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Chapitre 2
Le lendemain matin, Jean-Luc n'avait pas dormi. Il était resté assis dans son bureau toute la nuit, fixant l'écran de l'ordinateur, chaque photo étant une nouvelle torture. Le pire était une publication récente d'Anne sur son profil secret, datant de la veille au soir, après leur retour de chez le médecin. C'était une photo d'elle et Laurent, avec une légende : "Peu importe les tempêtes, notre amour est mon seul phare. Bientôt une nouvelle surprise pour notre famille."
La nausée l'a repris. Elle n'avait même pas eu la décence d'être inquiète ou coupable. Elle s'était immédiatement tournée vers son autre vie, cherchant du réconfort auprès de son amant. Jean-Luc se sentait comme un fantôme dans sa propre maison. Sa colère, contenue pendant la nuit, commençait à bouillonner, cherchant une issue.
Anne est sortie de la chambre vers neuf heures, habillée pour le travail, comme si de rien n'était. Elle portait un tailleur élégant, parfaitement maquillée. Elle l'a regardé, une lueur d'agacement dans les yeux.
« Tu ne t'es pas préparé ? On a la réunion avec les investisseurs à dix heures. »
Sa voix était froide, détachée. Aucune mention de la veille, de la nouvelle qui avait fait exploser leur univers. Pour elle, c'était déjà du passé, un simple problème logistique à gérer.
« On doit parler, Anne, » a dit Jean-Luc, sa propre voix tendue à se rompre.
« On parlera plus tard, » a-t-elle balayé d'un geste de la main. « Le travail d'abord. Tu sais à quel point ce contrat est important. »
Elle a attrapé son sac et s'est dirigée vers la porte. Jean-Luc a senti la rage monter en lui, aveuglante. Il a sorti son téléphone et a composé son numéro. Elle s'est arrêtée, a sorti son propre téléphone de son sac, a vu son nom s'afficher et a raccroché sans même le regarder.
« Arrête tes gamineries, Jean-Luc. On se voit au bureau. »
Et elle est partie, le laissant seul dans le silence assourdissant de leur maison, qui lui semblait soudain immense et vide. Les "gamineries". C'est ainsi qu'elle qualifiait sa tentative désespérée de comprendre comment sa vie entière avait pu être un mensonge.
Il a repensé à tout ce qu'il avait fait pour cette entreprise. Ce n'était pas seulement son soutien moral, il était le cerveau stratégique derrière chaque grande victoire. C'est lui qui avait développé le plan d'affaires, lui qui avait utilisé son ancien réseau d'architectes pour décrocher les premiers gros contrats. Anne était le visage de l'entreprise, la vendeuse charismatique, mais il en était le moteur silencieux. Et elle le réduisait maintenant à un enfant capricieux.
L'humiliation était trop forte. Il ne pouvait pas la laisser s'en tirer comme ça. Poussé par une impulsion qu'il ne contrôlait plus, il a pris ses clés de voiture et l'a suivie. Il savait où elle allait. Pas au bureau. Pas tout de suite.
Il l'a suivie à distance, jusqu'à un quartier résidentiel chic de l'autre côté de Paris. Il l'a vue garer sa voiture devant une belle maison en pierre de taille. Quelques instants plus tard, un homme est sorti. C'était Laurent Bernard. Il l'a embrassée longuement, passionnément, sur le pas de la porte. Puis les deux jumeaux sont sortis en courant, criant "Maman !". Anne s'est agenouillée, les a serrés dans ses bras, son visage illuminé d'un amour pur et total. Un amour qu'il ne l'avait jamais vue exprimer.
Jean-Luc est resté dans sa voiture, le cœur en morceaux. C'était réel. Ce n'était pas juste des photos sur un écran. C'était une famille. Sa famille à elle. Et il était l'étranger qui regardait de l'extérieur. Il a senti une envie folle de sortir de la voiture, de crier, de tout détruire. Mais à quoi bon ? La destruction avait déjà eu lieu, à l'intérieur de lui. Il a serré le volant, luttant pour respirer.
Il a attendu qu'elle reparte pour le bureau. Puis il y est allé aussi. Il est entré dans leur espace de travail commun, un loft design qu'il avait lui-même conçu. Elle était à son bureau, au téléphone, riant avec un client. En le voyant, son sourire s'est effacé. Elle a terminé son appel rapidement.
« Enfin, te voilà. La présentation est dans trente minutes. »
Il s'est approché d'elle, lentement. Il a attendu que leur assistante s'éloigne.
« Anne, » a-t-il commencé, sa voix basse et menaçante. « Les enfants de Laurent Bernard, ils sont blonds comme toi. »
Le visage d'Anne s'est figé. La couleur a quitté ses joues. Pour la première fois, il a vu une lueur de panique dans ses yeux.
« De quoi tu parles ? » a-t-elle murmuré, essayant de garder une façade de calme. « Tu es fou. »
« Suis-je fou ? » a-t-il répété, un sourire amer aux lèvres. « Ou suis-je juste le mari trompé qui vient de découvrir que sa femme, prétendument stérile, a non seulement une liaison depuis sept ans, mais aussi deux enfants de cinq ans et un troisième en route ? »
Il a sorti son téléphone. Il n'a pas eu besoin de dire un mot de plus. Il a simplement posé l'appareil sur son bureau, l'écran allumé sur la photo de famille d'Anne, Laurent et les jumeaux. La photo de bonheur parfait qui venait de signer la fin de son monde.
Le masque d'Anne est tombé. La panique a laissé place à une froideur calculatrice. Le vrai combat allait commencer.
C'est tout ce qui est disponible pour le moment.
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