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Chapitre 2 Chapitre 02
Cameron Williams est un homme d'affaires connu de tous. Dire qu'il est prisé est un euphémisme. Partout où je peux le croiser, une horde de filles semble constamment le suivre et prête à se battre pour remporter le morceau de viande qu'il est à leurs yeux faussement énamourés. Ou peut-être est-ce réellement le cas pour certaines d'entre elles à la différence des nombreuses croqueuses de diamants qui gravitent autour de lui.
Autant dire qu'il est de cette catégorie d'hommes que je prends soin de fuir tout particulièrement. Monsieur Williams arbore une pancarte imaginaire que je suis la seule à voir et cette dernière clignote sans cesse au-dessus de sa tête. Elle équivaut à un panneau de danger indiquant: « Stop ! À éviter de toute urgence ! »
Pourtant, ce n'est pas mon genre de juger les gens, mais j'ai une opinion toute faite de quelqu'un comme lui malgré tout. Il mène sa vie comme il l'entend et c'est tout à son honneur, mais sa façon de vivre n'est pas la même que la mienne, point. Nous n'avons pas la même façon de voir les choses, c'est un fait indéniable.
Nous sommes différents. Aux antipodes l'un de l'autre. C'est pourquoi je déteste sentir ce que sa présence fait naître en moi. C'est une sorte de chamboulement malvenu que je ne comprends pas et méprise grandement.
Je sors de la loge et un brouhaha inconfortable me saisit tout de suite, me donnant encore plus envie de me jeter dans le premier avion en partance pour mon île. Je lâche un profond soupir de lassitude et mes deux comparses me lancent aussitôt un regard amusé et à la fois compréhensif.
Eux seuls savent combien je déteste tout ce qui a attrait avec le monde du show-biz, malgré la renommée que cela me donne et qui permet aux danseurs de mon groupe de tant briller. Cela leur profite et je suis heureuse de parfaire leur prouesse qui fait leur bonheur et celui de leurs familles restées chez nous et dorénavant plus dans le besoin.
C'est quelque chose que l'on endure tout en pratiquant le métier de nos rêves. Seul le milieu dans lequel cela nous mène inévitablement dès que nous sommes remarqués est parfois détestable et c'est dans celui-ci que nous évoluons dorénavant. Ça l'est pour une fille simple comme moi. Beaucoup de mes danseuses ne comprennent pas mon appréhension à fouler ces lieux bling-bling.
Au contraire de moi, et comme beaucoup de filles et garçons, elles ne visent que ces événements en se languissant d'y retourner. Elles se sentent lumineuses comme des étoiles précieuses et scintillantes, tandis que je ne pense qu'à l'extinction des projecteurs une fois la représentation finie.
Bien sûr, je me galvanise des applaudissements qui suivent toujours mes performances. Attention, je ne crache pas dans la soupe. Loin de moi l'idée d'être ingrate. Je suis profondément reconnaissante d'avoir cette vie et en mettre plein la vue à chaque public. Je le suis pour étinceler parmi mes danseurs sur chaque scène du monde entier. Seulement, les lumières, les paillettes... Tout ça, ce n'est pas ce que j'aime tant, bien que ce soit ce qu'il faut pour réussir et continuer cet apogée fantastique dans la réussite.
Moi, ce que j'aime c'est la danse et la musique, évidemment, mais aussi et surtout le silence, la simplicité, la nature à l'état sauvage. En fait, mon idéal serait de poursuivre ma renommée en continuant de danser à n'en plus finir, mais avec comme toile de fond mon île et ses paysages spectaculaires que je chéris tant depuis toujours et non le monde du show-biz.
Le seul bruit que j'accepte avec joie et adore entendre est celui de Teahupoo. C'est la vague, qu'autrefois, les grands chefs venaient affronter et rivaliser de courage. Il s'agit de la vague la plus dangereuse au monde. Un véritable tube de légende sur lequel Oro, Raimana et moi prenons infiniment plaisir à surfer à chacun de nos retours.
Nous rejoignons la presqu'île de Tahiti dès que nous le pouvons et prenons un petit-déjeuner dans notre snack favori, chez Amata, qui borde le lagon avant de prendre la direction de la Marina. Enfin sur place, nous nous mêlons aux nombreux surfeurs venus de plusieurs régions du monde afin de se confronter aux vagues mythiques de Teahupoo. Le spot y est dangereux parce que fortement exposé à la houle qui s'échoue sans fin en des vagues profondes et puissantes sur le récif corallien.
Je félicite les membres de ma Hope Family, présents dans un immense vestiaire dédié aux danseurs, puis traverse la salle bondée et bruyante dans ma magnifique robe extrêmement découverte. Elle dissimule seulement ma poitrine, mon pubis et mes fesses dans un mélange élégant de dentelle noire et argentée et s'échoue en une longue traîne à l'arrière en laissant mes longues jambes dénudées à l'avant.
Juchée sur des talons de dix centimètres, je ne vise que mon siège seulement à quelques mètres de moi. Cependant, je suis constamment arrêtée à chaque rangée devant lesquelles je passe, interpellée par tel ou tel artiste. De compliments en félicitations en demandes de nouveaux projets, j'ai beaucoup de mal à rejoindre ma place attitrée pour le restant de la soirée.
Oro m'indique son emplacement d'un signe de tête encourageant tandis que, attristée, je refuse poliment un nouveau contrat. Je n'aime pas éconduire un artiste, mais je suis surbookée et n'ai tout simplement pas assez de place pour le caser entre deux répétitions. C'est tout bonnement inimaginable.
- Peut-être plus tard, dis-je avec peu d'espoir de parvenir à le glisser dans mon agenda de malade, même à l'avenir.
Il s'agit d'un jeune chanteur à la mode, moqué des autres artistes, car oui, la méchanceté atteint des records dans ce milieu. Et pas que dans celui-ci. Il se la joue gros dur en affichant un style de gangster de rue alors qu'il a été un privilégié depuis sa naissance. Cependant, il continue à tenter de se composer cette image qu'ont les rappeurs et, auprès d'eux, il ne représente qu'un morveux totalement naze à leurs yeux.
Le truc c'est que le morveux fait partie du top dix et passe devant les trois quarts d'entre eux, et ça, ils n'arrivent pas à l'avaler. C'est la pilule qui ne passe pas et ils n'hésitent pas à le lyncher oralement à travers leurs tubes et chaque fois qu'ils le croisent, comme ce soir. Je déteste ça et me sens encore plus mal de devoir lui répondre non.
Connaissant pertinemment mon certain pouvoir dans ce milieu chaotique, je reviens sur mes pas et lui donne un hug auquel, bien que surpris dans un premier temps et n'en croyant pas ses yeux, il se laisse aller. En se reculant enfin, il me regarde avec admiration de ses grands yeux noisette toujours ébahis.
- Je suis peut-être prise jusqu'au cou professionnellement, mais il se pourrait bien que je m'incruste sur scène lorsque tu devras y faire ton show et que je serai dans la même ville que toi, lui soufflé-je dans ce qui sonne comme une promesse.
Après un clin d'œil complice lancé à son attention, je m'écarte de lui afin de rejoindre les miens qui m'observent un sourire en coin.
- Merci Raina ! s'exclame le jeune chanteur aux nombreux colliers d'or qui menacent de rompre son cou svelte, tandis qu'il semble se rabrouer face à ce qui vient de se produire, soit notre échange et plus particulièrement mon approche, car je suis connue pour être réservée.
Je ne suis pas non plus super tactile avec les personnes étrangères. Mais mon geste a eu le don de clouer le bec à de nombreuses personnes avec lesquelles je travaille et qui viennent de passer pour idiots pour s'en prendre gratuitement à un petit jeune qui, malgré son âge, a un talent incontestable.
J'ai plusieurs de ses hits dans ma playlist et il m'arrive souvent de les écouter. La musique est au même titre que la danse chez moi, c'est vital. Et, comme toujours, ces personnes sont toutes au même rang pour moi. Stars ou pas stars, tous à la même enseigne.
Oro attend patiemment que j'approche en se tenant toujours en retrait afin que je regagne enfin ma place. Tandis que je m'assois, mon regard tombe instantanément dans celui si profond de Monsieur Williams. Effectivement, l'assise que l'on m'a attribuée est juste derrière celle de Cameron Williams et ses plus proches amis, Joshua, célèbre tatoueur, et Savannah, galeriste en vogue.
J'ai un instant d'hésitation en m'installant, mes yeux toujours ancrés dans les siens, tandis qu'il reste tourné face à moi tout comme ses amis. Et mon incertitude, quant à ce que sa présence vient de provoquer en moi, semble lui faire plaisir. Cela suffit à me remettre les idées en place. S'il croit me prendre pour toutes ces filles assoiffées de sa personne, il va être très vite déçu.
Il est beau, vraiment. Incroyablement beau pour tout dire. Au point que ça en est tout simplement déroutant. Il est même l'homme que je trouve le plus beau au monde et pourtant j'ai pas mal voyagé depuis que je suis devenue la chorégraphe prisée des stars, mais il ne représente que cela à mes yeux. Je sais, de sources sûres, que la beauté peut se montrer dangereuse en cachant les plus belles pourritures.
J'ignore mon insupportable palpitation, soudainement accélérée, dans ma cage thoracique face à cet être sublime, et me compose l'expression neutre que j'affectionne depuis toujours face au monde entier, car je ne tolère pas qu'on puisse lire en moi. Cela ouvre beaucoup trop de portes sur un passé que je tente de laisser définitivement aux oubliettes.
Mon visage recomposé, je tourne la tête et adresse un signe poli aux personnes de notre rangée. Ces dernières m'observent déjà avec émerveillement, ce qui me met toujours mal à l'aise. Je ne suis pas la chanteuse numéro un mondial et pourtant c'est tout
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