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Chapitre 1

Le silence de l'appartement était lourd, un silence que seule l'attente peut créer. J'ai arrangé les coussins sur le canapé pour la troisième fois, un geste inutile qui trahissait ma nervosité. Marc Dubois, mon mari, le sculpteur de génie que tout Paris célébrait, allait rentrer d'un voyage d'affaires. Notre appartement, qui servait aussi de galerie privée pour ses œuvres les plus intimes, était impeccable. Chaque sculpture en bronze, chaque esquisse encadrée, racontait une histoire que je croyais nôtre.

Son téléphone, qu'il avait oublié sur la table basse, s'est allumé soudainement. L'écran a affiché une notification. Je n'avais pas l'intention de regarder, mais le nom de l'expéditeur a attiré mon regard. "Chloé". Le message était court, mais il a suffi à faire s'écrouler mon monde.

"Tu me manques tellement, mon amour. Reviens vite."

Mon amour.

Le mot a résonné dans le silence. J'ai pris le téléphone, mes doigts tremblaient si fort que j'ai failli le laisser tomber. J'ai relu le message, encore et encore. Ce n'était pas une erreur. Ce n'était pas une amie. C'était un message d'une amante.

Des images de nos dix années de mariage ont défilé dans ma tête. Je l'ai rencontré alors qu'il n'était qu'un artiste inconnu, plein de doutes et de talent. Je l'ai soutenu, j'ai cru en lui quand personne d'autre ne le faisait. J'ai géré ses finances, organisé ses expositions, j'ai été son ancre, son soutien indéfectible. Chaque succès, chaque applaudissement, je les avais ressentis comme les miens.

Je me suis souvenue d'un soir, il y a des années, dans son premier atelier minuscule. Il m'avait prise dans ses bras au milieu de ses sculptures inachevées et m'avait dit : "Amélie, sans toi, tout ça ne serait que du métal et de la pierre sans âme. C'est toi qui donnes un sens à tout."

Ces mots, qui avaient été mon trésor le plus précieux, avaient maintenant un goût de cendre.

La trahison était une douleur physique, une pression dans ma poitrine qui m'empêchait de respirer. Qui était cette Chloé ? Depuis quand ?

Mon esprit, soudainement clair et froid, a commencé à reconstituer le puzzle. Ses "voyages d'affaires" de plus en plus fréquents. Ses appels téléphoniques tard le soir, où il s'isolait sur le balcon. Ses distractions, son regard parfois lointain que je mettais sur le compte de son "génie créatif".

J'étais une idiote. Une idiote loyale et dévouée.

La clé a tourné dans la serrure. Marc est entré, son sourire charismatique éclairant son visage. Il a posé sa mallette et s'est approché pour m'embrasser.

"Mon amour, je suis rentré."

J'ai reculé d'un pas, incapable de supporter son contact. Mon visage devait être livide.

Son sourire s'est effacé. "Qu'est-ce qui se passe ? Tu as l'air malade."

Je n'ai rien dit. Je l'ai regardé, et pour la première fois, je n'ai pas vu le grand artiste, mais un étranger.

Son téléphone a de nouveau vibré dans ma main. Il a vu l'appareil et son regard a changé. La panique a traversé ses yeux une fraction de seconde avant qu'il ne la masque par de l'agacement.

"Tu fouilles dans mes affaires maintenant ?" a-t-il demandé, sa voix dure.

Avant que je puisse répondre, j'ai entendu des pas dans le couloir. Une voix de femme, douce et suppliante, a appelé : "Marc ? Tu es là ?"

Chloé. Elle était ici. Dans notre maison.

Marc s'est figé. Puis, il s'est tourné vers moi, son expression un mélange de pitié et d'irritation. "Amélie, il faut qu'on parle."

Mais je n'écoutais plus. Mon regard était fixé sur la porte du couloir, où une jeune femme se tenait, l'air perdue.

J'ai compris. J'étais le passé, la façade. Elle était le présent. La vérité.

Mon désespoir était si profond que j'ai cru que j'allais m'effondrer. Mais une autre sensation a commencé à naître dans ce vide. Une colère froide. Une détermination. Il ne s'en tirerait pas comme ça. Il avait détruit mon monde, mais il avait oublié une chose. Je connaissais tous ses secrets, y compris ceux de son art.

Je me suis souvenue de son carnet de croquis secret. Celui qu'il gardait enfermé dans son coffre-fort. Celui où il ne consignait pas son génie, mais ses doutes, ses emprunts, ses plagiats. Les œuvres d'artistes moins connus qu'il s'appropriait et transformait légèrement pour les faire siennes. C'était sa plus grande peur, que ce secret soit révélé.

Et maintenant, c'était mon unique arme.

Je l'ai regardé, lui et cette femme, et une décision s'est formée dans mon esprit. La vérité allait éclater. Non pas pour le détruire lui, il était déjà mort à mes yeux, mais pour récupérer ma dignité.

J'ai posé son téléphone sur la table.

"Sors," ai-je dit, ma voix étonnamment stable. "Vous deux. Sortez de ma maison."

Mon voyage venait de commencer. Je n'étais plus Amélie Dubois, la femme du grand sculpteur. J'étais une femme en quête de vérité. Et de vengeance.

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Liste des chapitres

27 chapitres au total

  1. Chapitre 1Introduction
  2. Chapitre 2Chapitre 1
  3. Chapitre 3Chapitre 2

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