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Chapitre 2
Je suis restée figée, les yeux fixés sur la tablette.
Ce symbole... C'était impossible.
Mon instinct me hurlait que quelque chose n'allait pas. Ce n'était plus seulement une mission étrange pour beaucoup d'argent. C'était personnel.
Monsieur Moreau a remarqué mon silence.
« Un problème, Mademoiselle Dubois ? »
« Non. Je m'imprègne de l'œuvre. »
J'ai levé les yeux vers lui, cachant mon trouble.
« Je dois voir... le corps. »
Le mot a semblé aspirer tout l'air de la pièce. Madame Moreau a eu un petit hoquet de douleur et s'est appuyée plus lourdement sur son mari.
« C'est... nécessaire ? » a demandé Monsieur Moreau, le visage crispé.
« C'est indispensable. Mon travail ne consiste pas seulement à stimuler l'objet, mais aussi à canaliser l'énergie résiduelle du créateur. Je dois être en contact avec la source. »
C'était mon baratin habituel, un mélange de pseudo-science et de mysticisme qui impressionnait toujours les clients fortunés.
Il a hésité, puis a hoché la tête.
« Suivez-moi. Il est dans sa chambre. »
Nous avons monté un grand escalier en marbre. Le silence dans le manoir était total, oppressant. Chaque pas résonnait.
La porte de la chambre de Jean-Luc était fermée. Monsieur Moreau a posé la main sur la poignée, mais n'a pas tourné.
« Ma femme va rester ici. C'est trop dur pour elle. »
Il a ouvert la porte.
La chambre était plongée dans une semi-obscurité. Les rideaux épais étaient tirés. Et l'odeur... une odeur de fleurs et de formol, douceâtre et écœurante.
Au milieu de la pièce, sur un lit immense, reposait une forme.
Non, ce n'était pas un lit. C'était une sorte d'autel funéraire, couvert de velours noir. Le corps de Jean-Luc Moreau y était allongé, habillé d'un costume de créateur, les mains croisées sur la poitrine.
La scène était tellement arrangée, tellement théâtrale, que ça en devenait grotesque.
Le plus choquant, c'était le décor. Tout autour du lit, des dizaines de mannequins de couture étaient disposés en cercle, comme une garde d'honneur silencieuse. Ils étaient tous habillés des créations les plus célèbres de Jean-Luc.
C'était une chapelle ardente dédiée à sa propre gloire.
J'ai pris une grande inspiration.
« Monsieur Moreau. »
« Oui ? »
« La mise en scène. Les mannequins. L'odeur. C'est une perturbation énergétique majeure. Ça va compliquer mon travail. »
Je le voyais venir.
« Que voulez-vous dire ? »
« Je veux dire que pour nettoyer ce chaos et établir une connexion claire, il va me falloir plus de temps et de matériel. Le prix devra être ajusté en conséquence. »
Je suis restée calme, professionnelle. C'était le moment de frapper.
« Un supplément de cinq millions d'euros. Pour le dérangement. »
Il m'a regardé, les yeux plissés. Pour la première fois, j'ai vu le magnat des affaires percer sous le masque du père endeuillé.
« Vous êtes bien sûre de vous, mademoiselle. D'où sortez-vous ? Votre profession n'existe dans aucun registre. »
« Elle n'existait pas. Le monde change, Monsieur Moreau. Les besoins aussi. Autrefois, on priait les dieux pour une bonne récolte. Aujourd'hui, des gens comme vous me paient une fortune pour assurer la fertilité de leur héritage artistique. C'est une évolution. »
Il a soutenu mon regard pendant un long moment, puis a soupiré.
« D'accord. Cinq millions de plus. Mais je veux des résultats. »
« Il y aura des résultats. Maintenant, j'ai besoin d'être seule. Personne ne doit entrer. Personne ne doit m'interrompre. Quelles que soient les choses que vous entendrez, n'ouvrez pas cette porte. »
« Je vais poster des gardes. »
« Non. Pas de gardes. Leurs pensées, leur présence, tout interfère. Vous et votre femme, restez loin. C'est la condition sine qua non. »
Il a semblé contrarié.
« Nous devons être sûrs... »
« Sûrs de quoi ? Que je ne vais pas voler les bijoux de famille ? Monsieur Moreau, vous me payez 65 millions d'euros. Croyez-moi, je suis plus intéressée par mon virement que par vos boutons de manchette. »
Il a fini par céder, non sans une dernière mise en garde.
« Vous serez fouillée en sortant. »
« C'est la procédure normale. »
Il est parti en fermant lourdement la porte. J'ai entendu le bruit d'une clé tournant dans la serrure. Il m'enfermait. Parfait.
Dès que je fus seule, la température de la pièce a semblé chuter de plusieurs degrés. Ce n'était pas un courant d'air. C'était autre chose. Une présence froide, pesante.
Mon cœur s'est mis à battre plus vite. Ce n'était pas la peur. C'était l'excitation du défi.
J'ai posé mon sac et j'ai commencé mon inspection. J'ai fait le tour du lit, observant les mannequins. Leurs yeux de verre semblaient me suivre.
Je me suis approchée du corps.
De loin, il ressemblait à une poupée de cire. Mais de près...
J'ai froncé les sourcils. Il y avait quelque chose qui n'allait pas. Quelque chose de fondamentalement faux dans cette scène.
Je ne savais pas encore quoi, mais mon instinct, affûté par des années de pratique, me disait que cette nuit serait bien plus compliquée que prévu.
C'est tout ce qui est disponible pour le moment.
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