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Chapitre 1
Paris célébrait Adèle Duval et Antoine Dubois.
Leur amour était une pâtisserie fine, une composition florale parfaite, une histoire que tous les magazines voulaient raconter.
Lui, Antoine Dubois, le chef pâtissier dont les créations étaient des bijoux de sucre.
Elle, Adèle Duval, la fleuriste dont les bouquets semblaient capturer l'âme de la ville.
Ensemble, ils étaient l'image même du succès et de la passion parisienne.
Ce soir-là, pour leur cinquième anniversaire de mariage, Antoine avait privatisé un restaurant sur les toits de Paris.
La Tour Eiffel scintillait juste pour eux.
Devant les photographes et les amis triés sur le volet, il s'était agenouillé, non pas avec une bague, mais avec un nouveau gâteau créé en son honneur, "L'Adèle".
Il l'avait regardée avec des yeux pleins d'un amour si intense que toute l'assemblée avait soupiré.
« À ma femme, ma muse, mon éternité. »
Ses mots étaient repris partout.
Adèle, touchée, avait souri, son cœur débordant de ce bonheur qu'elle croyait solide comme le roc.
Elle se sentait la femme la plus chanceuse de Paris.
De retour dans leur grand appartement haussmannien, l'euphorie de la soirée retombait doucement.
Adèle, pieds nus sur le parquet froid, commençait à rassembler les vêtements de la journée pour les mettre à la machine.
C'était un rituel simple, un retour à la réalité qu'elle aimait.
Elle prit le pantalon de costume d'Antoine, jeté sur une chaise.
En vérifiant les poches, ses doigts rencontrèrent un petit carré de plastique.
Elle le sortit machinalement, pensant à un reçu ou un emballage de bonbon.
C'était un emballage de préservatif.
Rose vif.
Une odeur chimique et sucrée de fraise s'en échappa.
Adèle figea.
La fraise.
Elle détestait ce parfum, ce goût.
Antoine le savait mieux que personne.
Depuis leur premier rendez-vous, où il avait commandé par erreur un dessert à la fraise et où elle avait eu une grimace de dégoût, c'était devenu une de leurs blagues.
Il l'appelait sa "princesse anti-fraise".
Il ne toucherait jamais à quoi que ce soit qui ait ce parfum.
Un frisson désagréable parcourut son dos.
Ce n'était pas à lui.
Ce n'était pas pour elle.
Alors, pour qui ?
Soudain, une image lui revint en mémoire, nette et précise.
Il y a quelques semaines, à la pâtisserie.
Manon, la jeune apprentie d'Antoine, avait sorti un paquet de chewing-gums de son sac.
Des chewing-gums à la fraise.
Elle en avait proposé à tout le monde.
Adèle avait poliment refusé.
« Oh, vous n'aimez pas ? C'est mon parfum préféré. »
La voix de Manon, un peu trop enjouée, résonna dans sa tête.
À l'époque, Adèle n'y avait pas prêté attention.
C'était un détail insignifiant.
Maintenant, ce détail devenait une pièce d'un puzzle qu'elle ne voulait pas assembler.
Le chewing-gum à la fraise.
Le préservatif à la fraise.
Manon.
Le bruit de la douche s'arrêta.
Antoine sortit de la salle de bain, une serviette nouée autour de la taille, les cheveux humides.
Il la vit debout, immobile au milieu de la chambre.
Son sourire radieux s'effaça légèrement.
« Tout va bien, mon amour ? Tu as l'air ailleurs. »
Il s'approcha, son corps chaud et familier.
Il voulut l'embrasser, mais elle recula d'un pas imperceptible.
Son regard tomba sur ce qu'elle tenait dans sa main.
Son expression changea en une fraction de seconde.
Une lueur de panique vite maîtrisée.
Puis il éclata d'un rire qui sonnait faux.
« Oh, ça ! J'avais complètement oublié ce truc. »
Il le prit des mains d'Adèle et le jeta à la poubelle avec un geste dédaigneux.
« C'est une blague de l'équipe. Tu sais comment ils sont. Ils m'ont mis ça dans la poche cet après-midi pour me taquiner sur notre anniversaire. Un préservatif à la fraise... ils savent que tu détestes ça. C'est leur humour idiot. »
Il la prit dans ses bras, la serrant fort.
Son corps sentait le savon, la propreté.
Il lui caressait les cheveux, sa voix était un murmure doux et rassurant.
« Ne pense même pas une seconde que... Adèle, tu es toute ma vie. Tu le sais. »
Adèle resta rigide dans ses bras.
La chaleur de son corps, son odeur, tout ce qui la rassurait d'habitude lui semblait soudain étranger, menaçant.
Elle entendait les mots, mais ils ne pénétraient pas.
Son explication était plausible.
Trop plausible.
Trop rapide.
Elle se détacha doucement.
Elle leva les yeux vers lui et força un sourire.
« Tu as raison. C'est stupide. Je suis fatiguée. »
« Bien sûr, mon amour. Viens, allons nous coucher. »
Elle se laissa guider vers le lit.
Elle se glissa sous les draps, lui tournant le dos.
Antoine l'enlaça par la taille, son souffle chaud sur sa nuque.
Il pensait l'incident clos.
Mais pour Adèle, tout commençait.
Les mots qu'il avait prononcés sur le toit de Paris quelques heures plus tôt, "ma muse, mon éternité", résonnaient maintenant dans sa tête comme un écho vide et moqueur.
Elle ferma les yeux, mais elle ne dormit pas.
Elle attendait.
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