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Chapitre 2
Le réveil brutal dans son lit parisien laissait Antoine désorienté. La sueur collait à sa peau, les draps étaient emmêlés. Chloé dormait encore, sa respiration régulière contrastant avec le chaos dans l'esprit d'Antoine. Les mots du cauchemar – "J'aurais dû attendre Lucas... Ne jamais t'épouser..." – tournaient en boucle, une mélodie empoisonnée.
Il s'est levé doucement, pour ne pas la réveiller. Il est allé dans la cuisine, s'est versé un verre d'eau. Ses mains tremblaient légèrement. Ce n'était qu'un rêve, mais il semblait si réel, si prophétique.
Vingt ans. Vingt ans de sa vie future, entrevus en une nuit. Une vie où Chloé le trahissait, où elle le croyait mort, où elle avouait ses regrets les plus profonds.
Il a regardé par la fenêtre. Paris s'éveillait. Le Marais, leur quartier. Leur nid d'amour, pensait-il jusqu'à hier. Maintenant, tout semblait faux.
Chloé est entrée dans la cuisine, baillant, s'étirant comme un chat.
"Bonjour, mon amour," a-t-elle dit d'une voix ensommeillée, en l'enlaçant par derrière.
Son contact, habituellement si réconfortant, lui a donné la chair de poule. Il s'est raidi.
Elle l'a senti. "Qu'est-ce qui ne va pas ?"
"Rien. Mauvais rêve," a-t-il menti. Ou peut-être pas un mensonge complet.
Elle a préparé le café, comme tous les matins. Elle a sorti les pains au chocolat qu'elle avait achetés la veille. "Pour mon luthier préféré."
Il les aimait, ces pains au chocolat. Un petit rituel. Mais aujourd'hui, la vue de la viennoiserie lui a soulevé l'estomac. Dans son rêve, après sa "mort", elle les mangeait avec Lucas. Ou peut-être était-ce avant ?
"Non merci," a-t-il dit, la voix plus sèche qu'il ne l'aurait voulu. "Je... je commence un régime. Pour ma santé."
Chloé l'a regardé, surprise. "Un régime ? Toi ? Mais tu es parfait comme tu es."
Elle a essayé de le prendre dans ses bras, de l'embrasser. Il a esquivé, prétextant devoir vérifier quelque chose dans son atelier, installé dans une des pièces de l'appartement.
Le carnet de sa grand-mère. Il devait le trouver. Il se souvenait l'avoir rangé dans un vieux secrétaire.
Il a fouillé, fébrilement. Enfin, il l'a trouvé. Un petit carnet relié en cuir, usé par le temps.
À l'intérieur, des noms, des adresses, des numéros de téléphone. Des musiciens, des collectionneurs, des artisans. Et parmi eux, Sophie Laurent, commissaire-priseur. La cousine de Chloé.
Dans le cauchemar, Sophie l'aidait. Elle était son roc.
Il a regardé Chloé. Elle était au téléphone dans le salon, riant. Un rire clair, cristallin. Un rire qu'il avait tant aimé. Maintenant, il y décelait une fausse note.
Depuis quand cette liaison avec Lucas durait-elle ? Le cauchemar ne le précisait pas. Était-ce déjà commencé ? Ou était-ce une prémonition de ce qui allait inévitablement arriver ?
Quelques jours plus tard, Chloé a annoncé qu'elle partait pour un "séminaire gastronomique" à Lyon. Trois jours.
"Tu vas me manquer," a-t-elle dit en l'embrassant. Un baiser qui lui a semblé froid, mécanique.
Pendant son absence, Antoine a reçu une enveloppe. Pas de nom d'expéditeur. Glissée sous la porte.
À l'intérieur, des photos. Chloé et Lucas, enlacés, s'embrassant. Sur une terrasse ensoleillée, un verre de vin à la main. Lyon ? Non, le paysage ne correspondait pas. Plutôt l'Italie, comme dans son cauchemar.
Lucas. Le jeune sommelier arrogant et talentueux du restaurant de Chloé. Antoine l'avait toujours trouvé trop sûr de lui, trop proche de sa femme.
Son sang n'a fait qu'un tour. La confirmation. Brutale.
Il a attendu le retour de Chloé. Il était assis dans le salon, les photos étalées sur la table basse, quand elle est rentrée, rayonnante.
"Chéri, je suis rentrée ! J'ai plein de choses à te raconter sur..."
Elle s'est arrêtée net en voyant les photos. Son sourire s'est figé.
"Qu'est-ce que c'est que ça ?" a-t-elle demandé, la voix soudainement glaciale.
"C'est toi qui vas me le dire," a répondu Antoine, d'un calme terrifiant.
Elle a regardé les photos, puis Antoine. Elle a tenté de nier.
"Ce n'est pas ce que tu crois. C'est un montage. Quelqu'un veut nous nuire."
Puis, voyant qu'il ne la croyait pas, elle a changé de tactique. La colère.
"Comment oses-tu douter de moi ? Tu es paranoïaque ! Tu me suis ? Tu me fais espionner ?"
Elle l'a accusé, l'a culpabilisé. Elle a pleuré. Des larmes de crocodile.
Antoine est resté de marbre. Les mots du cauchemar lui revenaient. La trahison était là, devant lui.
"Je ne te crois plus, Chloé."
Il a vu la panique dans ses yeux, une fraction de seconde, avant qu'elle ne reprenne son masque d'indignation.
Ce soir-là, il a dormi dans son atelier. Il ne pouvait plus partager le même lit qu'elle.
Le plan a commencé à prendre forme dans son esprit. Sa "mort" en mer. La régate.
Il a appelé Sophie Laurent.
"Sophie ? C'est Antoine Dubois. Le petit-fils d'Éléonore Dubois. Ma grand-mère m'a souvent parlé de vous."
Il lui a expliqué brièvement qu'il avait besoin de conseils pour des instruments anciens, un prétexte. Ils ont convenu de se rencontrer.
Il avait besoin de son aide. Et il sentait, au plus profond de lui, qu'il pouvait lui faire confiance. Le cauchemar, encore une fois, le guidait.
C'est tout ce qui est disponible pour le moment.
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