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Chapitre 2
Sophie refuse de me croire. Elle sort son téléphone, ses doigts tremblants cherchent le nom de son mari.
« Il va répondre. Il doit répondre. »
Le téléphone sonne. Une fois. Deux fois.
Enfin, la voix d'Antoine, lointaine et agacée, sort du petit haut-parleur.
« Quoi encore, Sophie ? Tu ne peux pas me laisser tranquille une seule soirée ? »
« Antoine ! » crie-t-elle, au bord des larmes. « Il y a des gens dans la maison ! Ils ont forcé les portes ! J'ai peur ! »
Un rire sec lui répond. Un rire que je connais trop bien.
« Arrête ton cinéma. Tu es juste jalouse que je sois à Paris avec Chloé. Cette jalousie de provinciale est pathétique. Tu inventes n'importe quoi pour me faire revenir. »
Le visage de Sophie se décompose. L'incrédulité, puis la douleur.
Je lui arrache le téléphone des mains.
« Antoine, c'est Amélie. Ce n'est pas une blague. Ils sont là. On est cachées dans la cave secrète. Appelle la Gendarmerie. »
Un silence. Puis sa voix devient glaciale.
« Amélie. Toi aussi. Je me souviens de tout. Ne te mêle pas de mes affaires, sinon la fin sera la même que la dernière fois. »
Le téléphone raccroche.
Je reste figée. Le sang quitte mon visage.
Il se souvient.
Lui aussi, il est revenu. Mais ses souvenirs sont tordus, empoisonnés par les mensonges de Chloé. Dans sa tête, il est la victime, et nous sommes les coupables.
Sophie me regarde, les yeux grands ouverts. Elle a tout entendu.
« Il... il ne nous croit pas. »
« Non. »
« Et ce qu'il a dit... la dernière fois... qu'est-ce que ça veut dire ? »
Je n'ai pas le temps de répondre.
Au-dessus de nos têtes, le bruit des bottes se rapproche. Ils fouillent le bureau.
Des objets se brisent.
« Elles ne sont pas loin ! Trouvez-les ! Le patron a dit de ne laisser personne. »
La voix est rauque, menaçante.
La bibliothèque qui cache notre passage est violemment poussée. Des livres tombent au sol.
Ils sont juste là.
Je sors mon propre téléphone. Mon doigt tremble en composant le 17.
« Gendarmerie Nationale, j'écoute. »
« Au secours, » je chuchote. « Domaine Dubois. On nous attaque. Ils sont dans la maison. »
Je donne l'adresse, ma voix est un souffle.
« On envoie une patrouille immédiatement, madame. Restez cachée. »
Immédiatement. Mais combien de temps ça prend, "immédiatement" ? Dix minutes ? Quinze ?
C'est une éternité.
Les coups contre le mur de la bibliothèque commencent. Le bois ancien craque.
Ils vont nous trouver.
C'est tout ce qui est disponible pour le moment.
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