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Chapitre 2

CHAPITRE 2

Point de vue d'Evie

Je relus encore une fois le message avant de verrouiller mon téléphone. « Ne travaille surtout pas avec Wyatt. Il sait pourquoi tu veux divorcer. » Ces quelques mots tournaient dans ma tête depuis plusieurs minutes. Je savais que je devais partir. C'était exactement ce que j'avais prévu de faire depuis le début. Prendre mes affaires, quitter cette maison et mettre le plus de distance possible entre Wyatt et moi avant qu'il ne découvre ce que je cherchais à protéger. Mais maintenant, je venais de signer un accord qui m'obligeait à rester près de lui pendant trente jours. Trente jours. Je me demandais déjà comment j'allais survivre à trente heures. Je posai mon téléphone sur la coiffeuse et regardai mon reflet dans le miroir. J'avais l'air épuisée. Mes yeux étaient légèrement rougis et mes traits étaient tirés par une nuit presque blanche. Pourtant, je n'avais pas le temps de m'attarder sur mon apparence. Wyatt m'attendait en bas. Il m'avait donné une heure pour me préparer. Cela faisait exactement quarante-sept minutes que je tournais dans cette chambre, incapable de décider si je devais respecter notre accord ou simplement disparaître. Une partie de moi me criait de partir. L'autre me rappelait que je ne pouvais pas partir sans régler ce problème. Je pris finalement mon sac et glissai mon téléphone à l'intérieur. J'allais travailler avec Wyatt. Mais je n'allais pas lui faire confiance. Je sortis de la chambre et descendis l'escalier. Wyatt se trouvait dans le hall, debout près de la porte, une main dans la poche de son pantalon et l'autre tenant son téléphone. Il releva immédiatement les yeux lorsque je m'approchai. Son regard s'arrêta sur moi pendant quelques secondes avant de descendre vers mon sac.

– Tu es prête ?

– Oui.

– Bien.

Il ouvrit la porte.

Je sortis sans rien ajouter. La voiture nous attendait devant la maison. Un chauffeur nous ouvrit les portières, mais Wyatt passa devant moi et me fit signe d'entrer la première. Je pris place à l'arrière, le plus loin possible de lui. Il s'installa à mes côtés. La voiture démarra. Pendant plusieurs minutes, aucun de nous ne parla. Je regardais les rues défiler derrière la vitre, essayant de comprendre ce qui était en train de m'arriver. Je venais de demander le divorce à mon mari. Quelques heures plus tard, j'étais assise dans sa voiture, en route vers son entreprise, parce qu'il avait décidé que je devais travailler pour lui avant de me laisser partir. C'était tellement absurde que j'aurais presque pu en rire. Mais je n'avais pas envie de rire. Je voulais comprendre. Je tournai finalement la tête vers lui.

– Où allons-nous exactement ?

– À Vance Holdings.

– Je sais où se trouve ton entreprise.

– Alors pourquoi tu demandes ?

– Parce que tu ne m'as pas expliqué ce que je vais y faire.

Il continua de regarder droit devant lui.

– Tu le découvriras.

Je soufflai doucement.

– Encore cette réponse.

– Elle ne te plaît pas ?

– Non.

– Dommage.

Je le regardai avec irritation.

– Tu comptes vraiment me traiter comme une employée alors que je suis ta femme ?

Il tourna enfin les yeux vers moi.

– Justement. Je ne te traite pas comme une employée.

– Alors comme quoi ?

Son regard resta fixé sur moi quelques secondes.

– Comme quelqu'un en qui j'ai suffisamment confiance pour lui confier cette affaire.

Je restai silencieuse.

Il détourna les yeux.

Je ne savais pas si je devais prendre cela comme un compliment ou comme une menace.

La voiture s'arrêta finalement devant un immense immeuble de verre. Le logo de Vance Holdings occupait toute la façade. Je connaissais cet endroit. J'y étais déjà venue plusieurs fois depuis notre mariage, mais jamais pour y travailler. J'avais toujours détesté l'ambiance de cette entreprise. Tout le monde semblait marcher rapidement, parler doucement et observer les autres sans jamais poser de questions. Wyatt descendit de la voiture et je le suivis. À peine avions-nous franchi les portes que plusieurs employés le saluèrent. Il répondit à peine, se contentant d'un signe de tête. Une jeune réceptionniste se leva immédiatement derrière son bureau.

– Bonjour, monsieur Vance.

– Bonjour.

Ses yeux se posèrent ensuite sur moi.

– Madame Vance.

Je lui adressai un léger sourire.

– Bonjour.

La réceptionniste regarda Wyatt, puis moi, avant de détourner rapidement les yeux.

Je connaissais ce regard.

Tout le monde savait que notre mariage n'était pas exactement un mariage normal.

Wyatt posa une main dans mon dos.

Je me raidis immédiatement.

– Elle travaillera avec nous à partir d'aujourd'hui.

La réceptionniste sembla surprise.

– Bien sûr.

Nous continuâmes notre chemin.

Je retirai doucement sa main de mon dos.

– Tu n'étais pas obligé de faire ça.

– Faire quoi ?

– Me présenter comme si j'étais une nouvelle employée.

– C'est pourtant ce que tu vas être pendant trente jours.

– Je suis toujours ta femme.

– Plus pour longtemps, apparemment.

Je le regardai.

Il avait prononcé cette phrase d'un ton parfaitement neutre.

Je ne savais pas pourquoi elle me fit autant mal.

Nous arrivâmes devant les ascenseurs privés. Wyatt appuya sur le bouton. Les portes s'ouvrirent immédiatement. Nous entrâmes. Il appuya sur le dernier étage. Dès que les portes se refermèrent, le silence revint.

– Tu es bizarre depuis ce matin.

Je regardai les chiffres défiler.

– Je suis fatiguée.

– Ce n'est pas ça.

– Tu me connais mieux que moi maintenant ?

– Je te connais suffisamment pour voir quand tu mens.

Je me tournai vers lui.

– Alors tu dois être très déçu.

– Pourquoi ?

– Parce que je mens beaucoup en ce moment.

Les portes s'ouvrirent.

Wyatt me regarda longuement avant de sortir.

– Je sais.

Je restai immobile une seconde.

Puis je le suivis.

Son bureau occupait presque tout le dernier étage. De grandes baies vitrées donnaient une vue impressionnante sur la ville. Tout était parfaitement ordonné. Un grand bureau noir trônait au centre de la pièce, plusieurs écrans étaient installés sur une table secondaire et des dossiers étaient alignés avec une précision presque maniaque. Je m'arrêtai près de la fenêtre.

– Tu vas travailler ici ?

– Non.

Je me retournai.

– Où alors ?

– Dans la salle de réunion.

– Pourquoi ?

– Parce que je ne veux pas que tu touches à mes affaires.

Je fronçai les sourcils.

– Alors pourquoi m'avoir fait venir ?

Il prit une chemise cartonnée dans un tiroir.

– Parce que certaines informations doivent rester hors de portée de certaines personnes.

– Et tu penses que je peux les protéger ?

– Je pense que tu peux les reconnaître.

Je ne comprenais toujours rien.

Il me tendit la chemise.

– Lis.

Je l'ouvris.

À l'intérieur se trouvaient plusieurs documents concernant une société dont je n'avais jamais entendu parler.

– C'est quoi ?

– Une entreprise qui travaille avec nous depuis trois ans.

– Et alors ?

– Elle va disparaître.

Je relevai les yeux.

– Comment ça ?

– Quelqu'un vide ses comptes depuis plusieurs mois.

Je parcourus rapidement les documents.

– Tu veux que je trouve qui fait ça ?

– Non.

– Alors quoi ?

– Je veux que tu trouves pourquoi.

Je le regardai avec incrédulité.

– Tu as des comptables, des avocats, des auditeurs...

– Oui.

– Des gens qui font ça bien mieux que moi.

– Oui.

– Alors pourquoi moi ?

Il resta silencieux.

– Parce que quelqu'un à l'intérieur de cette entreprise connaît mes procédures. Mes équipes cherchent une personne. Moi, je cherche une raison.

Je refermai lentement la chemise.

– Et qu'est-ce que tu penses que je vais trouver ?

– Je ne sais pas.

– Tu mens.

Son regard se durcit.

– Fais attention.

– Tu viens de dire que tu voulais une raison. Tu sais déjà quelque chose.

– Je sais certaines choses.

– Lesquelles ?

– Ce n'est pas à toi de poser les questions.

Je ris nerveusement.

– Tu veux que je travaille pour toi sans me donner les informations nécessaires ?

– Je veux voir ce que tu es capable de découvrir sans que je t'influence.

Je le fixai.

Il venait de retourner complètement la situation.

– Et si je trouve quelque chose que tu ne veux pas voir ?

– Alors tu me le montreras.

– Et si ça concerne quelqu'un de ton entourage ?

– Tu me le diras aussi.

– Et si ça te concerne directement ?

Un silence lourd s'installa.

Wyatt s'approcha lentement de moi.

– Surtout dans ce cas-là.

Je ne répondis pas.

Il se pencha légèrement vers la chemise que je tenais encore.

– Il y a une salle de réunion au bout du couloir. Tu travailleras avec Collins.

Je relevai la tête.

– Collins ?

– Mon avocat.

– Pourquoi un avocat ?

– Parce que cette affaire ne concerne pas seulement de l'argent.

Cette phrase me fit immédiatement perdre mon sourire.

– Qu'est-ce qu'elle concerne ?

Il se redressa.

– Des documents.

– Quels documents ?

– Tu les reconnaîtras quand tu les verras.

Il se dirigea vers la porte.

– Wyatt.

Il s'arrêta.

– Quoi ?

– Est-ce que cette affaire a quelque chose à voir avec moi ?

Il ne répondit pas.

Je fis un pas vers lui.

– Réponds-moi.

Il se retourna lentement.

– Tu veux vraiment savoir ?

– Oui.

– Alors travaille.

Il sortit.

Je restai seule dans son bureau.

Je regardai la chemise entre mes mains.

Puis la porte.

Je venais de comprendre quelque chose.

Il ne m'avait pas amenée ici pour m'aider à résoudre son problème.

Il m'avait amenée ici pour voir si j'allais reconnaître quelque chose.

Je pris la chemise et me dirigeai vers la salle de réunion.

Collins m'attendait déjà.

C'était un homme d'une quarantaine d'années, grand, parfaitement habillé, avec une expression calme qui ne laissait rien deviner. Il se leva lorsque j'entrai.

– Madame Vance.

– Collins.

– Je suppose que Wyatt vous a expliqué la situation.

Je posai la chemise sur la table.

– Pas vraiment.

Il eut un léger sourire.

– Ça ne m'étonne pas.

Je m'assis.

– Vous travaillez avec lui depuis combien de temps ?

– Douze ans.

– Alors vous devez très bien le connaître.

– Assez pour savoir qu'il ne m'aurait jamais demandé de travailler avec vous sans raison.

Je me raidis.

– Qu'est-ce que vous voulez dire ?

Il s'assit face à moi.

– Je veux dire que cette affaire n'est pas aussi simple qu'elle en a l'air.

– Je m'en doutais.

– Wyatt vous a-t-il expliqué pourquoi il avait choisi cette entreprise ?

– Non.

– Et pourquoi il vous a choisie, vous ?

– Non plus.

Collins baissa les yeux vers la chemise.

– Alors il vaut mieux que vous soyez prudente.

Je le regardai attentivement.

– Vous savez quelque chose.

– Je sais beaucoup de choses.

– Concernant Wyatt ?

– Concernant cette affaire.

– Ce n'est pas la même chose ?

Il leva les yeux.

– Avec Wyatt, si.

Je restai silencieuse.

Il ouvrit la chemise et sortit plusieurs feuilles.

– Commencez par ces comptes.

Je les pris.

– D'accord.

– Et ne posez aucune question à qui que ce soit concernant les documents manquants.

Je relevai les yeux.

– Pourquoi ?

– Parce que la personne que nous cherchons pourrait travailler ici.

– Et si je la trouve ?

Collins me fixa.

– Ne lui dites pas que vous savez.

– Pourquoi ?

Il hésita.

– Parce que la dernière personne qui a posé trop de questions a quitté cette entreprise du jour au lendemain.

Un frisson parcourut mon dos.

– Elle a été licenciée ?

– Non.

– Alors ?

Il referma lentement la chemise.

– Elle a disparu.

Je cessai de respirer.

– Disparu comment ?

– Je vous conseille de vous concentrer sur les comptes, Madame Vance.

– Collins.

Il se leva.

– Vous comprendrez bientôt.

– Quoi ?

Il se dirigea vers la porte.

Avant de sortir, il se retourna.

– Pourquoi Wyatt vous a-t-il réellement demandé le divorce ?

Mon sang se glaça.

– C'est moi qui demande le divorce.

Collins me regarda pendant quelques secondes.

Puis il sourit légèrement.

– C'est ce que vous croyez.

Il sortit.

Je restai seule dans la salle de réunion.

Pendant plusieurs secondes, je ne bougeai pas.

Puis je regardai la porte.

Pourquoi venait-il de dire ça ?

Pourquoi Wyatt refusait-il de signer ?

Et surtout, pourquoi tous les hommes autour de lui semblaient-ils savoir quelque chose que j'ignorais ?

Je baissai les yeux vers les documents.

Je commençai à parcourir les chiffres.

Les premières pages semblaient parfaitement normales. Les mouvements financiers étaient cohérents, les signatures correspondaient et les dates ne présentaient aucune anomalie évidente. Pourtant, après quelques minutes, quelque chose attira mon attention.

Une transaction.

Je la relus.

Puis une deuxième.

Les deux montants étaient différents, mais les références étaient presque identiques.

Je pris mon téléphone et photographiai discrètement les pages.

Je savais que je ne devrais pas le faire.

Mais j'avais besoin de vérifier quelque chose.

J'ouvris rapidement une application sur mon téléphone et comparai les références avec les documents que j'avais gardés depuis plusieurs semaines.

Mon cœur s'arrêta.

Les chiffres correspondaient.

Pas exactement.

Mais suffisamment pour que ce soit impossible à ignorer.

Je retournai rapidement à la page précédente.

Une autre référence.

Même structure.

Même date.

Même type de mouvement.

Je sentis mes mains devenir froides.

Cette affaire n'avait rien à voir avec un simple détournement d'argent.

Quelqu'un avait utilisé cette entreprise pour déplacer quelque chose.

Quelque chose que j'avais déjà vu.

Je refermai brusquement le dossier.

– Non...

La porte s'ouvrit.

Je sursautai.

Wyatt entra.

Son regard se posa immédiatement sur moi.

Puis sur les documents.

Puis sur mon visage.

– Tu as trouvé quelque chose.

Ce n'était pas une question.

Je déglutis.

– Non.

Il referma la porte derrière lui.

– Tu viens de mentir.

Je serrai les documents contre moi.

– Je n'ai rien trouvé.

Il s'approcha lentement.

– Alors pourquoi tes mains tremblent-elles ?

Je reculai d'un pas.

– Je suis fatiguée.

– Evie.

Sa voix était devenue plus grave.

– Qu'est-ce que tu viens de reconnaître ?

Je le regardai.

Et pour la première fois depuis notre mariage, je compris que nous étions peut-être en train de jouer au même jeu. Sauf que lui connaissait les règles.

Et moi, je venais à peine de comprendre que la partie avait commencé.

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Liste des chapitres

12 chapitres au total

  1. Chapitre 1Chapitre 1
  2. Chapitre 2Chapitre 2
  3. Chapitre 3Chapitre 3

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