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Chapitre 2
La somptueuse villa de Louis est devenue ma prison. Il a tenu sa parole. On ne m'a pas donné une chambre d'amis, mais la plus petite des pièces de service, au sous-sol. C'était une cellule sombre et humide, avec un lit étroit et une unique ampoule nue qui pendait du plafond. Le contraste avec la chambre luxueuse que j'avais occupée toute ma vie était brutal, un rappel constant de ma nouvelle condition.
Le lendemain matin, Chloé est venue me trouver, un sourire mielleux sur les lèvres. "Bonjour, Amélie. Bien dormi ?" a-t-elle demandé, son ton faussement compatissant. Elle portait un peignoir de soie et tenait une tasse de café fumant. "Louis et moi aimerions que tu t'occupes du ménage. Toute la maison. Et sois minutieuse. Louis déteste la poussière."
C'était la première d'une longue liste de tâches humiliantes. Je devais nettoyer les salles de bains, laver les sols à genoux, polir l'argenterie jusqu'à ce que je puisse y voir mon reflet fatigué. Chloé me suivait souvent, critiquant mon travail, renversant "accidentellement" des choses que je venais de nettoyer.
"Oh, quelle idiote je fais !" s'exclamait-elle en renversant son verre de jus sur le tapis blanc immaculé. "Tu peux nettoyer ça, n'est-ce pas, Amélie ? Tu es si douée pour ça." Sa voix était douce, mais ses yeux brillaient de méchanceté. Elle prenait un plaisir sadique à me rabaisser, à me rappeler ma place.
Un soir, alors que je nettoyais le salon, Louis est rentré. Il m'a vue en train d'épousseter une de ses précieuses antiquités. Il s'est approché de moi, le visage fermé. "Qu'est-ce que tu fais ?" a-t-il grondé. "Ne touche pas à ça. Tes mains sales vont le souiller."
Il a arraché le vase de mes mains et l'a inspecté avec un air de dégoût, comme si mon simple contact l'avait contaminé. Puis, son regard s'est durci et, dans un geste de pure fureur, il a jeté le vase contre le mur. La porcelaine a explosé en un millier de morceaux.
"Nettoie ça", a-t--il ordonné, sa voix glaciale. "À genoux. Et ramasse chaque morceau."
Je me suis agenouillée sans un mot, le cœur battant la chamade. La peur et l'humiliation me brûlaient la gorge. J'ai commencé à ramasser les éclats tranchants, mes doigts tremblants. Un morceau plus pointu m'a coupé la paume, mais je n'ai pas bronché. La douleur physique n'était rien comparée à la douleur qui rongeait mon âme.
Alors que j'étais à quatre pattes, concentrée sur ma tâche, j'ai de nouveau entendu cette voix étrange dans ma tête. C'était la voix de Louis, un murmure tourmenté qui contrastait violemment avec son attitude extérieure. Regarde-la. Comme sa mère. Obstinée. Fière. Pourquoi faut-il que je la brise pour me sentir mieux ? Chaque fois que je la blesse, c'est moi qui ai mal.
J'ai relevé la tête, surprise. Nos regards se sont croisés. Il me fixait avec une intensité déroutante, un mélange de haine et... de quelque chose d'autre. Quelque chose que je ne pouvais pas nommer. C'était comme si je pouvais voir au-delà du masque de cruauté, entrevoir l'homme brisé en dessous. Était-ce possible ? Pouvais-je vraiment entendre ses pensées ? L'idée était folle, mais elle persistait.
Cette nuit-là, seule dans ma chambre froide, la douleur dans ma poitrine s'est intensifiée. J'ai avalé mes médicaments en secret, le goût amer me rappelant que mon temps était compté. Je souffrais en silence, endurant les tourments physiques de ma maladie et les tourments psychologiques infligés par Louis et Chloé.
Le lendemain, pendant le dîner, Louis m'a complètement ignorée, comme si j'étais invisible. Il riait et parlait avec Chloé, lui servant du vin, lui touchant la main. Chaque geste était une nouvelle torture, une démonstration délibérée de mon exclusion. Je me tenais debout près du mur, attendant de débarrasser la table, mon rôle réduit à celui d'une ombre.
Pourtant, malgré son indifférence affichée, j'ai commencé à remarquer des choses. Des regards furtifs quand il pensait que je ne regardais pas. Une hésitation dans sa voix quand il me donnait un ordre particulièrement cruel. Et surtout, ces voix contradictoires dans ma tête. Son mépris verbal était constamment démenti par des pensées de regret et de confusion que j'étais, inexplicablement, la seule à entendre.
Elle est trop maigre, pensait-il alors qu'il me regardait à peine toucher à mon maigre repas dans la cuisine. Elle va tomber malade si elle ne mange pas. Mais à voix haute, tout ce qu'il a dit, c'est : "Dépêche-toi, le sol de la cuisine ne va pas se laver tout seul."
Cette étrange capacité est devenue mon secret, ma seule arme dans cette guerre psychologique. Je savais qu'il n'était pas le monstre monolithique qu'il prétendait être. Il était torturé, en conflit avec lui-même. Et cette connaissance, aussi étrange soit-elle, me donnait une force inattendue pour continuer à endurer.
Chloé, quant à elle, ne montrait aucune complexité. Sa méchanceté était pure, sans fard. Elle avait trouvé une nouvelle façon de me tourmenter. "Amélie, chérie", a-t-elle dit un jour en me tendant une pile de linge. "Louis aimerait que tu laves ses chemises à la main. Il dit que la machine abîme le tissu." C'était un mensonge, bien sûr. Un autre moyen de m'épuiser, de me faire sentir insignifiante. Et pendant que je frottais le tissu jusqu'à ce que mes mains soient à vif, elle se tenait là, à me regarder avec un sourire satisfait, savourant chaque instant de ma dégradation.
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