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Chapitre 3 03
— Je vous avais dit de ne pas bouger !
Eleanor avait la folle envie de casser quelque chose. À ses pieds, le sang de Gretchen imprégnait le sol et menaçait de s'attaquer à ses chaussures. Elle s'éloigna du corps inanimé de la vampire, sans cesser de foudroyer le Grand Alpha du regard.
Sa colère, mêlée à un profond sentiment de tristesse et de déception, était si forte qu'il lui fallait un exutoire. En l'absence d'assiettes à briser à travers la pièce, Clark formait un excellent bouc émissaire.
— Je l'ai entendue vous frapper ! se défendit-il. Je n'allais pas rester sans rien faire.
La louve leva les yeux au ciel. Si son sort lui importait vraiment, il aurait pris la peine de mener des recherches sur son ancienne fiancée, des années plus tôt...
— Bien sûr, jouer au prince charmant était trop tentant, maugréa-t-elle. Vous auriez pu vous faire tuer, Gretchen s'en serait battue les canines que vous soyez le Grand Alpha ou le roi des moustiques !
— De toute façon, au point où j'en suis...
Il soupira et se pinça quelques instants l'arête du nez, comme en proie à une migraine. Il fallait avouer que l'odeur de sang se faisait de plus en plus entêtante... Heureusement, seule la faible lumière d'une lanterne les éclairait, ce qui permettait de presque faire abstraction de la présence du corps et du liquide noirâtre qui l'entourait. Presque.
— Qu'est-ce que vous faites ? s'enquit-elle en voyant Clark se pencher vers la trappe.
— Sauf si vous comptez me garder prisonnier, je n'ai pas l'intention de rester ici. Mes amis m'attendent dans les bois. Il faut que je les retrouve avant qu'ils me croient mort et nomment mon fils Grand Alpha...
Il grimaça à cette idée et attrapa l'anneau permettant de tirer sur la trappe.
— Vous ne pourrez pas l'ouvrir, le prévint-elle. Il n'y a que la force surnaturelle d'un vampire qui puisse la soulever.
Il ne tint pas compte de ses paroles et essaya quand même. Sans surprise, le bloc de pierre ne bougea pas d'un millimètre.
— Auriez-vous la gentillesse de venir m'aider ? fit-il comme elle se contentait de le regarder en croisant les bras.
Elle grogna que cela ne servirait à rien. Malgré tout, pour la forme, elle s'empara aussi de l'anneau et ils firent une nouvelle tentative. Ils eurent beau y mettre toutes leurs forces, cela fut parfaitement inutile.
— Bon, tant pis, marmonna-t-il en se redressant.
Il traversa la pièce pour s'approcher de la fenêtre et commença à enlever ses chaussures.
— Attendez ! l'arrêta Eleanor. Vous ne pouvez pas sauter, il faut que vous m'emmeniez avec vous !
Il fronça les sourcils, pareil à si elle lui parlait une autre langue.
— Je n'ai pas l'intention de vous laisser ici, l'informa-t-il. Nous allons sauter et quitter cette tour, puis je vous accompagnerai jusqu'au village le plus proche.
— Non, je... Je ne peux pas sauter.
Cela lui coûtait d'exposer ainsi l'une de ses faiblesses, mais elle n'avait pas le choix.
— Pourquoi ? la questionna-t-il sans comprendre. Si c'est la hauteur qui vous effraie, j'ai bien peur que nous soyons obligés de faire avec et...
— Je ne sais pas nager, le coupa-t-elle en essayant de soutenir son regard. À votre avis, pourquoi m'a-t-on enfermée dans une tour au milieu d'un lac ? Eleanor n'eut même pas le temps de crier.
En une fraction de seconde, elle se retrouva engloutie par le lac. L'eau glacée bourdonna à ses tympans, tandis que l'air désertait ses poumons. Prisonnière de l'obscurité, la terreur s'empara d'elle et elle commença à s'agiter dans tous les sens. Ses mouvements lui semblaient horriblement lourds et ralentis, ce qui amplifia un peu plus sa panique.
Soudain, elle sentit quelque chose tirer sur sa main. Par réflexe, elle tenta de libérer ses doigts, mais l'étau se resserra un peu plus et l'attira vers la surface.
Quand elle sortit la tête hors de l'eau, elle respira comme si c'était la toute première fois. Elle essaya de bouger les jambes pour ne pas sombrer de nouveau, mais sa jupe empêtrait ses mouvements.
— Cal... Calmez-vous, je vous tiens, entendit-elle par-dessus le clapotement de l'eau.
Elle réussit en effet à distinguer Clark, qui lui tenait toujours la main. Alors qu'elle se démenait et tentait tant bien que mal de ne pas boire la tasse, il se rapprocha afin de passer un bras autour d'elle. Son instinct de survie la poussa à s'accrocher à lui, et elle le laissa la transporter jusqu'au pied de la tour.
Elle sentit bientôt des rochers cogner ses genoux, puis se hissa sur le pas de la porte. Elle s'effondra sur les deux marches qui constituaient le seuil, bien décidée à ne plus jamais refaire trempette dans un lac. L'air put enfin s'infiltrer librement dans ses poumons, sans qu'elle n'ait l'impression que sa poitrine soit comprimée par une horrible force.
Le Grand Alpha se posa à côté d'elle, en prenant des inspirations beaucoup moins haletantes que les siennes.
— Vous allez bien ? s'enquit-il aussitôt.
Elle hocha la tête, après s'être accordée quelques secondes pour retrouver ses esprits. Sa robe la collait et lui paraissait affreusement lourde. Des mèches de cheveux s'étaient échappées de la couronne qu'elle avait tressée, lui donnant l'air d'une pieuvre aux mille tentacules. Pire que tout : elle grelottait
— C'est... C'est la première et la dernière fois que je fais une chose pareille, articula-t-elle.
— Je compte bien ne plus jamais sauter d'un point aussi haut, confirma-t-il.
Sans plus s'attarder, il se releva et tira sur une petite corde, au bout de laquelle était accrochée la barque. Il tendit la main à Eleanor pour l'aider à se remettre debout, mais elle l'ignora. Déjà qu'il venait littéralement de la sauver, elle ne voulait pas jouer plus longtemps les demoiselles en détresse.
Elle se débrouilla pour se remettre sur ses jambes, puis grimpa dans le canot que Clark avait approché. N'étant pas tout à fait remise de ses émotions, elle manqua de trébucher et de renverser l'embarcation. Elle réussit cependant à se rattraper et à s'installer sur l'un des petits bancs.
— Je vais essayer d'aller retrouver le sac, déclara-t-il en s'accroupissant sur les marches. Il...
— Ne faites pas l'imbécile, l'interrompit-elle avec agacement. Comment voulez-vous récupérer un sac perdu au fond d'un lac ? Vous n'allez réussir qu'à vous noyer !
Il esquissa un semblant de sourire.
— Il y a moins d'une heure, vous juriez vouloir me tuer et m'avez même entaillé la jambe. Votre opinion de moi a dû considérablement s'améliorer, pour que mon sort vous importe un minimum...
Elle croisa les bras sur sa poitrine et laissa à son tour ses lèvres se fendre d'un petit sourire.
— Mon opinion sur vous n'a pas changé, prétendit-elle. Mes intérêts, si.
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