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Chapitre 3
CHAPITRE 3
Point de vue d'Evie
Je soutins le regard de Wyatt sans parvenir à répondre. Il était trop près de moi maintenant. Pas assez pour me toucher, mais suffisamment pour que je sente la tension qui s'était installée dans la pièce. Son regard ne quittait pas mon visage. Il attendait. Il savait que quelque chose venait de changer. Je pouvais le voir dans la manière dont sa mâchoire s'était contractée et dans cette immobilité presque inquiétante qui le caractérisait lorsqu'il essayait de comprendre quelque chose. Je baissai finalement les yeux vers les documents.
– Je n'ai rien reconnu.
– Tu mens encore.
– Je te l'ai dit, je n'ai rien reconnu.
– Alors regarde-moi et répète-le.
Je relevai lentement la tête.
– Je n'ai rien reconnu.
Il resta silencieux.
Puis il tendit la main vers les documents.
– Donne-moi ça.
Je les lui remis.
Il parcourut rapidement les pages, puis s'arrêta sur la transaction que j'avais observée quelques minutes plus tôt. Son expression ne changea pas, mais son regard, lui, devint plus dur.
– Tu t'es arrêtée ici.
– J'ai simplement regardé les chiffres.
– Non.
Il posa son doigt sur la ligne.
– Tu as compris quelque chose.
– Pourquoi est-ce si important pour toi de savoir ce que j'ai compris ?
Il releva les yeux.
– Parce que si tu as compris ce que je pense, alors tu es en danger.
Je sentis un frisson me parcourir.
– En danger de quoi ?
– De la personne qui a fait ça.
– Tu sais qui c'est ?
– Non.
– Alors comment peux-tu dire que je suis en danger ?
Il referma le dossier.
– Parce que cette personne sait déjà que quelqu'un cherche.
– Et elle sait que je travaille pour toi ?
– Elle le saura.
– Quand ?
– Probablement déjà.
Je me levai.
– Je veux partir.
– Non.
– Wyatt...
– Tu as accepté trente jours.
– Je n'avais pas accepté de me retrouver au milieu d'une affaire dangereuse.
– Tu ne l'as jamais demandé.
– Exactement.
Il s'approcha.
– Alors tu veux partir maintenant ?
– Oui.
– Pourquoi ?
– Parce que je ne veux pas finir comme la personne dont Collins m'a parlé.
Il resta immobile.
– Collins t'a parlé d'elle ?
– Oui.
– Qu'est-ce qu'il t'a dit ?
– Qu'elle avait disparu.
Son expression changea légèrement.
– Il n'aurait pas dû.
– Pourquoi ?
– Parce que tu n'étais pas censée savoir.
Je le fixai.
– Tu vois ? C'est exactement ce que je te reproche.
– Quoi ?
– Tu me demandes de travailler sur une affaire dont tu refuses de m'expliquer les règles. Tu me caches des informations. Tu me dis que je suis en danger mais tu refuses de me dire pourquoi. Et maintenant tu me reproches de découvrir des choses que tu m'as volontairement cachées.
Il ne répondit pas.
– Je veux mon divorce.
– Tu l'auras.
– Quand ?
– Dans trente jours.
– Et si je refuse de continuer ?
Il s'approcha encore.
– Alors tu n'obtiendras pas ce que tu veux.
Je le regardai avec colère.
– Tu sais quoi ? Je commence à croire que tu ne veux pas réellement divorcer.
Il ne détourna pas les yeux.
– Peut-être.
Cette réponse me surprit.
– Peut-être ?
– Je n'ai jamais dit que je voulais divorcer.
– C'est moi qui le demande.
– Je sais.
– Alors pourquoi est-ce que tu agis comme si tu avais ton mot à dire ?
Il resta silencieux quelques secondes.
– Parce que tu ne sais pas ce que tu fais.
– Je sais exactement ce que je fais.
– Non.
Sa voix était devenue plus douce.
– Tu crois que tu cours vers la liberté. En réalité, tu cours vers quelque chose que tu ne comprends pas.
Je sentis ma gorge se serrer.
– Tu ne sais rien de ce que je veux.
– Je sais ce que tu essaies de cacher.
Mon cœur s'arrêta.
– Qu'est-ce que tu racontes ?
Il se rapprocha jusqu'à ce qu'il n'y ait presque plus de distance entre nous.
– Je t'ai posé une question.
– Et je t'ai répondu.
– Non. Tu as évité la question.
– Parce que je ne sais pas de quoi tu parles.
Il me regarda longuement.
Puis il recula.
– Très bien.
Je fronçai les sourcils.
– Très bien quoi ?
– Continue.
– Continue quoi ?
– Travaille.
Il posa les documents devant moi.
– Tu veux divorcer ? Alors gagne ton divorce.
Je le regardai comme s'il était devenu fou.
– Gagner mon divorce ?
– Oui.
– C'est quoi, un concours ?
– Non.
Il se dirigea vers la porte.
– C'est une épreuve.
Je me retournai.
– Wyatt.
Il s'arrêta.
– Si je trouve ce que tu cherches, qu'est-ce qui se passe ?
Il ne répondit pas tout de suite.
– Tu me le diras.
– Et après ?
– Je te le dirai.
– Tu ne peux pas me répondre normalement une seule fois ?
Un léger sourire apparut sur ses lèvres.
– Pas avec toi.
Il sortit.
Je restai seule.
Je détestais cet homme.
Je détestais sa façon de répondre à moitié. Je détestais son calme. Je détestais cette manière qu'il avait de me regarder comme s'il connaissait chaque pensée qui traversait mon esprit. Et plus que tout, je détestais le fait qu'une petite partie de moi se demandait encore si j'avais réellement raison de vouloir partir.
Je chassai immédiatement cette pensée.
Je n'avais pas le droit de douter.
Pas maintenant.
Je repris les documents.
Cette fois, je ne cherchai plus uniquement les anomalies financières. Je cherchai les connexions. Les noms. Les dates. Les sociétés intermédiaires. Tout ce qui pouvait me conduire à la source.
Après presque deux heures de travail, une liste de noms apparut.
Je connaissais certains d'entre eux.
Pas personnellement.
Mais je les avais déjà vus.
Je pris une feuille et commençai à noter les correspondances.
Une entreprise.
Deux comptes.
Trois transferts.
Puis un nom.
Je m'arrêtai.
Campbell.
Je relus le nom.
Impossible.
Je retournai aux documents.
Le nom apparaissait deux fois.
Je me levai brusquement.
La porte s'ouvrit au même moment.
Campbell entra.
Je levai immédiatement les yeux.
Elle était élégante, parfaitement coiffée, vêtue d'un tailleur clair qui lui donnait une allure impeccable. Elle tenait une tablette contre elle et me regarda avec une expression neutre.
– Vous êtes Evie.
Ce n'était pas une question.
– Oui.
Elle regarda les documents sur la table.
– Vous travaillez sur l'affaire de Northbridge ?
– Oui.
Son visage se ferma légèrement.
– Wyatt vous a confié ça ?
– Oui.
– Pourquoi ?
Je haussai les épaules.
– Il ne m'a pas donné d'explication.
Elle s'approcha de la table.
– Il ne vous donne jamais d'explication.
Je la regardai attentivement.
– Vous travaillez avec lui depuis longtemps ?
– Suffisamment.
– Et vous connaissez cette affaire ?
– Un peu.
Je refermai immédiatement le dossier.
– Alors vous pouvez peut-être m'aider.
– Peut-être.
– Je cherche une connexion entre plusieurs transactions.
– Pourquoi ?
– Parce que certaines références apparaissent plusieurs fois.
Elle prit la feuille que j'avais laissée sur la table.
Ses yeux parcoururent rapidement les lignes.
Puis elle s'arrêta.
Son visage changea.
À peine.
Mais je le remarquai.
– Où avez-vous trouvé ça ?
– Dans les comptes.
– Vous êtes certaine ?
– Oui.
Elle me rendit la feuille.
– Vous devriez oublier cette piste.
Je fronçai les sourcils.
– Pourquoi ?
– Parce qu'elle ne mène nulle part.
– Vous n'en savez rien.
Elle me fixa.
– Je sais suffisamment.
– Vous avez peur de quelque chose ?
Son regard devint froid.
– Faites attention à ce que vous dites.
– Pourquoi ? Parce que je suis la femme de Wyatt ?
– Non.
Elle se pencha légèrement vers moi.
– Parce que vous ne savez pas encore dans quoi vous venez de mettre les pieds.
Elle se redressa et se dirigea vers la porte.
– Campbell.
Elle s'arrêta.
– Oui ?
– Pourquoi votre nom apparaît-il dans ces documents ?
Elle ne bougea plus.
Le silence devint lourd.
Je sentis mon cœur accélérer.
Elle se retourna lentement.
– Mon nom ?
Je pris la feuille et la lui tendis.
– Ici.
Elle regarda le document.
Puis moi.
Et pour la première fois, je vis quelque chose dans ses yeux.
De la peur.
Pas beaucoup.
Mais suffisamment.
– Ce n'est pas mon nom.
– Pourtant, il y a écrit Campbell.
– Campbell est un nom courant.
– Pas avec cette référence.
Elle ne répondit pas.
Puis elle me prit le document des mains.
– Ne montrez ça à personne.
– Pourquoi ?
– Parce que si Wyatt le voit...
Elle s'arrêta.
– Quoi ?
– Rien.
Elle sortit rapidement.
Je restai immobile.
Quelque chose n'allait pas.
Je le savais.
Je regardai l'endroit où elle venait de disparaître.
Puis la feuille.
Campbell savait quelque chose.
Et elle venait de confirmer qu'il y avait bien quelque chose derrière ces transactions.
Je repris mon téléphone.
Je voulais appeler la personne qui m'avait envoyé les messages.
Mais avant que je puisse ouvrir la conversation, mon téléphone vibra.
Un appel entrant.
Numéro inconnu.
Je décrochai.
– Allô ?
Aucune réponse.
– Qui est-ce ?
Silence.
Puis une voix déformée résonna à l'autre bout.
– Tu dois arrêter.
Mon sang se glaça.
– Qui êtes-vous ?
– Tu dois arrêter de chercher.
– Qui êtes-vous ?
– Si tu continues, Wyatt ne pourra pas te protéger.
Je me levai.
– De quoi parlez-vous ?
– Tu crois que tu veux divorcer pour une raison.
Mon cœur s'arrêta.
– Qu'est-ce que vous savez ?
Un silence.
Puis la voix murmura :
– Demande-lui pourquoi il t'a épousée.
L'appel se coupa.
Je restai figée.
Pourquoi il m'avait épousée ?
Cette question me traversa comme une lame.
Notre mariage avait toujours été étrange. Rapide. Peu de personnes avaient compris pourquoi Wyatt avait accepté de m'épouser. Même moi, parfois, je me demandais ce qui l'avait réellement poussé à le faire.
Je m'étais toujours raconté que nous nous étions aimés.
Mais soudain, je n'étais plus certaine de rien.
La porte de la salle de réunion s'ouvrit.
Je sursautai.
Wyatt entra.
Son regard se posa immédiatement sur moi.
– Qui t'a appelée ?
Je ne répondis pas.
Il s'approcha.
– Evie.
– Pourquoi m'as-tu épousée ?
Il s'immobilisa.
Pendant quelques secondes, il ne dit rien.
Puis son visage devint complètement impassible.
– Qui t'a parlé de ça ?
Je sentis mon cœur accélérer.
– Réponds à ma question.
Il referma lentement la porte derrière lui.
– Tu n'aurais jamais dû poser cette question.
– Pourquoi ?
Il s'approcha.
– Parce que maintenant, je vais devoir te donner une réponse.
Je le regardai.
– Alors donne-la-moi.
Wyatt resta silencieux quelques secondes.
Puis il prononça une phrase qui me donna froid dans le dos.
– Je ne t'ai pas épousée pour la raison que tu crois.
Je cessai de respirer.
Il fit un pas vers moi.
– Et si tu veux vraiment divorcer, Evie...
Son regard se fixa dans le mien.
– Tu ferais mieux de découvrir cette raison avant de partir.
C'est tout ce qui est disponible pour le moment.
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