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Chapitre 2

La lumière crue des projecteurs m'aveuglait. J'étais debout sur l'estrade, les cordes me sciant les poignets. La foule était un monstre sans visage, une masse de silhouettes sombres et de regards avides. Je pouvais sentir leurs yeux sur moi, me déshabillant, me jaugeant, me privant de mon humanité. L'air était épais, saturé de l'odeur de cigares et de parfum bon marché. Chaque respiration était une suffocation.

Je me suis forcée à analyser la situation, à étouffer la panique qui menaçait de me submerger. J'étais seule. Personne ne savait où j'étais. Antoine avait tout planifié. Ce voyage, cette "réconciliation", n'était qu'un prétexte pour m'attirer dans ce piège. Mon mari, l'homme avec qui j'avais partagé mon lit, mes rêves, mes secrets, m'avait vendue. La prise de conscience était si brutale qu'elle en devenait presque irréelle. Il n'y avait pas d'amour, pas de respect, seulement un ego blessé et une cruauté sans fond.

Un flash de mémoire m'a traversé l'esprit. Une soirée d'hiver, il y a des années. Nous étions blottis devant la cheminée de notre maison de campagne. Il m'avait enlacée et avait murmuré : "Avec toi, Jeanne, je suis invincible. Tu es ma force." Ces mots, qui m'avaient autrefois remplie de bonheur, sonnaient maintenant comme une blague cruelle. Sa force ? J'étais son jouet, son objet de vengeance, rien de plus. La douleur de cette prise de conscience était plus aiguë que celle des cordes à mes poignets.

"Regardez-la bien, messieurs," a dit le commissaire-priseur d'une voix huileuse. "Une pièce rare. Une galeriste d'art renommée. Cultivée, raffinée. Imaginez ce que vous pourriez en faire."

Des rires gras ont éclaté dans la salle.

"Je parie qu'elle sait apprécier les belles choses," a lancé un homme au premier rang.

"Surtout quand elle est la chose," a ajouté un autre, provoquant une nouvelle vague de rires.

Leurs mots étaient des coups, chaque syllabe une nouvelle violation. Ils me réduisaient à un corps, à un objet de plaisir et de pouvoir. Mon regard a croisé celui d'Antoine. Il savourait chaque instant, chaque humiliation. Sophie, à côté de lui, rayonnait, son visage transpirant la satisfaction. Elle se penchait vers Antoine, lui murmurant des choses à l'oreille, et ils riaient ensemble. Ils étaient les spectateurs d'un spectacle dont j'étais la victime crucifiée.

"Nous allons commencer les enchères à cinq cent mille euros," a annoncé l'homme sur l'estrade. "Un prix de départ modeste pour une acquisition d'une telle qualité."

La bile m'est montée à la gorge. Ma vie, ma liberté, valaient donc un demi-million d'euros pour commencer. La vente de mon propre corps allait débuter. Je devais faire quelque chose, n'importe quoi. Je ne pouvais pas les laisser gagner.

"Attendez," ai-je dit, ma voix plus forte que je ne l'aurais cru.

Le commissaire-priseur s'est tourné vers moi, surpris. Le silence est retombé sur la salle.

"La marchandise souhaite dire un mot ?" a-t-il demandé avec un sarcasme évident. "C'est inhabituel, mais pourquoi pas. Un peu de divertissement avant la vente."

J'ai ignoré son ton méprisant et j'ai fixé Antoine droit dans les yeux.

"Avant de commencer... je voudrais un verre d'eau. Et un moment seule pour me... préparer."

C'était une demande absurde dans cette situation, mais c'était la seule chose qui m'est venue à l'esprit. Gagner du temps. Réfléchir. Trouver une faille.

Antoine a froncé les sourcils, agacé par cette interruption.

"Pas de caprices, Jeanne. Le spectacle doit commencer."

"J'ai soif," ai-je insisté, ma voix tremblante mais ferme. "Vous me vendez. Vous pouvez au moins m'accorder ça. Ou avez-vous peur que je m'évanouisse avant que le marteau ne tombe ? Ce serait dommage pour vos acheteurs."

Un murmure a parcouru la foule. Certains semblaient amusés, d'autres impatients. Un homme corpulent, assis près d'Antoine, s'est penché vers lui.

"Laisse-la boire, Moreau. Je ne veux pas acheter une femme à moitié morte. Je la veux en pleine forme."

La vulgarité de sa remarque m'a donné la nausée, mais elle a servi ma cause. Antoine, visiblement contrarié de devoir céder, a fait un signe de tête agacé à l'un des gardes.

"Donnez-lui de l'eau. Et cinq minutes. Pas une de plus. Dans la pièce du fond. Assurez-vous qu'elle ne puisse rien faire de stupide."

Le garde m'a détachée et m'a poussée brutalement vers une petite porte derrière l'estrade. C'était une victoire minuscule, dérisoire, mais c'était une victoire. J'avais cinq minutes. Cinq minutes pour trouver un moyen de m'échapper de cet enfer.

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Liste des chapitres

12 chapitres au total

  1. Chapitre 1Introduction
  2. Chapitre 2Chapitre 1
  3. Chapitre 3Chapitre 2

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