Passer au contenu principal

Chapitre 3 Chapitre 3

POV : JEFFREY, 9-14 ANS

Après la mort de mon papa.

La nuit qui suivit fut la plus longue de ma vie.

Le manoir Kingboy, d'ordinaire bruissant de vie, étouffait sous le poids du chagrin. On me portait plus qu'on ne me guidait. Je garde surtout des sensations : le goût du sang sur mes lèvres, les mains fermes des gardes, le marbre glissant sous mes chaussures.

Au centre du salon, sous un drap blanc, reposait mon père.

Immobile. Définitif.

Je posai mes mains sur lui : la froideur me transperça. Des taches rouges se formèrent sur le tissu. Son sang, encore tiède. Mes doigts tremblants se couvrirent de rouge.

Un cri muet me brûla la gorge.

Autour de nous, la maison s'agitait : conseillers, messagers, alliés nerveux. Le monde s'organisait déjà pour enterrer le roi... et le clan avec lui.

Moi, je n'étais qu'un enfant chaos au milieu d'un empire qui s'effondrait.

Ma grand-mère me fit venir dans sa chambre sombre, saturée d'encens. Elle m'observa longuement, puis déclara d'une voix tranchante :

- «Jeffrey... le monde que tu connaissais est mort. Ton père était notre rempart. Les ennemis viennent déjà. Tu n'as plus le droit d'être un enfant.»

Elle posa sa canne entre mes mains, m'obligeant à la serrer. Le bois froid ressemblait à un pacte silencieux.

Ma vie venait de basculer.

Les funérailles furent brèves, presque mécaniques. Les clans inclinèrent la tête sans chaleur. Certains murmuraient déjà des calculs d'alliances.

Puis vint l'émissaire de William Fristson : sourire poli, regard vide, voix dure.

Il annonça la dissolution des accords. Le partage des territoires. La fin officielle du clan Kingboy.

Quand il partit, j'eus l'impression que tout l'air de mon corps s'échappait.

Ma grand-mère resta droite. Dans son silence, je sentais déjà se construire en moi quelque chose de nouveau : une froideur, une discipline, un avenir qu'elle était prête à façonner, peu importe mon âge.

Les jours suivants ne furent qu'un tourbillon silencieux.

J'étais une ombre glissant dans les couloirs. On murmurait. On pleurait. On craignait.

Puis ma grand-mère me prit par les épaules et me conduisit dans la salle du Rituel. Une salle interdite aux faibles. Aux enfants. Aux innocents.

Je n'étais plus rien de tout ça.

Les murs étaient recouverts d'anciens symboles, de peintures d'or et de rouge. Au centre, un bassin de marbre noir.

Je ne tremblais pas. J'étais froid, creux, vide.

- «Jeffrey,» murmura ma grand-mère. «Tu vas porter son nom. Sa colère. Sa couronne. Mais d'abord... tu dois mourir en tant qu'enfant.»

Elle porta la lame sur ma paume.

Je ne baissai pas les yeux.

Le sang coula, rouge, chaud, et tomba dans le bassin. La douleur me ramena à la vie autant qu'elle m'enterra.

-« Tu es un Kingboy. Tu es un lion. Et un lion ne supplie jamais.»

Je n'ai pas pleuré ce jour-là.

C'est ce qui l'a convaincue : j'étais prêt à être brisé pour être reconstruit.

À la suite de ce rituel, j'ai enduré cinq ans de profonde transformation.

À dix ans, tout a commencé par un entraînement physique brutal : coups, chutes, réveils à quatre heures du matin, courses interminables jusqu'à vomir, apprendre à encaisser la douleur sans jamais crier.

À onze ans, la violence a laissé place à la stratégie : échecs, histoire des guerres, psychologie des ennemis, avec une règle gravée dans l'esprit, connais ton adversaire mieux qu'il ne se connaît lui-même.

À douze ans, les armes sont devenues familières : couteaux, pistolets, fusils de précision, en répétant qu'une arme est l'extension de l'âme et que si l'âme tremble, la main tremble aussi.

À treize ans, on m'a appris à manipuler, mentir, séduire, parce que les hommes se battent avec des armes, mais les rois avec des mots.

À quatorze ans enfin, le combat rapproché, tuer sans hésitation, et cette dernière leçon glaciale : regarder l'ennemi dans les yeux au moment de l'abattre, par respect, le minimum qu'on doit à celui qu'on affronte.

Chaque nuit, je rêvais du visage de William.

Chaque matin, je me réveillais avec son nom sur les lèvres.

«Vengeance. Vengeance. Vengeance.»

Le mot battait dans mes veines comme un deuxième cœur.

À quatorze ans, je n'étais plus un orphelin.

J'étais un héritier.

Le manoir vibrait ce soir-là d'une tension électrique. On avait convoqué le clan pour une réunion importante.

Lorsque j'entrai dans la grande salle, un silence lourd s'abattit.

Je portais un manteau noir aux coutures argentées. Dans mon dos, brodé d'un fil d'or éclatant, le lion royal rugissait.

La salle scintillait sous les chandeliers. La table ovale reflétait les visages crispés. La grand-mère siégeait au bout, droite comme un pilier.

Mon oncle, un homme bruyant et lâche, se leva soudain.

- «Nous sommes finis ! Les Fristson imposent leurs lois ! Nous devons plier ou nous serons détruits !»

Sa voix résonna, mais personne ne répondit.

Parce qu'ils attendaient ma réaction.

Je me levai.

Sans un mot.

Je traversai la salle, mes pas résonnant comme des coups de marteau.

Je n'hésitai pas.

Mon oncle recula légèrement.

La lame plongea dans sa cuisse. Un geste net, précis.

Son cri se coinça dans sa gorge. Je lui assénai un coup de poing dans la bouche, assez fort pour lui couper le souffle. Le sang fit un arc rouge sur le sol.

-« Le problème avec toi,» murmurai-je, «c'est que tu parles trop. Et quand on parle trop... on finit par dire des bêtises.»

Je me tournai vers l'assemblée.

-« Ici, c'est la maison Kingboy. Cette ville nous appartient. Si quelqu'un n'est pas d'accord... qu'il sorte maintenant. Et qu'il ne revienne jamais.»

Personne ne bougea.

Soudain la grande porte.

Deux gardes amenèrent un homme ligoté. Un conseiller. Un traître.

- «Il a vendu nos secrets aux Fristson,» dit l'un des gardes.

Je m'approchai.

Le traître tremblait.

-«Est-ce vrai ?»

Il hocha la tête, incapable de soutenir mon regard.

-« Je demande juste... votre pardon...»

Ma grand-mère inspira profondément.

- «Il peut prononcer ses derniers vœux.»

Je sortis mon arme.

POM ! POM ! POM !

Trois tirs. Froids. Précis.

Deux dans la tête. Un dans le cœur.

Il s'effondra comme une marionnette à qui on coupe les fils.

Je rangeai mon arme.

- «Un traître n'a droit ni à la pitié... ni à un dernier vœu.»

La salle entière recula intérieurement.

La peur. Le respect. Le choc.

Ce soir-là, j'avais tué un homme devant toute ma famille.

Et malgré mon âge, personne n'osa me contredire.

Ce soir-là, je compris quelque chose de fondamental : La peur est plus puissante que l'amour.

Le respect s'obtient par le sang. Et pour devenir roi... il fallait d'abord devenir monstre. Mais je ne savais pas encore que la vraie épreuve m'attendait.

Celle qui testerait non pas ma force...

Mais mon cœur.

C'est tout ce qui est disponible pour le moment.

Continuez la lecture pour suivre la suite de l'histoire.

Continuer la lecture

Liste des chapitres

37 chapitres au total

  1. Chapitre 1Chapitre 1 Chapitre 1
  2. Chapitre 2Chapitre 2 Chapitre 2
  3. Chapitre 3Chapitre 3 Chapitre 3

Nouveautés