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Chapitre 1
« Adèle, il faut qu'on parle. »
La voix de Marc était calme, presque trop calme. Il était assis en face de moi dans le grand salon de notre villa parisienne, la lumière du soir filtrant à travers les baies vitrées, dessinant de longues ombres sur le parquet coûteux.
Mon cœur a manqué un battement. Ces mots ne présageaient jamais rien de bon.
« Je pense qu'on devrait divorcer », a-t-il dit, sans même me regarder dans les yeux. Il fixait un point vague au-dessus de mon épaule.
Le monde s'est effondré autour de moi. Divorcer ? Après cinq ans de mariage, un mariage que je croyais solide, que j'avais bâti avec tout mon amour et mon dévouement. J'étais Adèle Dupont, une styliste de mode respectée, mais avant tout, j'étais sa femme.
« Pourquoi ? », ai-je réussi à articuler, ma voix un simple murmure.
C'est là qu'il a enfin levé les yeux. Il y avait de la pitié dans son regard, et cela m'a fait plus mal que tout.
« Écoute, Adèle... C'est compliqué. Je suis tombé amoureux de quelqu'un d'autre. »
Quelqu'un d'autre. Ces trois mots ont résonné dans ma tête, vides de sens.
« Chloé », a-t-il ajouté, comme si cela devait tout expliquer.
Chloé. Sa jeune stagiaire. Je l'avais vue au bureau, une fille jeune, pleine d'ambition, qui le regardait avec des yeux brillants. J'avais choisi de ne pas y prêter attention, de faire confiance à mon mari. Quelle idiote.
« Mais ce n'est qu'un faux divorce », a-t-il poursuivi rapidement, voyant sans doute la panique sur mon visage. « Juste pour la calmer. Elle est jeune, elle veut des garanties. Elle veut que je l'épouse. Alors, on signe les papiers, tu quittes la maison pour quelques jours, une semaine tout au plus, et une fois qu'elle sera rassurée, on annulera tout. Tu reviendras. Rien ne changera, je te le promets. »
Il mentait. Chaque mot était un mensonge, mais la pire partie était que je n'avais pas le choix. Un pacte invisible, un système étrange qui régissait ma vie dans ce monde, me liait à lui. Une séparation prolongée, un vrai divorce, et ma vie serait anéantie. Littéralement.
J'ai hoché la tête, incapable de parler. Les larmes que je retenais menaçaient de déborder.
« Parfait. Je savais que tu comprendrais », a dit Marc avec un soulagement visible. « Tu as toujours été si raisonnable, Adèle. »
Il s'est levé, m'a tapoté l'épaule comme on le ferait avec un bon chien, et est monté à l'étage. Je suis restée là, seule dans le silence assourdissant du salon, le cœur en mille morceaux.
Le lendemain, j'ai fait une petite valise. Marc m'observait depuis le seuil de notre chambre.
« Tu ne prends que ça ? », a-t-il demandé, un sourcil levé.
J'ai regardé le contenu de la valise : quelques vêtements simples, une trousse de toilette. Tout ce dont j'avais besoin pour survivre quelques jours. Tout ce qui restait de ma vie ici.
« C'est suffisant », ai-je répondu d'une voix neutre.
Il a haussé les épaules. « Comme tu veux. J'ai réservé une suite dans un hôtel de luxe pour toi. Tu ne manqueras de rien. »
Il me traitait comme une affaire à régler, un problème à gérer avec de l'argent. La femme qu'il avait juré d'aimer et de chérir n'existait plus. J'étais devenue un obstacle.
Alors que je m'apprêtais à descendre, son téléphone a sonné. Le nom « Chloé » s'est affiché en grand sur l'écran. Marc a décroché instantanément, son visage s'illuminant.
« Mon amour ? Oui, tout se passe comme prévu. Elle est en train de partir... Oui, je sais, je suis désolé que ça ait pris autant de temps. Ce soir, la maison est à nous. Je t'aime. »
Sa voix était douce, mielleuse, une voix que je n'avais pas entendue depuis des années. Il a raccroché et m'a regardée, sans aucune gêne.
« Elle est un peu impatiente », a-t-il justifié platement.
J'ai senti une vague de nausée me submerger. Je ne sentais plus la tristesse, juste un vide immense, une sorte de torpeur. J'étais déjà morte à l'intérieur.
En bas, avant de franchir la porte d'entrée, mon regard s'est posé sur notre photo de mariage, encadrée sur la console. Nous étions jeunes, souriants, pleins d'espoir. C'était une autre vie. Une vie qui venait de s'achever.
J'ai détourné les yeux. Je n'ai pas pris la photo. Je n'ai rien pris qui me rappelait notre passé. J'ai simplement ouvert la porte.
Marc était derrière moi. « Je t'appellerai dans quelques jours », a-t-il dit.
Je n'ai pas répondu.
J'ai fait un pas dehors, le soleil froid de l'après-midi sur mon visage. Au moment où mon pied a touché le gravier de l'allée, une voix métallique et sans émotion a retenti directement dans mon esprit.
[Avertissement système : Séparation du partenaire principal, Marc Dubois, détectée.]
[Mission « Maintien du mariage » a échoué.]
[Lancement du protocole de dissolution. Compte à rebours de sept jours initié.]
[Temps restant : 168 heures.]
La porte de la villa s'est refermée derrière moi avec un claquement sec. C'était fini. Mon compte à rebours avait commencé.
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