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Chapitre 2
J'ai passé la nuit sur le canapé, entourée des fantômes de ma vie passée. Chaque sculpture de Marc dans la pénombre me semblait être un monument à son mensonge. Au petit matin, j'ai pris une décision. Amélie Dubois, la femme dévouée, devait disparaître.
Je me suis connectée à mon ordinateur et j'ai commencé le processus. J'ai vidé nos comptes joints, transférant ma part légitime sur un nouveau compte à mon seul nom. J'ai contacté un avocat spécialisé dans les divorces complexes, lui expliquant la situation sans la moindre inflexion de voix. J'ai ensuite entamé les démarches pour annuler mon nom de tous les documents officiels liés à Marc, de ses sociétés à ses contrats de galerie. C'était une tâche administrative froide et méthodique, et chaque clic était une pelletée de terre sur la tombe de mon ancien moi.
Plus tard dans la matinée, Marc est revenu. Seul, cette fois. Il avait l'air fatigué, ses yeux cernés trahissaient une nuit sans sommeil. Il a essayé de me prendre la main.
"Amélie, écoute-moi. Ce n'est pas ce que tu crois."
Je l'ai regardé sans ciller. "Ah non ? Alors qu'est-ce que c'est, Marc ?"
"Chloé... c'est compliqué. C'est une erreur. C'est toi que j'aime, tu le sais."
Ses mots, qui autrefois auraient fait fondre mon cœur, ne provoquaient plus rien. C'était comme écouter un acteur réciter un texte qu'il ne croyait pas. Mon silence l'a déstabilisé. Il a continué, sa voix se faisant plus douce, plus persuasive.
"Pense à tout ce que nous avons construit ensemble. Dix ans. Tu ne peux pas tout jeter en l'air pour une stupide erreur."
Il a commencé à évoquer des souvenirs. Notre premier voyage en Italie, la première fois qu'une de ses sculptures a été vendue, la nuit où nous avions célébré son premier grand prix. Chaque souvenir était une lame qui remuait la plaie. Il essayait d'utiliser notre passé pour m'enchaîner, mais il ne faisait que renforcer ma résolution. Le passé qu'il décrivait était une fiction.
"Je suis désolé, Amélie. Je suis tellement désolé," a-t-il murmuré, en essayant de me serrer dans ses bras.
J'ai senti une nausée monter en moi. Sa chaleur, son odeur, tout me répugnait.
"J'ai besoin de temps," ai-je dit, ma voix plate.
Il a semblé soulagé, interprétant mon manque de réaction comme un signe d'hésitation. "Bien sûr. Prends tout le temps qu'il te faut. Je vais arranger les choses, je te le promets."
Soudain, son téléphone a sonné. Il a jeté un coup d'œil à l'écran et son visage s'est crispé. Il s'est détourné de moi pour répondre, baissant la voix.
"Oui ?... Quoi ?... J'arrive tout de suite. Ne bouge pas."
Il a raccroché et s'est tourné vers moi, l'air affairé. "Je suis désolé, c'est la galerie. Une urgence avec la livraison pour l'exposition de Berlin. Je dois y aller."
Une urgence. Bien sûr.
"Vas-y," ai-je dit. "Ne te préoccupe pas de moi."
Il m'a embrassée sur le front, un baiser froid et pressé, puis il est parti. Je suis restée immobile pendant une minute, puis j'ai attrapé mon manteau et mes clés. Je savais qu'il ne se dirigeait pas vers la galerie. Son mensonge était si évident, si insultant dans sa simplicité.
Je suis sortie et j'ai pris un taxi. "Suivez cette voiture," ai-je dit au chauffeur, en désignant la Mercedes de Marc qui s'éloignait.
Le taxi s'est inséré dans la circulation parisienne, gardant une distance de sécurité. C'était surréaliste. J'étais en train de filer mon propre mari, comme dans un mauvais film. Chaque feu rouge était une torture, chaque virage une angoisse. Où allait-il ? Rejoindre Chloé, évidemment. Mais où ?
La voiture de Marc n'a pas pris la direction des galeries du Marais. Elle s'est dirigée vers le sud, vers un quartier résidentiel chic que je ne connaissais pas. Finalement, elle s'est garée devant un immeuble haussmannien élégant. Marc est sorti, a regardé autour de lui nerveusement, puis a composé un code sur l'interphone. La lourde porte s'est ouverte et il a disparu à l'intérieur.
J'ai payé le taxi et je suis descendue. J'ai attendu de l'autre côté de la rue, le cœur battant à tout rompre. Quelques minutes plus tard, une lumière s'est allumée au troisième étage. Une silhouette est apparue à la fenêtre, puis une seconde. C'était Marc. Et Chloé.
Je les ai vus s'enlacer. Il l'a embrassée, pas un baiser pressé comme celui qu'il m'avait donné, mais un baiser long, passionné, désespéré. Il a enfoui son visage dans ses cheveux. La scène se déroulait sous mes yeux, silencieuse et dévastatrice, comme une pantomime de ma propre destruction.
Mon téléphone a vibré dans ma poche. C'était un message de Marc.
"L'urgence est réglée. Je pense à toi. Je t'aime."
J'ai regardé le message, puis j'ai levé les yeux vers la fenêtre où il tenait une autre femme dans ses bras. Le mensonge n'était plus une blessure. C'était devenu mon univers. Tout espoir, toute illusion, tout venait de s'éteindre. Il ne restait plus que la certitude froide et dure de la trahison. C'était là, devant moi. La vérité, dans toute sa laideur.
C'est tout ce qui est disponible pour le moment.
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