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Chapitre 2

Les mains de Léa tremblaient encore, mais son esprit était d'une clarté glaciale. Elle se pencha sur la corbeille, s'assurant que chaque fragment du rapport était bien au fond, caché sous d'autres papiers. Personne ne devait jamais savoir.

Elle se passa de l'eau sur le visage, fixant son reflet. Les larmes avaient cessé de couler, remplacées par une résolution dure comme la pierre. Elle avait été stupide, naïve. Maxime ne l'aimerait jamais comme elle l'aimait. Pour lui, elle resterait toujours la petite fille qu'il avait sauvée.

On frappa à sa porte.

« Léa ? C'est moi. »

La voix de Maxime. Elle prit une profonde inspiration, effaça toute trace de douleur de son visage et ouvrit la porte.

Il se tenait là, l'air légèrement préoccupé. « Tu as disparu si vite. Tout va bien ? Tu avais l'air pâle. »

« Je suis juste un peu fatiguée, » mentit-elle d'une voix neutre.

Il posa une main sur son front, un geste paternel qui lui fit l'effet d'une brûlure. « Pas de fièvre. Tu dois te reposer. Tu sais, Chloé et moi, on est très heureux. J'espère que tu seras heureuse pour nous. C'est une femme bien. »

Chaque mot était un coup de poignard. Il ne voyait rien, ne comprenait rien.

« Bien sûr, Maxime. Je suis très heureuse pour vous. »

« Bien, » dit-il, satisfait. « Tu es une grande fille maintenant, tu vas bientôt commencer ta carrière. Je suis fier de toi. Mais n'oublie jamais que cette maison est la tienne. »

Il lui parlait comme à une enfant qu'on encourage avant de la laisser prendre son envol, sans se douter qu'elle s'apprêtait à se couper les ailes.

Intérieurement, sa décision était prise. Elle ne partirait pas seulement pour l'Afrique. Elle allait disparaître de sa vie, complètement. Elle allait effacer toute trace de cette nuit, de cet enfant.

« Je vais me coucher, » dit-elle. « Bonne nuit, Maxime. »

« Bonne nuit, ma petite Léa. »

Dès qu'il eut fermé la porte, elle se remit en action. Elle chercha sur internet le numéro d'une clinique privée, discrète. Elle prit rendez-vous pour le surlendemain. La voix au téléphone était professionnelle, détachée.

Le jour suivant fut un supplice. Elle dut supporter la présence de Chloé, qui paradait dans l'appartement, parlant de sa robe de mariée, de la liste des invités. Léa répondait par monosyllabes, un sourire figé sur les lèvres, tandis qu'à l'intérieur, elle se sentait mourir.

Le matin de l'intervention, elle se leva avant tout le monde. Elle laissa un mot simple sur la table de la cuisine : « Je suis partie quelques jours chez une amie pour préparer mon départ. Ne t'inquiète pas. Léa. »

Elle prit un taxi jusqu'à la clinique. Le lieu était impersonnel, les murs blancs, l'odeur d'antiseptique flottant dans l'air. Une infirmière lui posa des questions de routine. « Êtes-vous sûre de votre décision ? »

« Oui, » répondit Léa, sa voix ne tremblant pas.

On la conduisit dans une petite chambre. On lui demanda d'enfiler une blouse d'hôpital. Elle s'allongea sur le lit, le regard fixé au plafond. C'était ici que tout allait finir. La fin de son amour impossible, la fin de cet enfant qui n'aurait jamais dû exister.

Alors qu'elle attendait que l'anesthésiste arrive, son téléphone vibra dans son sac. Elle le sortit. C'était Maxime. Son cœur rata un battement. Elle hésita, puis décrocha.

« Léa ? Où es-tu ? Je viens de voir ton mot. Chez quelle amie ? » Sa voix était autoritaire, habituée à tout contrôler.

Elle ferma les yeux. C'était le moment. Le point de non-retour.

« Ça n'a pas d'importance, Maxime. »

« Comment ça, ça n'a pas d'importance ? Rentre à la maison immédiatement. »

Un silence. Elle inspira profondément, rassemblant ses dernières forces.

« Adieu, Maxime. »

Sans attendre sa réponse, elle raccrocha. Puis, d'un geste calme et délibéré, elle éteignit le téléphone et le posa sur la table de chevet. C'était fini.

L'infirmière entra. « Nous sommes prêts, mademoiselle Dubois. »

Léa se laissa conduire jusqu'à la salle d'opération. La lumière crue des néons l'aveugla. Elle s'installa sur la table, ses jambes tremblant malgré elle. L'anesthésiste lui parla doucement, lui demandant de compter à rebours à partir de dix.

« Dix... neuf... huit... »

Son esprit s'embruma. Sa dernière pensée fut pour ce petit être qui ne verrait jamais le jour. Une larme solitaire roula sur sa tempe et se perdit dans ses cheveux.

Quand elle se réveilla, elle était de retour dans la petite chambre. Une douleur sourde lui tenaillait le ventre. Elle était vide. Complètement vide. Mais à travers la douleur, un sentiment nouveau émergeait. Ce n'était pas du bonheur, ni de la tristesse. C'était une sorte de libération. Une page blanche.

Elle avait coupé les ponts. Son passé était mort. À partir de maintenant, elle ne serait plus la petite protégée de Maxime Moreau. Elle serait Léa Dubois, géologue. Et elle serait seule.

C'est tout ce qui est disponible pour le moment.

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Liste des chapitres

29 chapitres au total

  1. Chapitre 1Introduction
  2. Chapitre 2Chapitre 1
  3. Chapitre 3Chapitre 2

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