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Chapitre 2
Mon mariage avec Camille n' a pas toujours été comme ça.
Au début, il y avait de l' amour. Un amour passionné, dévorant. J' étais un jeune chef pâtissier prometteur, suivant les traces de mon père. Elle était une vigneronne pleine de rêves, avec un petit domaine hérité de sa famille.
Je l' admirais. Son ambition, son énergie. Pour elle, j' ai tout mis de côté.
Quand elle a eu besoin d' argent pour moderniser sa cave, j' ai vendu l' appartement que mon père m' avait laissé à Paris.
Quand elle travaillait jour et nuit dans les vignes, je gérais la maison, les repas, les factures. Je suis devenu son soutien invisible, l' homme de l' ombre qui lui permettait de briller.
Elle me disait : « Un jour, Léo, quand j' aurai gagné le concours, on aura la vie dont on rêve. »
J' y ai cru.
Mais Julien est revenu dans sa vie. L' ami d' enfance. Le héros.
L' histoire était simple : un jour, enfants, ils jouaient près d' une vieille grange. Une poutre est tombée. Julien l' aurait poussée pour la sauver, et sa main aurait été écrasée. Une blessure qui l' empêchait, disait-il, de faire certains gestes précis, un handicap pour un vigneron.
Depuis, Camille se sentait redevable. Une dette infinie.
Julien en jouait parfaitement. Il était toujours là, fragile, talentueux mais malchanceux, ayant besoin de son aide, de son soutien.
Lentement, il s' est immiscé entre nous.
Les dîners en tête-à-tête sont devenus des dîners à trois.
Mes opinions sur le vin, que je donnais timidement, étaient balayées d' un revers de main par Camille. « Que veux-tu y connaître ? Laisse les professionnels parler. »
Pourtant, mon palais, ce don hérité de mon père, était ma plus grande force. Je pouvais déceler la moindre note, le plus petit défaut. Un talent que j' avais perfectionné en secret depuis l' enfance, en goûtant à l' aveugle tout ce que mon père cuisinait.
Je l' ai caché. Pour ne pas effrayer Camille, pour ne pas lui faire d' ombre.
Une fois, j' ai goûté un de ses vins et j' ai détecté une légère contamination, une bactérie qui pouvait ruiner toute sa cuvée.
« C' est impossible, » avait-elle dit, agacée. « Julien l' a goûté hier, il n' a rien senti. »
Trois semaines plus tard, elle a dû jeter des centaines de bouteilles. Elle ne m' a jamais présenté d' excuses. Elle a juste dit : « Julien est tellement sensible, cette perte l' a anéanti. Je dois être là pour lui. »
La manipulation était constante. Subtile.
Il y a six mois, ma sœur Chloé, qui travaille comme sommelière sur le domaine, a surpris une conversation. Julien disait à Camille que je semblais dépressif, que mon manque d' ambition était peut-être un poids pour elle.
Ce soir-là, Camille m' a suggéré d' aller voir un psychologue. « Pour ton bien, mon amour. »
Elle ne voyait pas que le seul poison dans notre vie, c' était lui.
Et ce soir, ce poison est devenu réel.
C'est tout ce qui est disponible pour le moment.
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