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Chapitre 2

Je me suis enregistrée à l'hôtel que Marc avait réservé. Une suite impersonnelle, luxueuse et froide. Je me suis assise sur le lit immense, la valise posée à côté de moi, intacte.

La voix du système était une réalité avec laquelle je vivais depuis cinq ans. Ce n'était pas ma première vie. J'étais morte une fois, dans un accident de voiture banal dans mon monde d'origine, et je m'étais réveillée dans le corps d'Adèle Dupont, le jour de son mariage avec Marc.

Le système était apparu en même temps. Ses règles étaient simples et cruelles. J'avais été choisie pour une mission : vivre la vie d'Adèle et assurer le succès de son mariage avec Marc Dubois. Si je réussissais, je pourrais peut-être un jour retourner chez moi. Si j'échouais, la sanction était claire : l'anéantissement.

Pendant cinq ans, j'avais joué mon rôle à la perfection. J'étais devenue Adèle, j'avais appris à aimer Marc, ou du moins, l'idée de l'amour que nous construisions. J'avais cru que nous pouvions être heureux. J'avais oublié la menace constante qui pesait sur moi.

[Échec de la mission principale : Maintien du mariage.]

[Sanction programmée : Cessation des fonctions vitales.]

[Temps restant avant exécution : 167 heures, 48 minutes, 12 secondes.]

Le compte à rebours s'affichait dans un coin de ma vision, comme sur un écran de jeu vidéo. Sauf que ce n'était pas un jeu. C'était ma vie. Ou ce qu'il en restait. Une semaine. J'avais une semaine à vivre.

Les premiers jours, je n'ai rien fait. Je suis restée dans la suite, commandant le service en chambre sans appétit, regardant la télévision sans vraiment voir les images. Mon téléphone est resté silencieux. Marc ne m'a pas appelée.

Il était trop occupé.

Je l'ai vu sur les réseaux sociaux, dans les magazines people en ligne. Marc et Chloé, photographiés à la sortie d'un restaurant étoilé, main dans la main. Marc et Chloé, assistant à un gala de charité, Chloé portant une robe de créateur et un collier de diamants qui devait coûter une fortune. Il affichait son bonheur, notre trahison, aux yeux du monde entier. Chaque photo était une nouvelle blessure, un rappel brutal de sa cruauté et de mon impuissance. Je me souvenais du jour où il m'avait offert mon premier bijou, un simple bracelet en argent. Il avait dit : « C'est pour te rappeler que mon cœur est lié au tien. » Ces souvenirs étaient maintenant empoisonnés.

Le troisième jour, je me suis souvenue de quelque chose. C'était l'anniversaire de la mère de Marc, Hélène. J'avais toujours entretenu une relation chaleureuse avec ses parents. Au début, ils avaient été méfiants envers moi, la styliste un peu bohème pour leur fils, le PDG sérieux. Mais avec le temps, ils m'avaient adoptée. Hélène disait souvent que j'étais la fille qu'elle n'avait jamais eue.

J'avais déjà acheté son cadeau, une luxueuse écharpe en cachemire que j'avais conçue moi-même. Elle était dans mon atelier. Par un dernier réflexe de décence, j'ai appelé mon assistante et lui ai demandé de l'emballer et de la faire livrer aux parents de Marc, avec une simple carte signée de mon nom. C'était ma dernière responsabilité, mon dernier adieu à cette famille qui m'avait accueillie.

Quelques heures plus tard, mon téléphone a vibré. C'était Hélène. J'ai hésité, puis j'ai répondu.

« Adèle, ma chérie ? J'ai reçu ton cadeau, il est magnifique, merci. Mais... que se passe-t-il ? J'essaie de joindre Marc, il ne répond pas. Son père et moi avons vu les photos dans la presse... Qui est cette fille ? Dis-moi que ce n'est pas vrai. »

Sa voix était pleine d'angoisse. Que pouvais-je lui dire ? La vérité était trop compliquée, trop douloureuse.

« Hélène... Marc et moi, nous avons besoin d'une pause », ai-je menti faiblement.

« Une pause ? Adèle, ne me mens pas. C'est à cause de cette petite arriviste, n'est-ce pas ? Mon fils est un idiot ! Un parfait imbécile ! Son père va le tuer. Nous sommes de ton côté, tu le sais. Ne le laisse pas te faire ça. »

Ses paroles étaient un baume sur mon cœur blessé, mais elles ne changeaient rien. Le compte à rebours continuait de défiler dans ma tête.

« Merci, Hélène. Ça compte beaucoup pour moi », ai-je dit, ma voix se brisant. « Je dois y aller. »

J'ai raccroché avant de m'effondrer en larmes.

Le soir du quatrième jour, sentant les murs de l'hôtel se refermer sur moi, j'ai décidé de sortir. Juste pour marcher, pour respirer un air qui n'était pas recyclé. J'ai mis un chapeau, des lunettes de soleil, et je me suis promenée le long des quais de la Seine.

Et c'est là que je les ai vus.

Ils sortaient d'une boutique de joaillerie de la place Vendôme. Marc tenait la porte ouverte pour Chloé, qui riait aux éclats, un petit sac de velours rouge à la main. Ils semblaient si heureux, si insouciants.

Mon premier réflexe a été de me cacher, de fuir. Mais mes pieds sont restés cloués au sol. Nos regards se sont croisés par-dessus la foule.

Marc a figé. Son sourire a disparu. Il y a eu un instant de flottement, un silence suspendu au milieu du bruit de la ville. Chloé a suivi son regard et m'a vue. Un sourire suffisant s'est dessiné sur ses lèvres. Elle s'est rapprochée de Marc, a passé son bras sous le sien d'un air possessif.

Le monde s'est rétréci à cette scène. Mon mari, sa maîtresse, et moi, la femme mise au rebut, les observant depuis l'autre côté de la rue. La rencontre était inévitable, et elle promettait d'être douloureuse.

C'est tout ce qui est disponible pour le moment.

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Liste des chapitres

11 chapitres au total

  1. Chapitre 1Introduction
  2. Chapitre 2Chapitre 1
  3. Chapitre 3Chapitre 2

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