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Chapitre 2

Sept ans ont passé.

Sept années de brouillard, de douleur chronique et de dépendance.

Je suis devenue Amélie Lefèvre, la femme du Dr. Antoine Lefèvre, mon sauveur.

Chaque jour, pendant des heures, j'étais branchée à une machine, un rein artificiel qui me maintenait en vie, un rappel constant de mon sacrifice inutile, de ma perte. La machine était mon ancre et ma prison.

Antoine était parfait, trop parfait, il était attentionné, doux, il me traitait comme une poupée de porcelaine fragile, anticipant chacun de mes besoins, me protégeant du monde extérieur.

Notre vie était calme, isolée, dans notre grande maison silencieuse.

Mais ce jour-là, quelque chose a brisé cette tranquillité factice.

Je cherchais un vieux dossier médical dans le bureau d'Antoine, il était en déplacement pour une conférence. En fouillant dans un tiroir, j'ai trouvé un vieil enregistreur numérique, un modèle qu'il utilisait à l'époque de l'hôpital.

Par curiosité, j'ai appuyé sur "play".

La voix d'Antoine a empli la pièce, mais ce n'était pas son ton habituel, c'était une voix pressée, presque conspiratrice. Et il parlait à quelqu'un.

Une voix de femme a répondu.

Une voix que je connaissais.

Sophie.

Mon sang s'est glacé dans mes veines.

L'enregistrement datait de sept ans, le soir de l'opération.

« Ne t'inquiète pas, Sophie », disait Antoine. « Le rein d'Amélie est en toi maintenant, il fonctionne parfaitement, les tests sont excellents. »

J'ai arrêté de respirer, le monde a basculé.

La voix de Sophie, pleine d'une joie mauvaise : « Et sa mère ? Tu es sûr qu'elle... »

« Pour sa mère... J'ai dû faire un choix », a coupé Antoine, sa voix soudainement dure. « Catherine était déjà condamnée, son cœur était trop faible, c'était la seule solution pour te sauver toi, ma petite sœur. »

Petite sœur.

Antoine et Sophie. Frère et sœur adoptifs. Un détail qu'il avait "oublié" de me mentionner.

La vérité m'a frappée avec la violence d'un poing en plein visage.

Mon rein.

Mon rein n'avait jamais été pour ma mère.

Il battait dans le corps de la femme qui avait détruit ma vie, la femme qui avait provoqué la crise cardiaque de ma mère.

Et ma mère... Catherine... elle n'avait pas rejeté le greffon. Elle n'en avait jamais eu. Antoine l'avait délibérément sacrifiée, il l'avait laissée mourir sur la table d'opération.

Un hurlement est monté dans ma gorge, mais aucun son n'est sorti, c'était une douleur trop profonde pour les mots. J'ai serré les poings si fort que mes ongles se sont enfoncés dans mes paumes, le sang a coulé, un liquide chaud et collant, mais je ne sentais rien.

La douleur dans mon flanc, les heures interminables branchée à cette machine, la fatigue constante, le goût métallique dans ma bouche, sept ans de cet enfer... tout ça pour rien, tout ça pour un mensonge.

Quand Antoine est rentré ce soir-là, j'étais assise dans le salon, dans le noir, l'enregistreur posé sur la table basse.

Il a allumé la lumière, son sourire attentionné s'est figé en voyant mon visage.

« Amélie ? Mon amour, qu'est-ce qui ne va pas ? Tu as l'air si pâle. »

Il s'est approché, a posé sa main sur mon front, un geste habituel, un geste qui me donnait maintenant la nausée.

Je l'ai regardé dans les yeux, cherchant une fissure dans son masque parfait.

« Antoine », ma voix était un murmure rauque. « Cette machine... je n'en peux plus, je suis si fatiguée, pourrions-nous... pourrions-nous chercher un autre donneur ? Remettre mon nom sur la liste ? »

C'était un test.

Son visage s'est assombri, une lueur de panique a traversé ses yeux avant d'être immédiatement maîtrisée.

« Non, Amélie, absolument pas. »

Sa voix était ferme, ne tolérant aucune discussion.

« C'est beaucoup trop risqué, tu es stable maintenant, une autre opération pourrait te tuer, je ne peux pas te perdre, tu comprends ? Je ne survivrais pas si je te perdais. »

Il me caressait la joue, ses mots étaient des chaînes dorées, un chantage affectif déguisé en amour.

Il ne pouvait pas me perdre, car me perdre signifiait exposer son crime. Mon existence même, dans cet état de semi-vie, était la garantie de son impunité.

J'ai baissé les yeux, cachant la haine qui brûlait en moi.

J'ai posé ma tête sur son épaule, jouant le rôle de la femme fragile et obéissante qu'il avait créée.

« Tu as raison, mon amour, pardonne-moi, j'étais juste fatiguée. »

Il m'a serrée contre lui, soulagé.

« Tout va bien, je suis là pour prendre soin de toi. »

Dans l'obscurité de notre étreinte, j'ai fermé les yeux, une seule pensée tournant en boucle dans mon esprit, claire et froide comme de l'acier.

Je vais te détruire, Antoine.

Je vais vous détruire, toi et Sophie.

Je récupérerai ma vie, même si je dois passer sur vos cadavres pour y arriver.

Le temps du deuil était terminé, le temps de la vengeance venait de commencer.

C'est tout ce qui est disponible pour le moment.

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Liste des chapitres

11 chapitres au total

  1. Chapitre 1Introduction
  2. Chapitre 2Chapitre 1
  3. Chapitre 3Chapitre 2

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