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Chapitre 3 Chapitre 3

Trois heures plus tôt.

- Contrat signé, monsieur. Deux milliards. Le groupe est à vous.

Sebastian referma le dossier sans un sourire.

- Bien. Il me reste une dernière formalité ce matin.

- La réunion avec les investisseurs ?

- Mon mariage.

Sean, son assistant, faillit s'étrangler avec son café.

- Votre... mariage, monsieur ?

- Une promesse faite à ma mère, avant qu'elle ne meure. Épouser la fille Quinn.

Il eut un sourire sans chaleur.

- Je ne l'ai jamais vue. On la dit belle et avide. Elle tiendra trois mois à peine dans la pauvreté, puis elle me suppliera de divorcer. C'est exactement ce que je veux.

- Et si ce n'est pas le cas ?

Sebastian enfila son vieux blouson usé par-dessus sa chemise à trois mille dollars.

- Alors, elle saura ce qu'est l'enfer véritable.

......

- Ce... ce n'est pas possible. Comment Sebastian peut-il être aussi séduisant ? murmura Cassie entre ses dents.

Se penchant vers sa mère, elle chuchota, les dents serrées :

- Maman, pourquoi ne m'as-tu pas montré de photo de lui ? Si j'avais su qu'il avait ce visage, jamais je n'aurais voulu qu'il épouse Natalie à ma place.

Lauren ferma les paupières, exaspérée, avant de répondre d'un ton las :

- Cassie, tu comprends encore bien peu de choses. Un jour, tu verras qu'un beau visage ne nourrit personne. Sebastian n'a rien à offrir. Il n'a ni carrière, ni ambition, ni avenir. C'est un bon à rien. Parfait pour Natalie. Ils sont faits pour se noyer ensemble dans l'oubli.

Cassie détourna la tête, piquée au vif, mais garda le silence. Ce qu'elle ne supportait pas, c'était de voir sa cousine épouser un homme d'une telle prestance. Il avait cette allure de star qu'on ne rencontre qu'au cinéma.

Pendant ce temps, Sebastian s'était approché de Natalie. Il la regarda calmement et déclara :

- Excuse-moi pour le retard. J'avais des choses à régler.

- Ce n'est rien, répondit-elle avec détachement.

Elle ne s'intéressait guère à ses excuses. Tout ce qui comptait désormais, c'était de constater qu'il était bel homme. Cela rendait la situation un peu moins amère.

En se détournant, un éclat attira son regard. Au poignet de Sebastian brillait une montre Patek Philippe dont la lumière jouait sur le cadran.

Natalie n'était pas riche, mais elle savait reconnaître les symboles du luxe. Le modèle qu'elle voyait valait une fortune, au moins un million. Elle resta un instant figée, les sourcils froncés.

On lui avait toujours répété que Sebastian vivait modestement, qu'il n'avait ni fortune ni statut. C'était même la raison pour laquelle on l'avait choisi pour elle. Alors comment expliquer cet objet hors de prix ?

Une ombre d'interrogation passa dans ses yeux : qui était réellement l'homme qu'elle venait d'épouser ?

Le froncement de sourcils de Natalie n'échappa pas à Sebastian. Suivant la direction de son regard, il découvrit qu'elle fixait sa montre. Il comprit aussitôt ce qu'elle imaginait et se pencha vers elle pour murmurer :

- Ce n'est qu'une copie, empruntée à une amie. Je la garde pour faire illusion, pas pour tromper. Je ne pensais pas que tu t'en apercevrais aussi vite.

Il ôta aussitôt la montre et la glissa dans sa poche, l'air un peu amusé.

- On jurerait une vraie, dit Natalie en s'écartant, le visage légèrement empourpré.

Sebastian se rapprocha d'elle, et son souffle effleura son oreille tandis qu'il parlait.

En y repensant, Natalie se dit qu'il n'était pas étonnant qu'un homme comme lui ait des connaissances capables de se procurer des imitations. Un instant plus tôt, elle avait craint qu'il ait gagné son argent par des moyens douteux. Cette pensée l'avait glacée ; elle soupira de soulagement en comprenant qu'il n'en était rien.

Sebastian, quant à lui, l'observait avec une curiosité mêlée d'incrédulité. Il avait entendu toutes sortes de rumeurs au sujet de la fille Quinn - qu'elle collectionnait les amants, qu'elle aimait s'afficher en public - et cette réserve, cette pudeur même, contredisaient tout ce qu'il avait cru savoir d'elle.

Une voix féminine retentit alors, légère mais ferme :

- Le marié est arrivé. Pourquoi la cérémonie n'a-t-elle pas encore commencé ?

Cassie s'avança aussitôt, radieuse, tenant le bras de son compagnon.

- Puisque tout le monde est là, laissez-moi vous présenter mon petit ami, lança-t-elle avec un ton trop assuré. Voici Steve Carter, l'aîné de la famille Carter. Nous formons désormais une belle alliance, et qui sait, peut-être pourrons-nous vous être utiles, un jour.

Steve baissa la tête si brusquement qu'on aurait cru qu'il voulait disparaître.

Natalie, en le voyant, ne ressentit rien. Elle prit un air détaché et répondit avec un calme mordant :

- Charmant. Mais il ne me semble pas que ce soit le même que la semaine dernière. Tu changes si souvent... je me demande qui t'accompagnera la semaine prochaine.

Le visage de Steve se figea, son sourire se transforma en grimace. Cassie, piquée au vif, lança un regard noir à Natalie avant de forcer un rire et d'enchaîner :

- Enfin... si tu veux, je peux recommander Sebastian à la société des Carter. Même sans qualifications, ils lui trouveraient bien quelque chose à faire : balayer les couloirs, nettoyer les sanitaires... Ce serait toujours mieux que de traîner dehors, non ?

Natalie sentit son cœur se serrer. Elle jeta un coup d'œil à Sebastian, craignant sa réaction. Mais il resta impassible, esquissant un léger sourire.

- C'est gentil, mais je préfère encore flâner, répondit-il avec une désinvolture tranquille.

Cassie ravala sa frustration, prit Steve par le bras et retourna à sa place, le visage fermé. Peu après, le prêtre fit son entrée et la cérémonie fut expédiée en quelques minutes à peine.

Quand tout fut terminé, Sebastian raccompagna Natalie jusqu'à une petite maison à la périphérie de la ville. Le lieu semblait avoir connu de meilleurs jours : les murs écaillés, le toit affaissé par endroits. Pourtant, il y régnait une propreté presque méticuleuse. Tout donnait l'impression d'avoir été préparé à la hâte, juste pour donner le change.

Sebastian, immense dans cet espace étroit, paraissait y détonner. On devinait qu'il menait une existence modeste, peut-être précaire, mais il n'en avait pas honte.

- Voilà notre foyer. Ce n'est pas grand-chose, mais c'est tout ce que j'ai, dit-il simplement.

Natalie hocha la tête.

- C'est petit, mais agréable. On s'y fera.

Et elle le pensait vraiment. Malgré son délabrement, la maison respirait l'ordre et la simplicité. Le jardin, bien entretenu, trahissait un certain soin. Ce qui manquait, c'était une âme, un peu de vie.

Sebastian ôta sa veste et la posa sur une chaise en bois avant de déboutonner sa chemise. Ses épaules puissantes se dessinèrent sous le tissu. Natalie détourna le regard, puis, malgré elle, le ramena vers lui. Il s'arrêta, remarqua son trouble, et s'approcha. Chaque pas réduisait la distance entre eux.

- Tu dois être épuisée, murmura-t-il. C'est notre nuit de noces, après tout.

Sa voix, grave et posée, fit vibrer quelque chose en elle qu'elle ne sut pas nommer.

Puis il eut un sourire lent, et ajouta :

- Il n'y a qu'un lit dans cette maison, madame Klein.

Natalie sentit son cœur cogner contre ses côtes.

- Comment allons‑nous passer la nuit ?

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