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Chapitre 2 Chapitre 2

Je suis retourné sur Broadway et n’ai pas attendu longtemps avant de trouver un taxi. Cette fois, je me suis installé sans hésiter sur le siège arrière et j'ai donné l'adresse de mon hôtel au chauffeur. Il a acquiescé et a démarré en direction de Central Park. Mettre de la distance entre cette rencontre et moi ne pouvait que m’aider à l'oublier.

Pendant que les immeubles défilaient, j'ai tenté de me concentrer sur le contrat que j'avais signé avec mon client canadien. J'ai pensé à quelques modifications qui pourraient l’intéresser, à des documents supplémentaires que je pourrais lui envoyer. Mais rapidement, je me suis rendu compte que mon esprit était ailleurs : l’image de la femme brune me hantait.

Même si son apparition me troublait, les traits de son visage m’échappaient pourtant. Sa bouche, son nez, ses yeux, tout cela se dérobait à ma mémoire. Plus je cherchais à me les rappeler, plus ils s’évanouissaient. Je ne revoyais que sa chevelure longue et ondulée, que je pouvais presque sentir dans ma main.

J'ai essayé de compter les vendeurs de hot-dogs, de lire les grandes publicités aux carrefours. J'ai levé la tête pour voir les sommets des buildings. Mais l'image de cette femme se superposait à toutes les autres. Elle se reflétait obstinément sur les vitrines des limousines, s'affichait sur les kiosques des marchands de rue, et brillait sur les panneaux de Times Square.

À l'hôtel, j'ai pris ma clé et je suis monté directement dans ma chambre. Après avoir tiré les rideaux, je me suis allongé sur le lit, pris la télécommande et allumé la télévision. J'ai zappé sur toutes les chaînes : journaux télévisés, films, téléréalité, mais rien n’a réussi à capter mon attention.

Je n'ai pas téléphoné à la maison. Pourquoi ? D'habitude, je ne manquais jamais de signaler que j'avais conclu un contrat, de confirmer l'heure de mon retour le lendemain, ou simplement de demander des nouvelles. Quand mon téléphone a sonné, j'ai laissé le répondeur s'en charger. Tout semblait avoir perdu de son importance.

En éteignant la lampe de chevet, je savais déjà que je n’allais pas trouver le sommeil. Je me suis tourné et retourné dans mon lit, ma joue contre l'oreiller. Mais mon esprit restait prisonnier de ce regard furtif croisé dans la rue. Je commençais à comprendre qu'il ne me lâcherait pas, qu’il resterait à jamais gravé en moi.

Alors, je me suis levé, j'ai pris une douche, et me suis remis devant la télé, même si les programmes nocturnes ne parvinrent pas à m’endormir. L'insomnie était bien là. J'ai regardé les heures défiler sur le cadran de ma montre, puis je me suis recouché. Longtemps, je suis resté allongé dans le noir, les yeux fixés sur le plafond.

Et puis, soudain, j'ai pris une décision. Je ne partirais pas pour Philadelphie. Je m'étais juré de revoir cette femme, coûte que coûte. À cet instant, je n'avais absolument aucune idée de comment m'y prendre. Mais cette résolution m'a apporté un soulagement immédiat : quelques secondes après l'avoir prise, je me suis endormi profondément.

Quand mon alarme a sonné, j'ai jeté un œil à l'heure et j'ai songé à appeler la réception pour réserver le taxi qui devait m'emmener à la gare. Mon train était prévu pour 9h00, je ne pouvais pas me permettre de le manquer. Un rendez-vous crucial m'attendait l'après-midi dans mon bureau à Philadelphie. Pourtant, soudainement, le visage de l'inconnue m'est revenu en tête.

C'était comme si j'avais une photo d'elle devant moi. Je revoyais ses grands yeux bruns avec des reflets dorés, sa bouche fine et charnue, et ce petit grain de beauté à la commissure de ses lèvres. Son nez délicat, ses sourcils minces et châtains, légèrement arqués, tout était aussi clair que si elle se tenait là, dans la pièce.

Je n'ai pas passé l'appel à la réception. J'ai pris une douche, me suis rasé, puis je suis descendu pour prendre mon petit-déjeuner. Au concierge, j'ai demandé si je pouvais prolonger mon séjour d'une nuit, puis j'ai attrapé un New York Times du présentoir et me suis installé avec un grand café noir. J'avais pris la décision de rester à Fairview.

Même avec peu de sommeil, je me sentais en pleine forme. J’étais persuadé que je retrouverais cette mystérieuse inconnue. Je n’avais qu’à attendre jusqu'à 18h30, l’heure à laquelle je l’avais aperçue la veille, et elle serait là, sur Fulton Street, à l’endroit où elle avait disparu.

J'ai profité de la matinée pour lire le journal en entier, une chose que je me réservais d'habitude pour le week-end, et j'ai passé l’après-midi à faire quelques achats dans le Lower Manhattan : de la mousse à raser, des lames pour mon rasoir, des sous-vêtements neufs, une chemise et une paire de chaussures confortables.

Vers 18 heures, j'ai pris un taxi qui m’a déposé à l’angle de Fulton Street et Broadway. Puis, j'ai marché jusqu’à l’endroit exact où j'avais croisé cette femme. Et c’est à ce moment-là que j’ai réalisé qu’il n’y avait aucune raison pour que mon inconnue soit là à un rendez-vous que j’étais le seul à avoir imaginé.

Comme la veille, je me tenais immobile au milieu du trottoir, gênant la foule de travailleurs pressés d’attraper leur métro. Comme la veille, j'ai flâné devant les vitrines des magasins. Et, comme la veille, je me suis demandé ce que je faisais là.

J'ai regardé au loin, là où la silhouette de la femme brune avait disparu la veille. J’espérais encore qu’elle surgirait du flot des passants, qu’elle ferait demi-tour. J’ai pensé que je devais être patient, que si je guettais bien, elle finirait par apparaître.

Mais j’ai compris que je me trompais, que cela ne servait à rien d’attendre davantage. Elle ne viendrait pas. Comment ne l'avais-je pas remarqué plus tôt ? Pourquoi ne l'avais-je pas vue ? Elle était déjà là, en face de moi. Elle se tenait devant une vitrine, à quelques mètres, les bras croisés. Elle me regardait fixement.

Elle s'est approchée, souriante, et tout s’est déroulé naturellement. « C’est comme si nous avions rendez-vous », a-t-elle dit simplement. J'ai acquiescé. « Un rendez-vous prévu depuis toujours », a-t-elle ajouté. C’était exactement ce que je ressentais, alors j’ai hoché la tête. Nous étions immédiatement à l’aise, comme de vieux amis.

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  1. Chapitre 1Chapitre 1 Chapitre 1
  2. Chapitre 2Chapitre 2 Chapitre 2
  3. Chapitre 3Chapitre 3 Chapitre 3

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