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Chapitre 1

Amélie Dubois épousa Antoine Moreau. Elle avait vingt-deux ans, lui trente-deux.

Il était riche, propriétaire d'une chaîne d'hôtels de luxe.

Il la couvrait de cadeaux, d'attentions.

Leur appartement parisien avait une vue imprenable sur la Seine.

Amélie se sentait comme une princesse.

Elle était follement amoureuse, croyait à un amour éternel, passionné.

Antoine était charismatique, séduisant.

Mais il y avait une ombre. Ses exigences intimes étaient fréquentes, intenses.

Amélie, jeune, romantique, un peu naïve, acceptait.

Elle pensait que c'était la preuve de sa passion dévorante.

Trois années passèrent ainsi, dans un tourbillon de luxe et de nuits exigeantes.

Amélie était étudiante en art, sensible, avec un lien fort à sa famille, surtout sa tante Sophie.

Sa ressemblance avec Sophie était frappante. Personne ne le soulignait trop, mais c'était là.

Un jour, le téléphone sonna. C'était l'hôpital. Son père.

Un accident. Grave.

Amélie tenta désespérément de joindre Antoine.

Son téléphone sonnait dans le vide. Encore et encore.

Elle laissa des messages, suppliant, paniquée.

Rien.

Son père mourut quelques heures plus tard, seul avec elle à l'hôpital.

Le chagrin la submergea. Où était Antoine ?

Le lendemain, Chloé, sa meilleure amie, photographe indépendante, vive et loyale, lui envoya un message.

Pas de mots. Juste une photo.

Prise sur la Croisette, à Cannes.

Antoine, souriant, enlaçait une femme élégante, sophistiquée.

Amélie zooma. Son cœur s'arrêta.

Elle reconnut la femme. C'était Sophie, sa tante.

La tante qu'elle aimait, la galeriste d'art renommée.

La trahison la frappa de plein fouet. Son mari, sa tante. Le jour de la mort de son père.

Antoine rentra trois jours plus tard.

Il avait l'air fatigué, mais satisfait.

Il expliqua une urgence professionnelle à Monaco, un problème imprévu dans un de ses hôtels.

Il n'avait pas eu une minute, son téléphone était en dérangement.

Amélie l'écouta, le visage fermé, les yeux secs. Dévastée mais silencieuse.

Elle ne dit rien sur la photo, rien sur son père.

Elle lui tendit deux documents.

« Signe ça, s'il te plaît. C'est pour une œuvre d'art que je veux acheter. C'est cher, mais tu sais que j'en rêve. »

Sa voix était neutre, presque morte.

Antoine, distrait, peut-être un peu coupable, signa sans lire.

Il la prit dans ses bras.

« Ma chérie, je suis désolé pour cette absence. Je vais me rattraper. »

Il lui parla de leur avenir, de l'enfant qu'elle portait. Elle était enceinte de quelques semaines.

« Je viendrai avec toi chez le gynécologue la prochaine fois, je veux tout suivre. »

Son téléphone sonna. Il regarda l'écran. Un léger sourire.

« Excuse-moi, c'est urgent. Le travail. »

Il s'isola pour répondre. Amélie entendit des bribes. Une voix de femme. Douce, familière.

Puis il revint, pressé.

« Je dois filer. Sophie a besoin de moi pour sa galerie, un petit souci. Je ne serai pas long. Tu vas bien ? »

Il l'embrassa rapidement et partit, la laissant seule, le cœur en miettes.

Sophie. Encore Sophie.

Amélie se laissa tomber sur le canapé.

Flashback. Leur rencontre. Un petit accident de scooter. Elle était tombée, égratignée, effrayée.

Antoine était apparu, comme un sauveur. Charmant, prévenant.

Il l'avait réconfortée, soignée.

Le coup de foudre. Rapide, intense.

Il avait été si attentif, si présent. Sauf la nuit, où sa passion devenait presque une corvée pour elle.

Avant de mourir, son père lui avait dit :

« Antoine est un homme bien. Il te protégera. Je suis heureux de te savoir avec lui. »

Son père n'avait pas pu voir Antoine une dernière fois. Antoine n'était pas là.

Amélie se souvint de l'insistance d'Antoine pour avoir cet enfant.

Dès les premiers mois de mariage, il en parlait.

« Un enfant de nous deux, Amélie. Ce serait merveilleux. »

Elle avait fini par céder, touchée par son désir apparent de fonder une famille.

Maintenant, tout prenait un sens différent, amer.

Troublée, le cœur battant, Amélie monta dans le bureau privé d'Antoine.

Une pièce habituellement interdite. « Mon sanctuaire, mon jardin secret », disait-il en riant.

La porte était entrouverte.

Elle poussa doucement.

L'air était chargé d'un parfum qu'elle connaissait. Celui de Sophie.

La pièce n'était pas un bureau. C'était un mausolée.

Un sanctuaire dédié à Sophie Lefevre.

Des photos d'elle partout. Sophie jeune, Sophie riant, Sophie à la plage, Sophie dans des galeries d'art.

Des lettres d'amour passionnées, écrites par Antoine, jamais envoyées.

Des cadeaux luxueux, encore emballés, avec des cartes au nom de Sophie.

Et un journal intime. Le journal d'Antoine.

Amélie s'assit, les jambes tremblantes, et commença à lire.

Dix ans de leur vie. Leur relation tumultueuse, leurs voyages romantiques à Venise, à Saint-Barth.

Sa douleur lors de leur rupture, juste avant qu'il ne rencontre Amélie.

L'écriture était fiévreuse, obsédée.

Amélie comprit tout.

Antoine avait orchestré leur rencontre. L'accident de scooter n'était pas un hasard.

Il l'avait épousée parce qu'elle ressemblait à Sophie.

Elle était un substitut, une doublure.

L'enfant qu'elle portait... c'était pour lui. Pour recréer quelque chose avec l'image de Sophie.

Une nuit, dans son sommeil, Antoine avait murmuré un prénom : « Antoine-Sophie ».

Elle avait cru rêver. C'était donc ça.

Son amour, sa vie, un mensonge.

Effondrée, vidée, Amélie prit une décision. Radicale.

Elle appela une clinique. Prit un rendez-vous secret.

Le lendemain, elle subit une interruption volontaire de grossesse.

Les documents qu'elle avait fait signer à Antoine...

L'un était la demande de divorce.

L'autre, le consentement pour l'IVG.

Il avait tout signé, aveuglément.

Elle était seule. L'anesthésie se dissipait lentement, laissant place à une douleur sourde, physique et morale.

Mais aussi à une étrange résolution.

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Liste des chapitres

23 chapitres au total

  1. Chapitre 1Introduction
  2. Chapitre 2Chapitre 1
  3. Chapitre 3Chapitre 2

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