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Chapitre 2

Les jours qui ont suivi se sont écoulés dans une brume de douleur et de tromperie.

Marc jouait le rôle du mari dévoué à la perfection.

Il me nourrissait, me lavait, me parlait doucement, me racontait des histoires de notre passé heureux. Chaque mot, chaque geste était un mensonge qui me donnait envie de vomir.

« Tu te souviens de notre voyage à Venise, mon amour ? Tu étais si belle dans ta robe rouge. »

Je le regardais avec des yeux vides, mon visage un masque d'impassibilité. À l'intérieur, je brûlais.

Je me souvenais de Venise. Je me souvenais de la robe rouge qu'il m'avait offerte. Il me disait que c'était la couleur de la passion. Quelle ironie.

Pendant qu'il me parlait, je me concentrais sur une seule chose : bouger mes orteils.

Au début, il n'y avait rien. Juste le vide. Mais je persistais, heure après heure, envoyant des ordres silencieux à mes membres inertes.

Un soir, alors qu'il était sorti pour "prendre l'air", sa mère est venue me voir. Une femme froide et autoritaire qui ne m'avait jamais aimée.

Elle s'est assise sur la chaise, me regardant de haut.

« C'est une tragédie. Mais la vie continue. Marc a besoin d'un héritier. La famille Dubois a besoin d'un héritier. »

Elle n'a pas mentionné mon bébé décédé une seule fois. Pour elle, il n'avait jamais existé.

« Heureusement que Léo est là. »

Son regard était dur. Elle savait. Toute la famille savait et était complice.

Après son départ, la colère m'a donné une force nouvelle. J'ai contracté tous les muscles de mon corps avec une volonté féroce.

Et puis, je l'ai senti.

Un frémissement. Infime. Presque imperceptible. Dans le gros orteil de mon pied droit.

Une larme de triomphe a coulé sur ma joue. Ils ne m'avaient pas complètement détruite.

Un jour, Marc a laissé son téléphone sur la table de chevet en allant aux toilettes.

Mes doigts, qui avaient retrouvé un peu de mobilité, l'ont attrapé. Mon cœur battait à tout rompre.

Je n'avais pas de code. J'ai essayé sa date de naissance. Non. La nôtre. Non.

Puis, une idée m'est venue. J'ai tapé la date de naissance de Léo, que j'avais entendue au détour d'une conversation.

Le téléphone s'est déverrouillé.

J'ai ouvert sa galerie de photos. Il y avait des centaines de photos de Léo. Un petit garçon souriant, avec les yeux de Marc. Et à ses côtés, une femme. Sarah.

Ils formaient une famille. Une vraie famille.

J'ai ouvert ses messages. Les conversations avec Sarah étaient explicites. Ils planifiaient leur avenir ensemble, une fois que je serais "hors du tableau".

Un message a attiré mon attention.

« J'ai parlé au neurologue. Il a confirmé que les dommages sont irréversibles. Elle ne marchera plus jamais. Nous sommes en sécurité. »

Ce message était daté d'hier.

J'ai reposé le téléphone juste avant qu'il ne revienne. Mon visage était redevenu un masque de vide.

Mais à l'intérieur, un plan se dessinait, clair et précis.

Les jours suivants, j'ai continué ma comédie. J'ai laissé mon corps mou et sans vie entre ses mains.

Pendant la nuit, quand l'hôpital était silencieux et qu'il dormait dans le fauteuil à côté de mon lit, je m'entraînais.

Le frémissement dans mon orteil est devenu un mouvement. Puis un autre dans mes doigts. Lentement, douloureusement, je reconquérais mon corps, centimètre par centimètre.

Un après-midi, Marc m'a regardée avec une pitié feinte.

« Jeanne, je sais que c'est difficile à entendre maintenant… mais nous sommes encore jeunes. Quand tu iras mieux, peut-être que… nous pourrons essayer d'avoir un autre enfant. »

Le monstre. L'hypocrite.

Il voulait m'enfermer dans cette vie, dépendante de lui, tout en me faisant miroiter un avenir qui n'existerait jamais.

J'ai dû puiser dans toutes mes forces pour ne pas lui cracher ma haine au visage.

À la place, j'ai laissé une larme couler.

J'ai secoué la tête, un mouvement à peine perceptible que j'ai pratiqué pendant des heures.

Puis, avec une voix que j'ai rendue faible et rauque, j'ai murmuré mon premier mot depuis l'accident.

« Non… plus jamais. »

Il a semblé surpris, puis son visage s'est adouci. Il pensait que c'était le chagrin qui parlait.

J'ai continué, chaque mot étant une pièce de mon puzzle.

« Mais… un enfant. La maison est si vide. Peut-être… adopter ? »

La lueur dans ses yeux m'a confirmé que j'avais visé juste.

Adopter. Cela signifiait qu'il pourrait faire entrer Léo dans notre vie officiellement, sans éveiller les soupçons. J'étais la femme brisée et généreuse, prête à élever le fils d'une autre.

Il a pris ma main.

« Oh, Jeanne. Tu as un cœur si grand. Bien sûr. Nous y penserons. Laisse-toi d'abord le temps de te reposer. »

Il était tombé dans mon piège.

Maintenant, il était temps de passer à l'étape suivante. Il fallait que je rencontre ce Léo. Et sa mère.

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Liste des chapitres

11 chapitres au total

  1. Chapitre 1Introduction
  2. Chapitre 2Chapitre 1
  3. Chapitre 3Chapitre 2

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