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Chapitre 2

Jean-Luc est resté dans la chambre d'amis, une prison dorée au sein de sa propre maison.

Il s'asseyait pendant des heures près de la fenêtre, regardant le jardin où il avait joué enfant.

Tout semblait pareil, mais tout était différent.

Il voyait Sophie et Marc rire ensemble sur la terrasse, Hélène leur apportant des boissons fraîches avec un sourire tendre qu'il n'avait jamais reçu.

Ils ressemblaient à une famille parfaite.

Une famille dont il avait été violemment exclu.

La douleur dans sa gorge était une constante. Manger était une épreuve. Parler était un effort.

Mais la douleur physique n'était rien comparée au vide qui avait remplacé son cœur.

Il pensait à ses trois ans de mariage avec Sophie.

Il l'avait aimée. Il avait cru qu'elle l'aimait.

Comment l'amour pouvait-il se transformer en une haine si cruelle ?

Comment une mère pouvait-elle sacrifier son propre fils pour protéger la réputation de la famille et un fils illégitime ?

Il n'avait pas de réponses. Seulement des cicatrices.

Un après-midi, alors qu'il sortait de la salle de bain, il a vu Sophie fouiller dans ses affaires.

Elle tenait une enveloppe froissée dans sa main.

C'était son dernier rapport médical de l'institution, un document qu'il gardait précieusement. Il détaillait les dommages permanents à son œsophage et à ses cordes vocales.

"Qu'est-ce que tu fais ?" a demandé Jean-Luc, sa voix rauque emplissant la pièce.

Sophie a sursauté, surprise. Elle a rapidement caché l'enveloppe derrière son dos.

"Rien. Je m'assurais juste que tu n'avais rien de dangereux."

"Donne-moi ça."

Il s'est avancé, la main tendue.

Sophie l'a regardé avec mépris, a sorti l'enveloppe, l'a mise en boule et la lui a jetée au visage.

"Tiens ! Garde tes papiers ridicules ! Tu crois que ça va changer quelque chose ? Tu essaies de nous faire culpabiliser avec tes petits bobos ?"

Le papier a heurté sa joue. Il n'a pas bougé.

"Ce ne sont pas des 'petits bobos', Sophie."

"Oh, arrête ton cinéma !" a-t-elle explosé. "Oui, je t'ai versé de l'acide. C'était une erreur, je te l'ai dit ! J'étais folle de rage ! Tu allais détruire cette famille, tu comprends ? J'ai fait ce que je devais faire !"

"Tu as essayé de me tuer la voix. De me faire taire pour toujours."

"Peut-être que j'aurais dû", a-t-elle rétorqué, cruelle. "Ça nous aurait évité d'entendre tes jérémiades maintenant."

Un silence glacial est tombé.

Jean-Luc a baissé les yeux sur sa chemise.

Lentement, méthodiquement, il a commencé à la déboutonner.

Un bouton, puis un autre.

"Qu'est-ce que tu fais ?" a demandé Sophie, méfiante.

Il n'a pas répondu.

Il a fini de déboutonner sa chemise et l'a laissée tomber de ses épaules.

Il s'est tourné vers la lumière de la fenêtre.

Le torse de Jean-Luc n'était plus celui d'un homme.

C'était une toile macabre.

Des cicatrices blanches et épaisses de coups de fouet s'entrecroisaient sur sa poitrine et son abdomen.

Des marques de brûlures rondes, comme des cigarettes écrasées, ponctuaient sa peau près des côtes.

Et partout, de minuscules points sombres, des milliers de piqûres d'aiguille, témoignaient d'une torture patiente et sadique.

C'était le résultat de cinq ans d'"éducation".

Sophie a eu un haut-le-cœur.

Le sang a quitté son visage.

Elle a fait un pas en arrière, une main sur sa bouche, ses yeux fixés sur l'horreur devant elle.

Pour la première fois, une lueur de véritable culpabilité a traversé son regard.

Ce n'était pas un "petit bobo". C'était l'œuvre de monstres. Des monstres que sa famille avait payés.

"Mon... mon Dieu...", a-t-elle balbutié.

"C'est ça, la 'bonne éducation' que ma mère a commandée", a dit Jean-Luc d'une voix neutre, comme s'il décrivait le corps de quelqu'un d'autre. "Ils étaient très créatifs."

Sophie a froncé les sourcils, luttant contre la nausée et le choc.

Une partie d'elle était horrifiée.

Mais une autre partie, la partie qui avait appris à se défendre et à justifier l'injustifiable, a refait surface.

"Je... je ne savais pas", a-t-elle dit, sa voix tremblante. "Hélène a dit qu'ils allaient juste... te discipliner. Te donner une leçon."

Elle a secoué la tête, comme pour chasser l'image de son esprit.

"Tu crois que c'est facile pour nous ? Pour moi ? J'ai dû faire un sacrifice ! J'ai dû renoncer à mon mari pour protéger cette famille, pour protéger Marc de tes mensonges ! J'ai dû donner une explication à tout le monde sur ta 'disparition soudaine' ! J'ai souffert, moi aussi !"

Jean-Luc a ramassé sa chemise et l'a remise, cachant à nouveau les preuves de son calvaire.

Sa souffrance à elle. Un sacrifice.

Les mots étaient si absurdes qu'ils n'avaient plus de sens.

Il a regardé la femme qu'il avait épousée, et pour la première fois en cinq ans, il a ressenti quelque chose.

Pas de la haine. Pas de la colère.

Juste une pitié immense et glaciale.

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Liste des chapitres

11 chapitres au total

  1. Chapitre 1Introduction
  2. Chapitre 2Chapitre 1
  3. Chapitre 3Chapitre 2

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