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Chapitre 2

Le visage de Philippe Moreau a changé en une fraction de seconde. La surprise a laissé place à une panique mal dissimulée.

« Camille, je… je ne t' avais pas vue, » a-t-il bégayé, essayant de composer un sourire qui n' atteignait pas ses yeux.

Il a jeté un regard rapide vers la porte du bureau du docteur, puis vers moi.

« Tu as entendu quelque chose ? »

Mon cœur battait à tout rompre, mais une étrange froideur s' était emparée de moi. La rage avait cédé la place à une détermination glaciale. Je devais jouer le jeu. Pour l' instant.

« Entendu quoi ? » ai-je demandé, feignant l' ignorance. « Je venais juste voir si Louis dormait. Je suis si fatiguée. »

J' ai forcé un bâillement, cachant mon visage derrière ma main pour qu' il ne voie pas la haine dans mes yeux.

« Je voulais juste te remercier encore, Philippe. Pour tout. Tu as sauvé mon fils. Je ne sais pas comment je pourrai jamais te rembourser. »

Le soulagement sur son visage était presque comique. Il a cru à mon mensonge. L' arrogance est revenue instantanément.

« C' est normal, Camille. C' est ce que les amis font. Jean-Pierre aurait voulu que j' aide sa famille. »

Le nom de mon mari dans sa bouche était une insulte. Je me suis crispée mais j' ai gardé mon calme.

« Maintenant que Louis va mieux, » a-t-il poursuivi, reprenant son ton mielleux de manipulateur, « il faudrait qu' il rencontre Sophie. Ils ont traversé une épreuve similaire. Je suis sûr qu' ils s' entendraient bien. Elle est si impatiente de le voir. »

Il voulait les réunir. Le fils de la victime et la fille du profiteur. Le symbole de son crime et le symbole de sa victoire. L' idée était grotesque, perverse.

À ma propre surprise, j' ai entendu ma propre voix répondre :

« Oui, bien sûr. C' est une excellente idée. »

Philippe a paru étonné par ma docilité. Il s' attendait peut-être à plus de réticence.

« Vraiment ? Parfait ! Je pourrais l' amener au restaurant demain. Pour célébrer. »

« Ce serait merveilleux, » ai-je dit avec un sourire que je sentais faux comme une fleur en plastique.

Il est parti, visiblement satisfait de lui-même, persuadé d' avoir tout gagné.

Je suis retournée dans la chambre de Louis. Dès que la porte s' est refermée, mes jambes ont flanché. Je me suis effondrée sur le sol, la main sur la bouche pour étouffer un sanglot. Les larmes que j' avais retenues ont coulé, chaudes et amères, sur mes joues. La trahison, la violation, la saleté de tout ça… c' était trop lourd à porter. Je pleurais pour mon mari, pour son honneur bafoué. Je pleurais pour mon fils, dont l' innocence avait été utilisée. Et je pleurais pour moi, pour ma stupidité, pour ma naïveté.

Le lendemain, Philippe n' a pas perdu de temps. Il m' a appelée pour confirmer la venue de Sophie au restaurant, déjà rebaptisé « Moreau ». Il agissait vite, comme pour s' assurer que sa victoire soit bien réelle, bien visible.

Ce soir-là, j' ai eu une conversation avec Louis. Je l' ai assis sur son lit. Je devais être forte pour lui.

« Mon chéri, » ai-je commencé, ma voix douce. « Papa te manque ? »

Il a hoché la tête, ses grands yeux tristes fixés sur moi.

« Il me manque aussi. Plus que tout. Et… ce que Philippe Moreau a fait… ce n' est pas bien. Il a profité de nous. »

Je ne pouvais pas tout lui dire. Pas encore. Mais il devait savoir que nous devions partir.

« Toi et moi, on va commencer une nouvelle vie. Loin d' ici. Juste nous deux. Tu es d' accord ? »

Il m' a regardée longuement, puis il a hoché la tête à nouveau, sérieusement.

« Oui, maman. Loin de lui. »

Son acceptation simple et totale m' a donné la force dont j' avais besoin.

Plus tard dans la soirée, je l' ai trouvé dans sa chambre. Il était assis par terre, entouré de feuilles de papier déchirées. C' était son cahier de dessin. Il avait passé des semaines à faire un portrait de Philippe Moreau, qu' il voyait comme son héros, son sauveur. Un dessin plein de gratitude naïve.

Maintenant, il le mettait en pièces, méthodiquement, sans un mot. Chaque morceau de papier qui tombait au sol était un morceau de son innocence qui s' envolait. C' était une scène d' une violence silencieuse et terrible. Le héros était mort, remplacé par un monstre.

J' ai ramassé l' un des morceaux. C' était un fragment de journal intime qu' il avait commencé à tenir après l' annonce de sa greffe.

Jour 1 : Maman a dit que Monsieur Moreau a trouvé un rein pour moi. C' est le meilleur ami de papa. C' est un super-héros. Quand je serai grand, je serai comme lui.

Mon cœur s' est serré.

Jour 5 : L' opération est passée. Je suis fatigué mais le docteur dit que je vais guérir. Monsieur Moreau est venu me voir. Il m' a dit que j' étais un garçon courageux. Il m' a promis que je pourrais rencontrer sa fille, Sophie. Elle est malade aussi. Peut-être qu' on pourra être amis.

La lecture de ces mots, connaissant la vérité, était une torture. Je voyais le piège se refermer sur son esprit d' enfant, l' admiration grandir pour l' homme qui avait profané son père.

Jour 10 : Maman est bizarre depuis quelques jours. Elle a l' air triste et en colère. Je ne sais pas pourquoi. Peut-être qu' elle est juste fatiguée. Monsieur Moreau dit qu' il faut être patient avec elle. Il va s' occuper de nous maintenant.

Je me suis assise à côté de mon fils, au milieu des débris de son admiration. Je l' ai serré dans mes bras. Sa douleur était ma douleur. Sa désillusion était la mienne.

« On partira bientôt, mon amour, » ai-je murmuré à son oreille. « Je te le promets. On va laisser tout ça derrière nous. »

Il a enfoui son visage dans mon cou. Je n' avais plus le choix. Ce n' était plus seulement une question de justice pour Jean-Pierre. C' était une question de survie pour Louis. Pour son âme.

C'est tout ce qui est disponible pour le moment.

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Liste des chapitres

11 chapitres au total

  1. Chapitre 1Introduction
  2. Chapitre 2Chapitre 1
  3. Chapitre 3Chapitre 2

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