demanda à quel moment les choses avaient commencé à devenir si compliquées. À quel moment les mots « je rentre plus tard » avaient cessé d'être neutres. Son stylo glissa légèrement entre ses doigts avant de tomber sur la table avec un petit bruit sec. Il ne réagit pas immédiatement. Dans sa tête, les phrases continuaient de se répéter, comme un écho discret, sans fin. Il resta là un moment, immobile entre ses pensées et le bruit du monde autour de lui, incapable de dire si ce soir-là relevait simplement d'un malentendu de plus ou de quelque chose de plus profond qui continuait de s'installer sans bruit.

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  1. Chapitre 1Chapitre 1 Chapitre 1
  2. Chapitre 2Chapitre 2 Chapitre 2
  3. Chapitre 3Chapitre 3 Chapitre 3

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