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Chapitre 2
Marc enfila un manteau simple par-dessus ses vêtements et prit les clés de la voiture sans un mot. Il conduisit à travers les rues illuminées de Paris jusqu'à l'hôtel particulier où se tenait la soirée. La musique filtrait à travers les hautes fenêtres, se mêlant au bruit des conversations animées. Il n'entra pas par l'entrée principale, préférant passer par une porte de service, comme à son habitude. Il ne voulait pas attirer l'attention.
Il se glissa dans un coin du grand salon, cherchant Camille du regard. L'air était saturé de parfum et de champagne. Il aperçut un groupe de jeunes créateurs et de journalistes de mode qui discutaient à voix basse. Leurs regards se tournaient de temps en temps vers une silhouette élégante qui tenait une coupe de champagne près de la cheminée. C'était Camille.
Marc s'approcha discrètement pour pouvoir l'entendre.
« Camille est vraiment incroyable ce soir. Mais vous avez vu comment elle regarde son téléphone toutes les cinq minutes ? » dit une jeune femme.
« Elle attend sûrement un message de Gabriel, » répondit un homme à côté d'elle. « Il paraît que son concert à Vienne a été un triomphe. Elle doit être tellement fière. »
« Ah, Gabriel... Son premier amour. C'est fou qu'après toutes ces années, elle soit toujours aussi obsédée par lui. C'est presque triste pour son mari. »
À l'entente du nom « Gabriel », les épaules de Marc se raidirent imperceptiblement. Gabriel. Le célèbre pianiste. Le fantôme qui hantait leur mariage depuis le premier jour. Il sentit la colère monter, froide et silencieuse. Il avait tout donné à Camille, son temps, sa carrière, son identité. Mais dans son cœur, il n'y avait jamais eu de place pour lui. Il n'y avait de place que pour Gabriel.
Il décida de ne plus se cacher. Il traversa la pièce d'un pas assuré. Son changement d'attitude fut si soudain que les conversations s'éteignirent sur son passage. Les gens le regardaient, surpris de voir cet homme, qu'ils prenaient pour un simple assistant ou un chauffeur, dégager une telle aura d'autorité. L'air sembla se figer.
Il arriva devant Camille. Elle était visiblement ivre, ses joues étaient rouges et ses yeux brillaient d'une lueur trouble. Elle le regarda sans vraiment le voir.
« Tu es là, » dit-elle d'une voix pâteuse.
« On rentre, » dit Marc simplement, en prenant doucement son bras.
Elle se laissa guider, trébuchant légèrement. Il la soutint fermement. Alors qu'ils sortaient, elle se retourna soudainement contre lui, son visage tout près du sien. Son souffle sentait le champagne.
« Gabriel... » murmura-t-elle, ses yeux mi-clos. « Tu es enfin venu me chercher... Je savais que tu viendrais. »
Avant que Marc ne puisse réagir, elle posa ses lèvres sur les siennes. Le baiser était désespéré, passionné. Mais il n'était pas pour lui. Chaque seconde de ce contact était une torture, un rappel brutal qu'il n'était qu'un substitut, une ombre. Son cœur, qui avait supporté tant de choses, se brisa en mille morceaux à cet instant précis.
Il se recula doucement, le visage impassible. Mais à l'intérieur, un volcan venait d'entrer en éruption. C'était fini. Vraiment fini.
Dans la voiture, sur le chemin du retour, elle s'endormit, la tête appuyée contre la vitre. Marc conduisait, le regard fixé sur la route, mais son esprit était ailleurs. Une fois arrivés à l'appartement, il la porta jusqu'à leur lit. Elle ne se réveilla pas.
Il retourna dans le salon. De son portefeuille, il sortit un document plié en quatre. C'était l'accord de divorce, préparé par son avocat depuis des semaines. Il le posa sur la table de chevet, à côté d'elle. Il prit sa main inerte, y plaça un stylo, et guida ses doigts pour qu'elle appose une signature tremblante au bas de la page. C'était sûrement illégal, mais il s'en fichait. Pour lui, ce geste était symbolique. Il mettait un point final à cette mascarade.
Il la regarda dormir, le visage apaisé. Son esprit retourna en arrière, trois ans plus tôt. Il se souvint de leur première rencontre. C'était dans un bar à Milan. Il était au sommet de sa gloire, elle était une jeune créatrice venue chercher l'inspiration. Il avait été fasciné par son ambition, par le feu qui brûlait dans ses yeux. Il l'avait observée de loin, apprenant tout d'elle, de ses goûts, de ses rêves, de son obsession pour ce pianiste qui l'avait quittée des années auparavant. C'est cette vulnérabilité cachée sous une armure de froideur qui l'avait attiré. Il avait décidé de tout risquer pour elle. Quelle erreur.
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