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Chapitre 1
Camille Dubois ajusta la bretelle de sa robe en soie noire, le tissu glissant sur sa peau. Ce soir, c'était le gala annuel des restaurateurs, un événement que Marc attendait avec impatience. Elle avait choisi cette robe spécialement pour lui, une pièce simple mais élégante, qui mettait en valeur la silhouette qu'il disait tant aimer. Tout était prêt, son maquillage était parfait, une touche de rouge à lèvres carmin pour contraster avec la sobriété de sa tenue. Elle attendait, un verre de champagne à la main, le son de la clé de Marc dans la serrure.
Mais au lieu de cela, son téléphone vibra sur la coiffeuse en marbre. C'était lui.
« Chérie, » commença-t-il, sa voix empreinte d'une urgence feinte qu'elle connaissait trop bien. « Ne m'attends pas. Un problème grave à la maison. »
Camille fronça les sourcils. « À la maison ? Mais nous sommes à la maison. »
Un silence bref, puis il se reprit. « Non, chez mes parents. Ma mère... elle a fait une chute. Je dois y aller tout de suite. Je suis déjà en route. »
Sa mère. Une femme robuste qui n'avait jamais eu le moindre problème de santé. Camille sentit une pointe de suspicion, mais elle la repoussa. C'était sa mère, après tout.
« Oh mon Dieu. Est-ce que ça va ? Je viens avec toi. »
« Non, non, reste là, » dit-il rapidement, trop rapidement. « C'est le chaos ici. Je te tiendrai au courant. Je suis désolé pour le gala. »
Et il raccrocha avant qu'elle ne puisse répondre.
Camille resta immobile, le téléphone serré dans sa main. La déception était vive, mais une autre sensation, plus froide et plus inquiétante, commençait à s'insinuer en elle. L'excuse était trop parfaite, sa réaction trop précipitée. Depuis quelques mois, Marc était distant, souvent absent sous des prétextes de plus en plus vagues. Chef étoilé en pleine ascension, son emploi du temps était certes chargé, mais ce n'était pas son travail qui la préoccupait. C'était autre chose.
Elle posa son verre, l'effervescence du champagne lui paraissant soudain fade. Lentement, elle retira ses boucles d'oreilles en diamant et s'assit sur le bord du lit. Son intuition, cette petite voix qu'elle avait appris à ignorer par amour pour lui, criait. Elle décida, pour la première fois, de l'écouter.
Elle enfila un jean et un simple pull, attrapa ses clés de voiture et quitta leur luxueux appartement parisien. Elle n'allait pas chez les parents de Marc. Elle savait, au fond d'elle, qu'il ne s'y trouvait pas. Une idée folle lui traversa l'esprit. Son restaurant. « L'Ambroisie ». C'était son royaume, son sanctuaire. S'il y avait un endroit où il se sentirait en sécurité pour mentir, ce serait là.
Alors qu'elle conduisait dans les rues illuminées de Paris, son téléphone vibra de nouveau. Ce n'était pas Marc. C'était un message d'une amie, Sophie, avec un simple lien et un message : « Tu devrais peut-être voir ça... Je suis désolée. »
Son cœur se serra. Avec des doigts tremblants, elle cliqua sur le lien.
La page s'ouvrit sur une story Instagram publique. La musique était assourdissante, des rires fusaient. La vidéo balayait une salle bondée. Camille reconnut immédiatement le décor feutré de « L'Ambroisie ». Le restaurant était privatisé pour une fête. Au centre de la pièce, une jeune femme, radieuse, soufflait les bougies d'un gâteau spectaculaire. Derrière elle, une bannière proclamait : « Joyeux Anniversaire, Chloé ! ».
Chloé. La nouvelle apprentie pâtissière. Une jeune femme jolie, à peine sortie de l'école, que Marc avait engagée il y a six mois.
La caméra zooma. Et là, le monde de Camille s'effondra.
Marc se tenait derrière Chloé. Ses bras entouraient sa taille fine, son visage était enfoui dans ses cheveux. Il lui murmura quelque chose à l'oreille, et elle se retourna en riant, ses yeux brillants d'adoration. Puis, sous les acclamations de la foule, il se pencha et l'embrassa. Pas un baiser chaste. Un baiser long, passionné, possessif. Un baiser qui ne laissait aucune place au doute.
La story suivante était une photo. Marc et Chloé, joue contre joue, souriant à l'objectif. Il portait le costume qu'il aurait dû porter pour le gala. Elle portait une robe rouge incendiaire. Ils ressemblaient à un couple. Un couple heureux, célébrant un moment important.
L'urgence familiale. La chute de sa mère. Tout n'était qu'un mensonge. Un mensonge cruel et éhonté pour célébrer l'anniversaire de sa maîtresse.
Camille gara la voiture à quelques rues du restaurant, le moteur tournant encore. Le froid n'était plus une simple sensation, c'était une certitude glaciale qui avait envahi chaque parcelle de son corps. La femme élégante et discrète, la femme dévouée qui avait soutenu son mari dans l'ombre, venait de mourir. Une autre personne était en train de naître de ses cendres, une personne qu'elle ne connaissait pas encore, mais qui était animée par une seule chose : une colère froide et déterminée. Elle coupa le contact, sortit de la voiture et marcha d'un pas résolu vers la porte de « L'Ambroisie ».
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