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Chapitre 3 Chapitre 3 : Les leçons d'un héritier
Les années passèrent à une vitesse étonnante.
Le petit garçon qui apprenait autrefois à lire le braille était devenu un adolescent calme, réfléchi et d'une intelligence remarquable. À quinze ans, Frédéric Diou surprenait tous ceux qui le rencontraient. Bien qu'il fût privé de la vue, il possédait une mémoire exceptionnelle. Il retenait une conversation après l'avoir entendue une seule fois, reconnaissait une personne à sa voix parmi des dizaines d'autres et retrouvait son chemin dans l'immense résidence familiale sans jamais hésiter.
Chaque matin, il suivait un emploi du temps très strict.
À cinq heures, il se levait pour prier avec son père.
À six heures, il faisait une heure d'exercices physiques avec un entraîneur spécialisé.
À sept heures, il prenait son petit-déjeuner avec ses parents.
Puis venaient les cours particuliers jusqu'en début d'après-midi.
Bernard Diou ne voulait pas seulement faire de son fils un homme instruit. Il voulait qu'il devienne un dirigeant capable de prendre les meilleures décisions.
- Un jour, tout ce que j'ai construit t'appartiendra, répétait-il souvent.
Frédéric baissait toujours humblement la tête.
- Papa, je ne sais même pas si j'en serai capable.
Bernard souriait.
- Tu te trompes. Tu es déjà plus fort que beaucoup d'hommes qui voient parfaitement.
Un après-midi, Bernard décida d'emmener son fils au siège de la Diou Corporation.
Le bâtiment, composé de cinquante étages de verre et d'acier, dominait le quartier des affaires de Lagos. Des centaines d'employés y travaillaient chaque jour.
À leur arrivée, tous saluèrent respectueusement leur président.
- Bonjour, monsieur Diou !
- Bonjour, monsieur le Président !
Bernard répondait avec simplicité.
- Bonjour à tous.
Frédéric écoutait attentivement chaque voix.
En entrant dans la salle du conseil d'administration, Bernard prit la parole devant les principaux directeurs.
- Messieurs, aujourd'hui, je veux vous présenter celui qui dirigera cette entreprise après moi.
Un silence s'installa.
Tous les regards se tournèrent vers Frédéric.
Certains souriaient avec bienveillance.
D'autres paraissaient inquiets.
Après la réunion, deux administrateurs discutèrent discrètement dans le couloir.
- Tu crois vraiment qu'un aveugle pourra gérer un groupe aussi puissant ?
- Je n'en suis pas certain.
Ils ignoraient que Frédéric, grâce à son ouïe très développée, avait entendu chaque mot.
Il ne dit rien.
Sur le chemin du retour, Bernard remarqua son silence.
- À quoi penses-tu ?
- Papa... certains de tes collaborateurs doutent de moi.
Bernard poussa un léger soupir.
- Je m'y attendais.
- Cela ne te fait pas peur ?
- Non.
- Pourquoi ?
Bernard immobilisa la voiture devant un parc.
Il descendit avec son fils et l'aida à s'asseoir sur un banc.
- Écoute-moi bien, Frédéric.
Le jeune homme tourna la tête vers son père.
- Dans la vie, il y aura toujours des personnes qui douteront de toi. Certaines te jugeront à cause de ton handicap. D'autres te jalouseront à cause de ta réussite.
Il marqua une pause.
- Tu ne peux pas contrôler ce qu'ils pensent.
- Alors, que puis-je contrôler ?
- Ton travail. Ton honnêteté. Ton caractère.
Ces mots s'imprimèrent profondément dans l'esprit de Frédéric.
Les mois suivants, Bernard intensifia sa formation.
Chaque semaine, il lui faisait écouter les rapports financiers de l'entreprise.
- Frédéric, que penses-tu de cette décision ?
Le jeune homme réfléchissait quelques instants avant de répondre.
À plusieurs reprises, ses analyses se révélèrent plus pertinentes que celles de certains directeurs expérimentés.
Peu à peu, Bernard comprit qu'il avait eu raison de croire en son fils.
Un soir, alors qu'ils dînaient en famille, Élisabeth observa les deux hommes avec tendresse.
- Vous passez plus de temps à parler affaires qu'à profiter du repas.
Bernard éclata de rire.
- C'est vrai.
Frédéric sourit.
- Maman a raison. Nous devrions aussi parler d'autre chose.
Élisabeth posa alors une question inattendue.
- Frédéric, as-tu déjà pensé à la jeune femme avec qui tu partageras un jour ta vie ?
Le jeune homme rougit légèrement.
- Pas vraiment.
Bernard sourit discrètement.
- Tu es encore jeune.
- Mais un jour, reprit Élisabeth, tu comprendras qu'un homme peut posséder toutes les richesses du monde et rester profondément seul s'il n'a personne avec qui les partager.
Frédéric garda cette phrase dans un coin de son cœur.
À cette époque, il ignorait encore que ces paroles annonceraient l'épreuve la plus difficile de sa vie.
Quelques semaines plus tard, Bernard invita plusieurs partenaires étrangers à la résidence familiale.
Parmi eux se trouvait un homme d'affaires venu avec sa fille.
La jeune femme passa toute la soirée à complimenter Frédéric.
- Vous êtes très intelligent.
- Vous êtes très cultivé.
- C'est un plaisir de discuter avec vous.
À la fin du dîner, Bernard surprit une conversation entre l'homme d'affaires et son épouse.
- Si notre fille épouse Frédéric, elle héritera un jour de toute la Diou Corporation.
Bernard sentit son visage se fermer.
Pour la première fois, il comprit que certains voyaient déjà son fils non comme un homme, mais comme l'héritier d'une immense fortune.
Il décida de ne rien dire à Frédéric ce soir-là.
Mais, en remontant dans son bureau, une inquiétude grandissait dans son cœur.
Il regarda par la fenêtre les lumières de Lagos qui scintillaient au loin.
Puis il murmura :
- Seigneur... protège mon fils.
Protège-le de ceux qui aimeront son argent plus que son cœur.
Car je ne pourrai pas être à ses côtés toute sa vie.
Sans le savoir, Bernard venait de prononcer une prière qui prendrait tout son sens quelques années plus tard.
C'est tout ce qui est disponible pour le moment.
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