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Chapitre 2
Je suis rentrée à l'appartement. Notre appartement. Chaque objet me hurlait sa trahison. Les bougies que j'avais allumées étaient presque consumées, leurs petites flammes vacillaient comme ma propre vie. La table dressée pour deux était une insulte.
J'ai regardé son studio de musique, la pièce que nous avions mis des années à insonoriser et à équiper. J'avais vendu la bague de ma grand-mère pour lui acheter son premier piano de qualité. J'avais travaillé double pour payer les factures pendant qu'il composait, croyant en son talent plus que quiconque. J'avais été son ancre, son soutien, sa première auditrice. Et tout ça pour quoi ? Pour qu'il me remplace par une gamine manipulatrice ?
La nausée m'a prise. Je me suis dirigée vers la salle de bain, mais je me suis arrêtée devant son ordinateur portable, resté ouvert sur la table du salon. Par curiosité malsaine, j'ai bougé la souris. L'écran s'est allumé sur une conversation en cours. Avec Chloé.
Mon souffle s'est coupé. Je me suis assise et j'ai commencé à lire.
Ce n'était pas une conversation d'un soir. Il y avait des mois, des années d'échanges. Des mots doux. "Ma petite muse." "Mon inspiration." Des promesses. Et de l'argent. Beaucoup d'argent.
"Bébé, mon propriétaire me menace. J'ai besoin de 2000 euros avant demain."
"C'est fait, mon ange. Ne t'inquiète pas."
"Marc, j'ai vu un sac magnifique. Mais il est si cher..."
"Dis-moi lequel. Je te l'offre."
Des transferts bancaires, des cadeaux de luxe, un appartement qu'il lui payait en secret depuis plus d'un an. Ce n'était pas une erreur d'un soir, une faiblesse due à l'alcool. C'était un mensonge organisé, une double vie qu'il menait dans mon dos.
J'ai senti une douleur aiguë dans ma poitrine. C'était trop. La trahison émotionnelle était une chose. Mais cette trahison financière, ce mépris pour tous les sacrifices que j'avais faits... c'était insupportable.
Mon regard s'est posé sur un cadre sur le mur. Une photo de notre mariage. Nous étions jeunes, souriants, pleins d'espoir. Un mensonge. Tout était un mensonge.
Dans un geste de rage pure, j'ai décroché le cadre et je l'ai fracassé au sol. Le verre a explosé en mille morceaux, comme mon cœur, comme ma vie. Le bruit a été une libération. J'ai attrapé la statuette qu'il avait reçue pour son premier album d'or, celle que je dépoussiérais chaque semaine avec fierté, et je l'ai jetée contre le mur.
C'est à ce moment-là que la porte s'est ouverte. Marc est entré. Il a vu le désordre, mon visage ravagé par les larmes et la fureur.
"Mais qu'est-ce que tu as fait ? Tu es folle ?" a-t-il crié, son inquiétude n'étant pas pour moi, mais pour ses précieux objets.
"Divorçons, Marc," ai-je répété, ma voix glaciale. "Cette fois, c'est sérieux."
"Arrête de dire n'importe quoi," a-t-il dit en s'approchant. Il a essayé de me prendre dans ses bras. "Jeanne, on est fatigués, on est à bout. On parlera demain."
Je l'ai repoussé violemment. "Ne me touche pas. J'ai tout lu. Vos conversations. L'argent. L'appartement. Tout."
Son visage a pâli. Il était piégé.
"Chloé a besoin de moi," a-t-il balbutié, comme si c'était une justification. "Elle est fragile."
"Et moi, Marc ? Je ne suis pas fragile ? Quand tu me laisses seule le soir de notre anniversaire pour courir après ta maîtresse, tu penses que ça me rend plus forte ?"
Ma respiration devenait difficile. Les murs semblaient se rapprocher. Une crise de panique. Je l'avais déjà vécu.
"J'ai besoin... d'aide," ai-je réussi à articuler, en cherchant mon téléphone. "Appelle..."
Son propre téléphone a sonné à cet instant. Il a regardé l'écran. C'était Chloé. Sans la moindre hésitation, il a décroché, me tournant le dos.
"Oui, mon ange ? Je suis là... Non, ne fais pas de bêtises, j'arrive."
Il a raccroché et s'est dirigé vers la porte, enfilant sa veste.
"Marc, attends," ai-je supplié, la voix brisée. "Je ne me sens pas bien."
"Jeanne, arrête ton cinéma," a-t-il lancé, sans même se retourner. "Chloé menace de se suicider. J'y vais."
Et la porte a claqué. Il m'avait encore abandonnée. Pour elle.
Tremblante, en larmes, luttant pour respirer, j'ai trouvé le contact d'Antoine dans mon répertoire. J'ai appuyé sur "appeler". Il a répondu à la première sonnerie.
"Jeanne ? Est-ce que ça va ?"
Je n'ai pas pu répondre. Seuls des sanglots saccadés sortaient de ma gorge.
"Où es-tu ? J'arrive."
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