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Chapitre 1

L'odeur de l'antiseptique et du désespoir flottait dans le couloir de l'hôpital. C'était la seule chose que je pouvais sentir. Assise sur une chaise en plastique inconfortable, je fixais la porte de la chambre de mon frère, Pierre. Les médecins allaient et venaient, leurs visages graves. Le bruit de leurs chaussures sur le linoléum était le seul rythme dans le silence pesant.

Mon père, Jacques Dubois, était un détective privé. Le meilleur, disaient certains. Il nous a laissé un héritage étrange : un petit cabinet rempli de dossiers, une réputation d'honnêteté et une conviction inébranlable que la justice existait, même si elle se cachait bien. Il est mort en service, une affaire de trop, un ennemi trop puissant. Il nous a laissé, à Pierre et à moi, avec ce cabinet.

Et avec ses ennemis.

Pierre, mon petit frère. Un génie avec un clavier. Il pouvait faire danser les lignes de code comme un marionnettiste. Il pensait pouvoir utiliser son talent pour venger notre père. Il a essayé d'exposer un réseau de corruption à la mairie, un groupe d'hommes puissants qui avaient volé les terres de notre famille, les mêmes hommes qui, nous en étions sûrs, étaient derrière la mort de notre père.

Ils l'ont trouvé. Ils ne l'ont pas tué. Ils ont fait pire. Ils l'ont brisé. Plusieurs os cassés, une blessure à la tête. Les médecins ne savaient pas s'il remarcherait un jour, ou même s'il se réveillerait complètement. Il était devenu une victime innocente de leur guerre. Mon innocence à moi était morte avec la sienne.

J'avais essayé la voie légale. J'avais porté plainte. Au poste de police, on m'a regardée avec un mélange de pitié et d'agacement. Une jeune femme, seule, accusant les hommes les plus influents de la ville. Ils ont pris ma déposition, puis l'ont classée. Quand j'ai insisté, un policier m'a poussée dehors. Je suis tombée sur le trottoir. Mon genou saignait, mais ce qui faisait le plus mal, c'était l'humiliation. Ils m'avaient battue avec leur indifférence, leur impuissance volontaire.

Ce soir-là, de retour au cabinet de notre père, l'odeur de vieux papier et de tabac froid m'a envahie. C'était un fantôme de sa présence. Sur son bureau, une boîte en bois fermée à clé. Il m'avait dit de ne jamais l'ouvrir, sauf si tout était perdu. Pour moi, tout était perdu. J'ai forcé la serrure.

À l'intérieur, pas d'arme, pas d'argent. Juste une pile de dossiers, bien plus vieux et plus épais que les autres. Sur le dessus, une note de sa main : « Les Impossibles ». C'étaient des affaires qu'il n'avait jamais résolues, des échecs qui l'avaient hanté. Mais la note continuait : « Ce ne sont pas des échecs séparés. C'est une seule et même toile. Trouve le centre, et tout s'effondrera. »

C'était son véritable héritage. Pas le cabinet, pas la réputation. Un puzzle. Une arme.

Le lendemain, j'ai pris ma décision. J'ai rassemblé les dossiers les plus pertinents des « Impossibles », ceux qui mentionnaient des noms que je reconnaissais dans les journaux, des noms liés à la corruption. J'ai ajouté les photos de Pierre sur son lit d'hôpital, le rapport médical, ma propre plainte classée. J'ai mis le tout dans un grand sac.

Puis, je me suis présentée devant le commissariat central. Pas la petite antenne de quartier où on m'avait humiliée. Le grand bâtiment, celui où travaillait le commissaire principal. Je savais qu'il s'appelait Bernard. Je savais aussi, grâce aux vieilles photos dans le bureau de mon père, qu'ils avaient été amis. C'était mon seul espoir.

Je n'ai pas demandé à voir quelqu'un. Je me suis assise sur les marches, devant l'entrée principale. J'ai sorti les dossiers et les photos, et je les ai étalés autour de moi. Je n'ai rien dit. J'ai juste attendu.

Les gens passaient, me regardaient, chuchotaient. Les policiers à l'entrée m'ont dit de partir. J'ai secoué la tête. Ils ne pouvaient pas m'arrêter pour ça. Je ne bloquais pas le passage, je ne criais pas. J'étais juste là, un mémorial silencieux à l'injustice.

Les heures ont passé. Le soleil a commencé à descendre. Une voiture noire s'est garée juste devant. Deux hommes en costume en sont sortis. Je les ai reconnus. Des avocats, des hommes de main du réseau de corruption. Ils se sont approchés de moi.

L'un d'eux a souri, un sourire sans chaleur.

« Mademoiselle Dubois. Vous causez une scène. »

Je n'ai pas répondu.

« Ramassez vos papiers et rentrez chez vous. Oubliez cette histoire. Votre frère a eu un accident malheureux. N'en provoquez pas un autre. »

Son ton était calme, mais la menace était claire. Il a fait un pas en avant, comme pour ramasser les preuves. Au même moment, les portes du commissariat se sont ouvertes.

Le commissaire principal Bernard est sorti. C'était un homme plus vieux, fatigué, avec des yeux qui avaient trop vu. Il a regardé les hommes en costume, puis moi, assise au milieu de mon chagrin et de ma colère.

« Laissez-la tranquille, » a-t-il dit, sa voix grave et ferme.

Les hommes se sont figés.

« Commissaire, ce n'est qu'une jeune femme en détresse… »

« J'ai dit, laissez-la tranquille. Et partez. Maintenant. »

Ils ont hésité, puis ont échangé un regard. Ils sont remontés dans leur voiture et sont partis. Le commissaire Bernard s'est approché de moi. Il s'est accroupi, ses genoux craquant. Il a regardé les photos de Pierre, puis les dossiers de mon père.

« Les Impossibles, » a-t-il murmuré. « Jacques n'a jamais abandonné, n'est-ce pas ? »

Il m'a regardée dans les yeux. J'ai vu une lueur de la vieille amitié, une étincelle de la justice que mon père chérissait tant.

« Entrez, mademoiselle Dubois. Racontez-moi tout. »

Mais au fond de moi, une nouvelle certitude naissait. Ce n'était pas assez. Ils avaient essayé de me faire taire, de détruire les preuves. Ils s'en étaient pris à Pierre. La justice légale ne suffirait pas. Il ne s'agissait plus seulement d'arrêter les coupables. Il s'agissait de les détruire. Totalement. Et j'allais utiliser l'arme de mon père pour le faire.

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Liste des chapitres

11 chapitres au total

  1. Chapitre 1Introduction
  2. Chapitre 2Chapitre 1
  3. Chapitre 3Chapitre 2

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