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Chapitre 2
Alors que Chloé commençait à hurler des injures, son téléphone a sonné. Une sonnerie stridente qui a coupé court à sa crise.
Elle a jeté un coup d'œil à l'écran et son expression a changé instantanément. L'hystérie a laissé place à une inquiétude paniquée.
« Julien ? Qu'est-ce qui se passe ? ... Quoi ?! Léo est tombé ? Il saigne beaucoup ? J'arrive tout de suite ! Ne bouge pas ! »
Elle a raccroché et a attrapé son sac à main sans même me lancer un regard. Sa priorité était claire. Ça l'avait toujours été, je le réalisais maintenant.
Elle s'est précipitée vers la porte, puis s'est arrêtée, se retournant vers moi avec un air de défi.
« On n'a pas fini de parler, Nicolas. Ne pense pas que tu peux t'en tirer comme ça. »
Puis elle est partie en claquant la porte, me laissant seul dans le silence assourdissant de notre appartement vide.
Je me suis assis sur le bord du lit. Une douleur sourde persistait dans ma poitrine, mais elle était étrangement familière. C'était la douleur de la solitude, de l'abandon. J'y étais habitué. Elle m'avait laissé seul tant de fois pour "aider" Julien et son fils.
Cette fois, c'était différent. Cette fois, c'était la dernière.
Je me suis levé et j'ai commencé à faire mes valises. Pas les grandes valises de voyage, juste un sac militaire. J'ai pris mes uniformes, quelques affaires personnelles, les documents importants. J'ai laissé tout le reste. Tous les souvenirs, tous les cadeaux, tout ce qui me liait à elle.
En sortant de l'immeuble, j'ai croisé Mme Dubois, notre voisine du dessus, une vieille dame charmante qui arrosait ses plantes sur le palier.
Elle m'a regardé avec des yeux pleins de pitié.
« Vous partez, mon petit Nicolas ? »
J'ai hoché la tête. « Oui, Mme Dubois. Pour de bon cette fois. »
Elle a soupiré. « Je m'en doutais. C'est triste. Vous êtes un si gentil garçon. Trop gentil. »
Elle a hésité, puis a ajouté à voix basse : « Vous savez, ce Julien... il était là presque tous les jours. Dès que vous partiez au travail. Parfois, il passait même la nuit. Je ne voulais rien dire, ce ne sont pas mes affaires, mais mon cœur saignait pour vous. »
Ses mots n'ont fait que confirmer ce que je savais déjà, mais les entendre de la bouche de quelqu'un d'autre a rendu la trahison encore plus réelle, plus sordide.
« Merci de me le dire, Mme Dubois. »
« Prenez soin de vous, mon garçon. Vous méritez mieux. »
Je lui ai souri tristement et j'ai continué mon chemin.
Dans la voiture, des souvenirs ont afflué. Je me suis rappelé d'une fois, il y a un an, où j'avais attrapé une mauvaise grippe. J'étais cloué au lit, avec une forte fièvre. J'avais demandé à Chloé de me chercher des médicaments à la pharmacie.
Elle avait soupiré d'agacement. « Tu ne peux pas y aller toi-même ? Je suis occupée. Julien a besoin de moi, le petit est malade. »
Elle était partie, me laissant seul, frissonnant de fièvre. Elle n'était revenue que tard dans la nuit.
Et maintenant, pour une simple égratignure du fils de Julien, elle accourait comme si le monde allait s'arrêter.
La différence de traitement était flagrante, insultante. J'avais été un fardeau, un obstacle. Il était sa priorité, son amour.
Une colère froide m'a envahi. La tristesse s'est transformée en une détermination de glace.
Je ne reviendrai pas. Jamais.
Je suis allé directement au bureau du général, même s'il était tard. Il m'attendait. Il m'a fait signer les papiers de réintégration et m'a donné un ordre de mission.
« Tu pars demain à l'aube pour le centre d'entraînement. C'est un programme intensif de trois mois. Après ça, le projet "Phénix" commence. »
« Entendu. »
J'ai pris le dossier et me suis tourné pour partir.
« Nicolas », m'a appelé le général. « Bienvenue à la maison. »
Ces mots simples ont touché une corde sensible. Pour la première fois de la journée, j'ai senti mes yeux s'embuer.
J'ai passé la nuit dans un hôtel près de la base. J'ai regardé mon téléphone. Pas un seul appel, pas un seul message de Chloé. Elle était probablement encore en train de consoler Julien.
Le lendemain matin, je me suis réveillé avant l'aube. J'ai pris une douche froide, j'ai enfilé mon uniforme. En me regardant dans le miroir, j'ai vu un homme que je ne reconnaissais plus tout à fait. Les trois dernières années m'avaient ramolli, effacé les lignes dures de mon visage.
Mais dans mes yeux, la flamme était de retour.
Plus tard dans la journée, Chloé est finalement rentrée chez elle. Elle m'a appelé, sa voix mêlée de colère et d'une fausse inquiétude.
« Nicolas ! Où es-tu ? Je suis rentrée et tu n'es pas là ! Tes affaires ont disparu ! »
J'ai laissé un petit silence planer.
« J'ai repris mon ancien poste. »
« Quoi ?! Sans m'en parler ? Comment oses-tu ? Reviens immédiatement ! »
« Non. »
« Nicolas, je te préviens... »
« Chloé », l'ai-je interrompue, ma voix calme et posée. « C'est fini. L'avocat te contactera. »
J'ai raccroché avant qu'elle ne puisse répondre. J'ai bloqué son numéro.
Dans le camion qui m'emmenait vers le centre d'entraînement, j'ai regardé le paysage défiler. La ville s'éloignait, et avec elle, mon passé.
Un poids énorme s'est soulevé de mes épaules. Je me sentais léger, libre.
La route vers la reconstruction serait longue et difficile, mais pour la première fois depuis trois ans, je savais où j'allais. Et je n'allais pas regarder en arrière.
Quand Chloé est rentrée ce soir-là, elle a trouvé la maison étrangement silencieuse.
Elle a jeté ses clés sur la table du couloir. « Nicolas, je suis rentrée ! »
Pas de réponse.
Elle a froncé les sourcils, agacée. D'habitude, il était là pour l'accueillir, pour lui prendre son manteau.
Elle est entrée dans le salon. Il n'était pas là. Elle a fait le tour de l'appartement. La chambre d'amis, où il avait dormi la nuit précédente, était vide. Le lit était fait. Trop bien fait.
Elle a senti une pointe d'anxiété. Elle est retournée dans leur chambre. Sur sa table de chevet, il y avait le cadre photo qu'elle lui avait offert pour leur premier anniversaire. Il était retourné.
Elle l'a pris. La photo de nous deux, souriants, avait été enlevée.
Dans la penderie, tous ses vêtements avaient disparu. Ses affaires de toilette dans la salle de bain aussi.
Un frisson a parcouru son échine. Ce n'était pas une simple dispute. Il était vraiment parti.
Elle a commencé à paniquer. Elle a essayé de m'appeler, mais elle est tombée directement sur ma messagerie. Elle a essayé encore et encore. Même résultat.
Elle s'est assise sur le lit, le cœur battant la chamade. Elle a regardé autour d'elle, dans cette maison soudainement trop grande, trop vide.
Elle a essayé de se rassurer. Il était juste en colère. Il reviendrait. Il l'aimait trop pour la quitter.
Elle a essayé de se convaincre que c'était de ma faute. J'étais trop sensible, trop jaloux.
Mais au fond d'elle, une petite voix lui disait qu'elle avait poussé le bouchon trop loin.
Elle a repensé à son attitude, à ses mensonges. Elle s'est souvenue de la lueur de dégoût dans mes yeux.
Pour la première fois, elle a eu peur. Peur de m'avoir vraiment perdu.
Elle s'est levée et a commencé à faire les cent pas, se rongeant les ongles. Elle devait me retrouver. Elle devait s'excuser. Elle arrangerait les choses.
Elle m'aimait. Enfin, elle croyait m'aimer. Elle aimait la sécurité que je lui offrais, la dévotion inconditionnelle. Elle aimait l'idée d'être la femme d'un homme brillant et respecté.
Elle ne pouvait pas me laisser partir.
Elle a décidé d'aller voir Julien. Il saurait quoi faire. Il la réconforterait.
En sortant, elle a senti le regard de Mme Dubois sur elle. Un regard froid, accusateur. Chloé l'a ignoré et a accéléré le pas, fuyant la solitude de son foyer et le jugement silencieux de sa voisine.
C'est tout ce qui est disponible pour le moment.
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