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Chapitre 2

Amélie arriva seule à l'hôtel particulier. Le silence de l'immense demeure était oppressant. Elle monta péniblement les escaliers jusqu'à sa chambre. Sa main la lançait terriblement. Elle trouva sa trousse de secours et prit un antihistaminique puissant, espérant que la réaction allergique se calmerait.

Elle s'assit sur le bord du lit, regardant sa main enflée et rouge. Dans un coin de la pièce, un piano à queue était recouvert d'un drap. Antoine, ou plutôt Léo, lui avait promis un jour de lui apprendre à jouer. Il disait qu'ils rempliraient cette grande maison de musique, de leur musique.

Maintenant, le piano était silencieux, couvert de poussière sous le drap. Comme leurs promesses. Comme leur amour. La poussière symbolisait la négligence, l'abandon. La détérioration de tout ce qui avait été beau entre eux. La solitude était palpable, la douleur physique se mêlant à une désillusion profonde.

Plus tard dans la soirée, Antoine rentra. Amélie était en train de mettre quelques affaires dans un petit sac de voyage. Elle avait décidé d'accélérer son départ. Elle ne pouvait plus rester une minute de plus dans cette maison, avec lui.

Il la vit et fronça les sourcils. Son costume était impeccable, mais son visage était dur.

« Qu'est-ce que tu fais ? » demanda-t-il, sa voix dénuée de toute chaleur. Il y avait une légère odeur de parfum féminin sur lui, un parfum cher et sophistiqué qui n'était pas celui d'Amélie. Sans doute celui de Charlotte.

« Je pars, Antoine, » répondit Amélie, calmement.

« Tu pars ? Encore une de tes scènes de jalousie ? Tu crois que c'est facile pour moi de gérer tout ça ? La pression familiale, les affaires... Tu ne fais aucun effort pour comprendre. » Il parlait comme si elle était une enfant capricieuse.

Il ne demanda même pas comment allait sa main. Il n'avait pas remarqué, ou ne s'en souciait pas. Son indifférence était une nouvelle blessure. La frustration monta en Amélie. Il ne voyait rien, ne comprenait rien. Ou ne voulait pas comprendre.

Le lendemain matin, Antoine informa Amélie qu'elle devait l'accompagner à une vente aux enchères chez Artcurial.

« C'est important pour l'image de la famille. Charlotte sera là aussi. Tu te tiendras tranquille, » dit-il d'un ton qui n'admettait pas de discussion.

Amélie se sentit comme une marionnette. Elle voulait refuser, mais elle savait que cela ne ferait qu'empirer les choses. Elle devait encore récupérer quelques documents importants avant de pouvoir quitter le pays.

À la vente aux enchères, l'atmosphère était feutrée, luxueuse. Charlotte arriva au bras d'Antoine, resplendissante dans une robe de créateur. Ils saluaient des gens, souriaient, formaient un couple parfait. Amélie les suivait, quelques pas derrière, invisible.

Charlotte s'arrangeait pour qu'Amélie soit toujours témoin de leur complicité. Un regard langoureux vers Antoine, une main possessive sur son bras. Chaque geste était calculé pour blesser Amélie, pour lui faire sentir qu'elle était une intruse, une pièce rapportée. La gêne et la douleur silencieuse la rongeaient.

La vente commença. Les objets d'art, les bijoux défilaient. Antoine leva la main plusieurs fois, enchérissant sur des parures de diamants extravagantes.

« C'est pour toi, ma chère, » dit-il à Charlotte en lui souriant, après avoir remporté un collier étincelant.

Charlotte rayonnait, acceptant le cadeau avec un air triomphant, jetant un regard furtif et satisfait vers Amélie.

Amélie était assise un peu à l'écart, essayant de se faire la plus petite possible. Personne ne lui adressait la parole. Les amis de Charlotte la dévisageaient avec un mélange de curiosité et de mépris. Elle entendait des bribes de conversations, des chuchotements.

« C'est elle, la petite protégée d'Antoine ? Elle ne fait pas le poids... »

L'humiliation était constante. Elle se sentait insignifiante, inadéquate. La différence de statut, d'argent, de monde, était un mur infranchissable. Elle accepta douloureusement que c'était la fin. Il n'y avait plus de retour possible. Son Léo était mort et enterré sous des couches de richesse et d'arrogance.

Soudain, un objet familier attira l'attention d'Amélie. Un petit médaillon en argent, simple, un peu ancien. C'était le médaillon de sa grand-mère. Le seul bijou de valeur qu'elle possédait, un symbole de ses racines, de son passé. Elle l'avait chéri pendant des années.

Son cœur s'emballa. Comment était-il arrivé là ? Puis elle se souvint. Quand Antoine, encore Léo, avait eu son accident, elle avait désespérément besoin d'argent pour payer les premiers soins, les médicaments. Elle avait dû vendre le médaillon à un prêteur sur gages. Elle avait toujours espéré le racheter un jour.

Le commissaire-priseur annonça la mise en vente. « Un médaillon en argent, fin XIXe siècle. Mise à prix : cinquante euros. »

Amélie leva la main, tremblante. « Cent euros ! »

Quelqu'un d'autre enchérît. La somme monta. Amélie continuait, le cœur battant à tout rompre. Elle devait le récupérer.

Puis elle vit Antoine la regarder. Un éclair de surprise traversa son visage, puis il leva la main. « Mille euros. »

Amélie fut abasourdie. Il surenchérissait contre elle. Pour son propre médaillon. Les enchères grimpèrent rapidement. Antoine remporta finalement le médaillon pour une somme absurde.

Il se tourna vers Charlotte, un sourire narquois aux lèvres. « Un petit quelque chose pour toi, ma belle. »

Il le lui tendit. Charlotte le prit, le regarda avec dédain. « Oh, c'est... rustique. »

Et puis, "maladroitement", elle le laissa tomber. Le médaillon heurta le sol en marbre avec un bruit sec et se brisa en deux.

L'espoir fugace d'Amélie se mua en un désespoir glacial. Une douleur intense la submergea. C'était comme si on lui arrachait une partie d'elle-même. La perte était irréparable.

C'est tout ce qui est disponible pour le moment.

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Liste des chapitres

24 chapitres au total

  1. Chapitre 1Introduction
  2. Chapitre 2Chapitre 1
  3. Chapitre 3Chapitre 2

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