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Chapitre 2
Marc resta silencieux un long moment au bout du fil. Élise pouvait presque entendre les rouages de son esprit tourner, analysant la situation avec la précision d'un objectif photographique. Il connaissait Antoine, il connaissait sa réputation, son ambition dévorante.
« D'accord. » dit-il enfin, sa voix sérieuse. « J'accepte. Mais à une condition. Je te donne un mois. Un mois pour tout régler, pour couper les ponts définitivement avec lui. Si dans un mois tu es toujours liée à lui, notre accord est caduc. Je ne serai pas le pion dans un de ses jeux. »
« Un mois. » répéta Élise. C'était plus que suffisant. « C'est d'accord. »
Après avoir raccroché, un sentiment de détermination remplaça le désespoir. Elle n'était plus une victime. Elle était une survivante, et elle allait se battre. Elle sonna l'infirmière et, contre l'avis du médecin, signa sa décharge. Elle ne pouvait pas rester une minute de plus dans cet endroit, attendant le retour de son bourreau.
Elle rentra dans l'appartement qu'elle partageait avec Antoine. L'endroit, autrefois un cocon d'amour, lui parut froid et étranger. Sans hésiter, elle prit une grande valise et commença à y jeter ses affaires, ses vêtements, ses carnets de croquis, tout ce qui lui appartenait. Elle agissait avec une précision mécanique, refusant de laisser la douleur la submerger. C'était une rupture, une amputation. Douloureuse, mais nécessaire à sa survie.
Pendant les deux jours qui suivirent, Antoine ne donna aucune nouvelle. Pas un appel, pas un message. Une infirmière de l'hôpital appela pour prendre de ses nouvelles, mentionnant au passage qu'Antoine avait appelé l'accueil pour savoir si elle était toujours là, mais qu'il n'avait pas cherché à la joindre directement. Il était trop occupé. Trop occupé avec Chloé, trop occupé à préparer le vol de sa carrière. Cette absence criante était la meilleure confirmation qu'elle aurait pu souhaiter. Elle avait pris la bonne décision.
Le troisième jour, alors qu'elle s'apprêtait à quitter l'appartement pour de bon, la porte s'ouvrit sur Antoine. Il tenait un énorme bouquet de roses rouges et son visage affichait un sourire radieux, un sourire qu'elle savait désormais complètement faux.
« Surprise ! » lança-t-il. Il s'avança vers elle, posa un genou à terre et ouvrit un écrin de velours révélant une bague en diamant. « Élise Dubois, mon amour, ma muse, veux-tu m'épouser ? »
Le spectacle était si grotesque, si décalé par rapport à la réalité de sa trahison, qu'Élise faillit éclater d'un rire amer. Elle le regarda, sans expression, son cœur glacé.
C'est à ce moment précis que la porte, qu'Antoine n'avait pas refermée, s'entrouvrit un peu plus. Chloé se tenait sur le seuil, l'air pâle et fragile, une main posée sur son front comme si elle allait s'évanouir.
« Antoine... » murmura-t-elle d'une voix faible. « Je... je ne me sens pas bien. J'ai des vertiges. »
Le changement fut instantané. Antoine se releva d'un bond, laissant tomber la bague qui roula sur le parquet. Il se précipita vers Chloé, oubliant complètement Élise, oubliant sa demande en mariage.
« Chloé ! Qu'est-ce qui ne va pas ? Viens, assieds-toi. » Il la prit dans ses bras avec une inquiétude paniquée, la guidant vers le canapé.
Élise resta immobile, témoin de cette scène surréaliste. Des invités qu'Antoine avait conviés pour sa "surprise" étaient arrivés entre-temps et chuchotaient dans le couloir, la dévisageant avec un mélange de pitié et de curiosité malsaine. Laissée seule au milieu de la pièce, l'écrin vide à ses pieds, elle se sentait plus humiliée que jamais.
Antoine était penché sur Chloé, lui parlant doucement, lui caressant les cheveux. C'est alors qu'Élise vit le regard de Chloé se poser sur elle par-dessus l'épaule d'Antoine. Il n'y avait aucune faiblesse dans ses yeux, seulement un triomphe glacial. Et puis, Élise vit ses lèvres bouger, formant deux mots silencieux, juste pour elle : « J'ai. Gagné. »
À cet instant, la dernière trace d'amour pour Antoine mourut dans le cœur d'Élise. Il ne restait plus que de la glace. Elle se pencha, ramassa sa valise, et sans un regard pour le couple sur le canapé ou pour les spectateurs gênés, elle se dirigea vers la porte et quitta cet appartement, cette vie, pour toujours.
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