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Chapitre 2
Le lien qui m'unissait à Luc était plus profond que le mariage. Nous étions des partenaires, des âmes sœurs qui se complétaient. Il était le scientifique, le rêveur qui voyait le futur dans des lignes de code et des circuits imprimés. Moi, j'étais la musicienne, celle qui comprenait le monde à travers les harmonies et les dissonances. Mais derrière la pianiste, il y avait autre chose. Une intelligence analytique, une capacité à voir les schémas, les stratégies, les failles dans un système. Luc disait toujours que si je n'avais pas été une artiste, j'aurais été une espionne redoutable. Il ne croyait pas si bien dire.
Cette facette de moi, je l'avais toujours gardée en sommeil. Elle n'était pas nécessaire dans notre vie paisible. Notre monde tournait autour de deux pôles : les recherches de Luc et la santé de Léo.
Léo. Notre petit miracle. Il était né avec cette maladie rare qui attaquait son système immunitaire. Chaque jour était un combat. Nous l'avions entouré d'une bulle d'amour et de précautions. Il ne pouvait pas courir dans les parcs comme les autres enfants, ni manger n'importe quoi. Sa vie était faite de routines médicales, de visites à l'hôpital et d'une prudence de tous les instants. Mais il était courageux. Il ne se plaignait jamais. Il avait la curiosité de son père et ma sensibilité. Il était notre univers. Le voir brisé dans ce lit d'hôpital était une profanation.
Le lendemain, alors que Léo dormait encore, j'ai commencé à fouiller. Je devais comprendre ce qu'OmniCorp voulait si désespérément. Le bureau de Luc était resté intact depuis sa disparition. Une pièce sacrée, pleine de ses livres, de ses schémas, de son odeur. La police avait déjà tout examiné, sans rien trouver. Mais ils ne cherchaient pas la même chose que moi.
Je ne cherchais pas un indice sur sa disparition. Je cherchais une arme.
J'ai passé des heures à parcourir ses disques durs, ses carnets. La plupart étaient remplis de jargon technique que je ne comprenais qu'à moitié. Mais je connaissais Luc. Je savais comment son esprit fonctionnait. Il était méticuleux, mais il avait aussi un côté poète. Il cachait toujours les choses importantes à la vue de tous, sous une forme inattendue.
Finalement, je l'ai trouvé. Ce n'était pas dans un fichier crypté ou un dossier caché. C'était dans un lecteur audio. Une série de fichiers musicaux nommés "Sonates pour Léo". Pour n'importe qui d'autre, ce n'était que de la musique. Des pièces pour piano simples, presque enfantines. Mais je les ai reconnues. C'étaient des morceaux que j'avais composés pour Léo quand il était bébé.
Luc les avait modifiés.
J'ai ouvert un logiciel d'analyse spectrale. Et là, c'était évident. Cachées dans les fréquences audio, encodées dans les harmoniques de ma propre musique, se trouvaient des données. Des lignes de code, des algorithmes, des schémas. C'était son projet. L'IA qu'il appelait "Prométhée". Une intelligence artificielle capable d'apprendre et d'évoluer de manière autonome, bien au-delà de tout ce qui existait. C'était une révolution. Et une arme terrifiante entre de mauvaises mains.
En explorant plus loin, j'ai découvert autre chose. Un dossier vidéo. Mon cœur s'est serré. Je l'ai ouvert. C'était un enregistrement de la caméra de surveillance de l'entrepôt. Luc devait avoir un système de sécurité secret.
L'image était granuleuse, mais le son était clair. J'ai vu Léo, recroquevillé dans un coin. J'ai vu les hommes d'OmniCorp. Je les ai entendus le menacer, le secouer. Et j'ai entendu Varennes, le dirigeant que j'avais vu à l'hôpital, parler au téléphone.
« Non, le gamin ne sait rien. Il pleure, c'est tout... Oui, on le laisse là. Ça enverra un message clair à la mère. Elle finira par craquer. Personne ne nous résiste. »
Le sang s'est glacé dans mes veines. Ce n'était plus une supposition. C'était une preuve. Une preuve de leur cruauté, de leur mépris total pour la vie humaine. Ils avaient délibérément laissé mon fils terrorisé et blessé, comme un simple outil de pression.
J'ai fermé l'ordinateur, les mains tremblantes de fureur. La pianiste en moi était morte. La mère inquiète avait disparu. Une autre Jeanne avait pris le contrôle. Une Jeanne froide, calculatrice, impitoyable.
Je suis retournée à l'hôpital. Léo était réveillé. J'ai pris sa petite main dans la mienne.
« Léo, mon chéri. Écoute-moi. Ces méchants hommes ne te feront plus jamais de mal. Tu me crois ? »
Il a hoché la tête, ses grands yeux fixés sur moi.
« Je vais les faire payer, Léo. Pour tout ce qu'ils t'ont fait. Pour papa. Je te le promets. »
Il a serré ma main plus fort. Pour la première fois depuis l'enlèvement, j'ai vu une lueur de confiance dans son regard. C'était tout ce dont j'avais besoin.
Ce soir-là, de retour à la maison, j'ai ouvert un compartiment secret au fond de ma penderie. À l'intérieur se trouvait une mallette que je n'avais pas touchée depuis des années. Elle ne contenait ni partitions ni souvenirs. Elle contenait de faux passeports, de l'argent liquide dans plusieurs devises, et du matériel électronique de pointe. Des reliques d'une autre vie, d'avant Luc, d'avant Léo. Une vie où j'utilisais mes talents pour des gens beaucoup moins recommandables que des directeurs de salles de concert.
J'ai sorti un téléphone crypté et j'ai composé un numéro. Une voix que je n'avais pas entendue depuis plus de dix ans a répondu à l'autre bout du fil.
« Allô ? »
« C'est moi, » ai-je dit. « J'ai besoin de ton aide. »
Il y a eu un silence, puis un petit rire.
« Jeanne. Je me demandais quand tu te lasserais de jouer du piano. Qui faut-il faire tomber cette fois ? »
« Une corporation. OmniCorp. »
« Gros morceau. Ça va coûter cher. »
« J'ai les moyens, » ai-je répondu en regardant l'écran de l'ordinateur où les données de Prométhée étaient affichées. « Et j'ai la motivation. »
Mon réseau d'anciens élèves n'était pas un groupe d'admirateurs de musique classique. C'étaient des hackers, des experts en sécurité, des spécialistes de l'infiltration que j'avais formés ou avec qui j'avais travaillé dans mon ancienne vie. Ils me devaient leur loyauté. L'heure était venue de la réclamer. La partie d'échecs pouvait commencer.
C'est tout ce qui est disponible pour le moment.
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