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Chapitre 1
« Oui, Papa. J'ai pris ma décision. Je rentre. »
Camille Dubois tenait son téléphone, son regard perdu sur les toits de Paris par la fenêtre de son modeste atelier. Sa voix était calme, mais chaque mot portait le poids d'une résolution forgée dans la douleur.
À l'autre bout du fil, la voix de son père, normalement si autoritaire, trahissait une joie immense. « Vraiment ? Camille, ma chérie, c'est la meilleure nouvelle que j'aie entendue depuis des années ! Ta mère va être folle de joie ! Attends, je te la passe. »
Un instant de silence, puis la voix douce et inquiète de sa mère a remplacé celle de son père. « Camille ? C'est vrai ce que dit ton père ? Tu rentres enfin à la maison ? Ces cinq années... tu nous as tellement manqué. »
Un sourire triste effleura les lèvres de Camille. « Oui, Maman. Je rentre. Je suis fatiguée de jouer à cache-cache. »
« Oh, mon Dieu ! C'est merveilleux ! Et Pierre ? Il doit être si heureux, n'est-ce pas ? Vous allez enfin pouvoir vous installer, reprendre l'entreprise ensemble... »
La mention de Pierre fit disparaître le sourire de Camille. Son visage redevint un masque de glace.
« Pierre et moi, c'est fini. »
Un silence choqué accueillit sa déclaration. « Mais... pourquoi ? Que s'est-il passé ? Vous êtes ensemble depuis cinq ans... »
« C'est une longue histoire, Maman. Je vous expliquerai tout quand je serai rentrée. Préparez simplement ma chambre, s'il vous plaît. J'arrive bientôt. »
Elle a mis fin à l'appel avant que sa mère ne puisse poser d'autres questions, son cœur battant lourdement dans sa poitrine. La décision était prise. Il n'y avait plus de retour en arrière possible.
Plus tard dans la soirée, elle se tenait dans un coin d'une réception mondaine, un verre de champagne à la main qu'elle ne buvait pas. Elle avait enfilé une simple robe noire, un contraste frappant avec les tenues extravagantes des autres invités. Ses yeux ne quittaient pas Pierre Lefevre, son petit ami depuis cinq ans, l'homme pour qui elle avait abandonné son nom et son héritage.
Il était au centre de l'attention, comme toujours. Grand, charismatique, avec un sourire qui pouvait charmer n'importe qui. À ses côtés, Sophie Moreau, une influenceuse célèbre, s'accrochait à son bras, son rire aigu perçant le brouhaha de la salle. Ils formaient un couple parfait, l'héritier d'une prestigieuse maison de joaillerie et la reine des réseaux sociaux.
Pierre a finalement remarqué sa présence. Il s'est excusé auprès de son groupe et s'est approché d'elle, son expression légèrement agacée.
« Camille, tu es là. Je ne t'avais pas vue. Pourquoi restes-tu dans ton coin ? »
Sa voix était douce, mais Camille pouvait y déceler une pointe de reproche.
Avant qu'elle ne puisse répondre, Sophie Moreau les a rejoints, son regard balayant Camille de la tête aux pieds avec un mépris à peine dissimulé.
« Oh, Pierre, c'est ton amie ? Je ne savais pas que tu l'avais invitée. »
Puis, se tournant vers Camille, elle a lâché avec un sourire mielleux : « Vous ne parlez pas français ? Pierre, tu devrais lui apprendre. » Elle a ensuite dit en mandarin, une langue qu'elle savait que Camille comprenait, « J'ai entendu dire que tu es la petite amie de Pierre. Mais tu sais quoi ? Lui et moi, nous allons bientôt nous marier. »
Le choc de la phrase, prononcée dans cette langue, a frappé Camille avec la force d'un coup de poing. Le sang a quitté son visage. Elle a regardé Pierre, cherchant une trace de déni, une explication. Mais il a simplement détourné les yeux, une expression mal à l'aise sur son visage.
Les gens autour d'eux avaient cessé de parler. Tous les regards étaient tournés vers eux, curieux et amusés. La scène était parfaite pour les potins du lendemain.
Pierre a finalement pris la parole, sa voix se voulant rassurante. « Sophie plaisante, mon amour. Tu sais qu'elle aime taquiner. » Il a pris la main de Camille, mais son contact était froid. « Je t'aime, Camille. Toi seule. Ne l'écoute pas. »
Ses mots, qui autrefois auraient fait fondre son cœur, sonnaient maintenant creux et faux. C'était un mensonge, un de plus. Un mensonge pathétique pour la garder sous son contrôle.
Un des frères de Pierre, qui se tenait à proximité, a ri bruyamment. « Pierre, sérieusement ? Tu perds ton temps avec cette fille ? Elle ne sait même pas qui est la famille Moreau. Regarde-la, elle n'a probablement jamais mis les pieds dans un endroit comme celui-ci. Sophie est bien plus adaptée pour toi. »
Le rire s'est propagé. D'autres se sont joints aux moqueries, la traitant de parvenue, de fille sans nom ni fortune qui s'accrochait à l'héritier des Lefevre. Pierre est resté silencieux, son silence une confirmation tacite de leur mépris.
Camille a serré les poings, ses ongles s'enfonçant dans ses paumes. Elle a baissé la tête, non pas par honte, mais pour cacher le feu qui brûlait dans ses yeux. Ils se moquaient d'elle, la fille de Dubois, la seule héritière de l'un des plus grands empires de la mode au monde. Ils la traitaient de pauvre, elle dont la famille pourrait acheter la maison de joaillerie des Lefevre dix fois sans même s'en apercevoir. L'ironie était si amère qu'elle aurait pu en rire.
Sa décision de quitter sa famille il y a cinq ans avait été un acte de rébellion, un désir de prouver sa valeur par elle-même, sans l'aide de son nom de famille. Elle voulait un amour pur, un amour qui ne serait pas entaché par sa fortune. Et elle avait cru le trouver avec Pierre.
Quelle idiote elle avait été.
La veille, en cherchant une chemise pour lui dans son dressing, elle était tombée sur une boîte en velours rouge. Son cœur avait raté un battement. Une demande en mariage ? Non. À l'intérieur, il n'y avait pas de bague. Il y avait une invitation de mariage, magnifiquement calligraphiée.
Pierre Lefevre & Sophie Moreau vous convient à la célébration de leur union...
La date était dans un mois.
Voilà donc la vérité. Cinq ans de sa vie, de son amour, de ses sacrifices, réduits à un mensonge. Il avait planifié de l'épouser tout en la gardant, elle, comme sa maîtresse cachée. La fille simple et sans histoire qu'il pouvait manipuler à sa guise, tandis que sa femme officielle lui apporterait les relations et le statut social que sa famille exigeait.
Elle a relevé la tête, son regard croisant celui de Pierre. Il y avait de la pitié dans ses yeux, et une pointe d'agacement. Il la voyait comme un problème à gérer, un petit contretemps dans son grand plan.
C'en était trop.
Elle a lâché son verre, qui s'est écrasé sur le sol dans un bruit cristallin, faisant taire les derniers murmures. D'une voix claire et froide, qui ne tremblait pas, elle a dit : « C'est fini, Pierre. »
Puis, elle s'est tournée et a quitté la salle, la tête haute, laissant derrière elle un Pierre abasourdi, une Sophie triomphante et une foule avide de scandale.
Elle ne fuyait pas. Elle partait reprendre ce qui lui revenait de droit. Et elle allait leur faire regretter, à tous, de l'avoir sous-estimée.
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