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Chapitre 2 Chapitre 2

Avant même d'avoir retrouvé le confort relatif de mon bureau, une seule pensée tournait dans mon esprit : pourquoi Sinclair avait-elle validé ma promotion si elle semblait incapable de me supporter en tant que responsable ? Depuis mon arrivée à ce poste, deux ans plus tôt, elle n'avait cessé de me compliquer l'existence. Si je ne m'étais pas acharnée à travailler avec discipline depuis mes dix ans, j'aurais probablement claqué la porte depuis longtemps. Je me laissai tomber dans mon fauteuil et fermai brièvement les yeux. Quelques secondes plus tard, une alerte lumineuse apparut sur mon écran. Mon premier réflexe fut de la désactiver et de laisser Mark s'en charger. Mais lorsque je vis le secteur Gloss clignoter sur la carte, je compris immédiatement que Sinclair avait balayé d'un revers de main tout ce que je venais de lui expliquer. - Tu vois ça, toi aussi ? Margot déboula dans mon bureau comme une tempête. Je hochai simplement la tête. Toutes les deux, nous observions les frontières séparant le Bio-Glaze de Gloss lorsqu'une nouvelle notification apparut. L'autorisation officielle de Sinclair pour l'extension venait d'être enregistrée. Un frisson désagréable me parcourut le dos. - Pourquoi est-ce qu'elle a approuvé ça ? demanda Margot, incrédule. Je passai une main dans mes cheveux avant de secouer la tête. - Non... Ses yeux s'écarquillèrent. Je confirmai d'un signe de tête. Nous étions dans une situation catastrophique. Le secteur quatre ne tarderait pas à contester cette décision. Et lorsqu'ils le feraient, le Bio-Glaze se retrouverait dans une position particulièrement délicate si Sinclair persistait dans son projet d'agrandissement. - Pourquoi tient-elle tellement à étendre le secteur ? On ne manque pourtant pas d'espace, souffla Margot. J'aurais aimé avoir une réponse. Malheureusement, je n'étais pas celle qui dirigeait le département. Sinclair, elle, détenait toutes les cartes. Tant qu'elle resterait à sa place, je ne serais informée que de ce qu'elle jugerait utile de me révéler. Et, manifestement, elle avait estimé que je n'avais pas besoin de connaître les véritables raisons de cette expansion. Comme toujours, elle ignorerait mes avertissements concernant la sécurité et suivrait ses propres plans. Puis le Commandant finirait forcément par intervenir. Et quand cela arriverait... Les choses deviendraient particulièrement désagréables. - Ça va finir par provoquer une guerre, murmurai-je. Margot expira lentement. - En attendant d'en être certaines, autant profiter du calme qu'il nous reste. Tu veux sortir ce soir ? Je consultai l'horloge. Il ne me restait plus que quelques minutes de service. J'acquiesçai. Finalement, c'était peut-être une bonne chose de ne pas avoir trouvé quelqu'un avec qui conclure un contrat. Avec le désordre que Sinclair venait de provoquer, j'allais avoir suffisamment de travail pour les mois à venir. Je n'aurais jamais eu le temps de m'occuper d'une relation. Encore moins de partager mon existence entre mon domicile et le bureau.

- Le marché noir ? Sérieusement ? Je dévisageai Margot avec incrédulité. Ce n'était pas l'endroit le plus sordide du monde, mais certainement pas celui où j'aurais choisi de passer ma soirée. Les habitués ne venaient ici que pour deux choses : gagner de l'argent ou trouver quelqu'un avec qui finir la nuit. La proximité du quartier rouge suffisait à elle seule à expliquer la seconde catégorie. - On ne restera pas longtemps. J'ai rendez-vous avec quelqu'un ici. Avant même que je puisse protester davantage, Margot m'attrapa par le bras et m'entraîna avec elle. Impossible de rester attendre dans la voiture. À l'intérieur, c'était un chaos parfaitement organisé. Des négociations se déroulaient dans tous les coins, des marchandages éclataient à chaque table et les conversations se mélangeaient dans un vacarme constant. Mon regard fut attiré par une femme de troisième zone qui se tenait à côté d'un AS21 flambant neuf. Hormis le tatouage de démonstration visible sur son bras gauche, elle se fondait presque dans la foule. Son maquillage avait adouci ses traits, lui donnant une certaine élégance malgré sa mâchoire marquée et ses épaules imposantes. Mais derrière cette apparence se cachait toujours une machine de guerre. Je connaissais trop bien ces modèles. J'avais consacré un nombre absurde d'heures à élaborer leurs normes de sécurité. Si j'en avais eu l'occasion, j'aurais probablement continué encore davantage. Heureusement, Sinclair avait approuvé les derniers protocoles, ce qui signifiait que je ne serais pas tenue responsable si la production devait être suspendue. Jusqu'à présent, les unités de démonstration n'avaient présenté aucune anomalie. Je priais simplement pour que le secteur spatial ne commette aucune erreur dans la chaîne de fabrication. Sinon, ce serait encore un nouveau problème à ajouter à ma liste. Je suivis Margot au milieu de la foule. Plusieurs visages familiers croisèrent le mien. Des connaissances. Des gens avec lesquels je n'avais aucune envie de discuter. Je m'éloignai donc discrètement de mon amie et finis par arriver devant un ring de boxe. Une créature blonde à l'apparence féline venait d'y pénétrer. Ses caractéristiques animales étaient impossibles à manquer. Je me demandai quel genre de propriétaire pouvait engager une créature aussi extraordinaire dans ce genre de spectacle. Elles étaient capables de tant de choses, pourtant la plupart des gens qui les achetaient ne voyaient en elles qu'un moyen de gagner davantage d'argent. Le félin bondissait légèrement sur place, concentré. Prêt. Quelques instants plus tard, une autre silhouette monta sur le ring. Cette fois, un long manteau et une capuche masquaient complètement son identité. Intriguée par cette entrée théâtrale, je tournai la tête dans sa direction. Puis mon souffle se coupa. La capuche retomba. Des oreilles grises légèrement bouclées émergèrent d'une chevelure épaisse et ondulée. Un loup. Ses yeux brûlaient d'une colère froide tandis qu'il fixait son adversaire blond. Je restai immobile. Le félin tournait autour de lui avec agitation, bondissant constamment, tandis que le loup avançait avec une assurance calculée. Puis, d'un mouvement sec, il porta le premier coup contre le flanc droit de son adversaire. Les spectateurs explosèrent de joie. Le combat venait officiellement de commencer. Une main se referma sur mon bras. Je détournai enfin les yeux du ring. Margot me lançait un regard sévère. - Tu ne peux pas disparaître comme ça. Je lui fis un vague geste de la main avant de reporter immédiatement mon attention sur l'arène. - J'ai terminé ce que j'avais à faire. On peut partir. - Moi, pas. Elle inclina la tête. Je levai la main et pointai le loup aux oreilles grises. - Je le veux. Son expression se figea. - Quoi ? Je souris. - Je veux celui-là. - S'il se bat ici, c'est qu'il appartient forcément à quelqu'un, répondit-elle. Et cette personne n'aura peut-être aucune envie de s'en séparer. Tu pourrais trouver un autre moyen d'obtenir un loup. Je secouai la tête. - Je veux ce loup. Je ne m'étais jamais intéressée aux hommes-bêtes. Encore moins aux loups. Mais quelque chose dans ces oreilles grises frémissantes m'obsédait déjà. - Il faudrait acheter son contrat, soupira Margot, clairement exaspérée. - Alors j'achèterai son contrat. J'abandonnerai l'assurance responsabilité civile et, si ça ne fonctionne pas, je le renverrai. Elle leva les yeux au ciel. Elle savait aussi bien que moi qu'il était inutile d'essayer de me faire changer d'avis. Sans attendre davantage, je l'abandonnai près du ring et me dirigeai vers le comptoir d'informations. Un employé à l'air profondément blasé était absorbé par sa tablette. - J'ai besoin de rencontrer le propriétaire du loup gris qui combat dans l'arène. Il leva les yeux vers moi, m'examina un instant, puis acquiesça avant de disparaître. Quelques minutes plus tard, il revint accompagné d'un homme vêtu d'un costume blanc impeccable. Ses cheveux lissés vers l'arrière dévoilaient un tatouage en forme d'érable sous son oreille gauche. Rien qu'en le voyant, je ressentis un profond malaise. - Gerald Hutting. On m'a dit que vous souhaitiez me rencontrer. Il me tendit la main. Lorsque je la serrai, un frisson désagréable parcourut tout mon corps. - J'aimerais discuter du loup gris qui se trouve dans l'arène. Je reconnaissais les hommes d'affaires malhonnêtes à des kilomètres. Et Gerald Hutting faisait probablement partie des pires spécimens. Mais il possédait quelque chose que je voulais. Et quoi qu'il m'en coûte, je n'avais pas l'intention de quitter cet endroit sans ces magnifiques oreilles grises frémissantes.

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  2. Chapitre 2Chapitre 2 Chapitre 2
  3. Chapitre 3Chapitre 3 Chapitre 3

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