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Chapitre 2
Je n'ai pas répondu cette nuit-là. Je l'ai laissé hurler, me secouer, puis finalement me lâcher avec dégoût avant de quitter la chambre pour aller dormir sur le canapé.
En l'entendant claquer la porte du salon, je me suis demandée pourquoi j'avais fait ça. Pourquoi j'avais prononcé son nom.
La réponse était simple. C'était l'injustice. Une injustice si profonde qu'elle me rongeait de l'intérieur. J'avais besoin de crever l'abcès, de déchirer le voile de mensonges et de normalité qu'il essayait de maintenir.
Nous nous étions rencontrés à l'université. J'étais en lettres modernes, lui en littérature comparée. J'étais l'étudiante extravertie, toujours entourée d'amis, présidente du bureau des étudiants. Il était le génie timide, toujours le nez dans ses livres, socialement maladroit mais d'une intelligence fulgurante.
Nos amis disaient que nous étions complémentaires. L'huile et le vinaigre. Le soleil et la lune. C'était vrai. Je l'aidais à naviguer dans le monde social, à parler aux professeurs, à se faire des contacts. Il m'ouvrait les portes d'un monde intellectuel que je trouvais fascinant.
Nous sommes tombés amoureux. C'était une évidence. Nous nous sommes mariés juste après nos diplômes. J'ai trouvé un travail de traductrice dans une petite maison d'édition, tandis qu'il poursuivait son doctorat.
Puis il a obtenu un poste de chercheur dans une prestigieuse maison d'édition, celle où il travaille encore aujourd'hui. C'était une opportunité incroyable, mais il était incapable de se vendre. Ses collègues étaient brillants, mais aussi très politiques. Marc était perdu.
Alors j'ai pris les choses en main. J'ai commencé à faire des gâteaux et des tartes, que j'apportais à son bureau. Je me suis liée d'amitié avec les secrétaires, les assistants, même les femmes de ménage. Je me souvenais des anniversaires de tout le monde, je demandais des nouvelles de leurs enfants.
« C'est ridicule, Camille. Je suis un chercheur, pas un homme politique », disait-il au début, avec un certain mépris.
Mais petit à petit, il a vu les résultats. Les gens ont commencé à le voir différemment. Plus comme un ours mal léché, mais comme le mari de cette charmante Camille. On l'invitait à des déjeuners, on lui donnait des informations en avant-première sur les projets à venir. Mes "relations publiques", comme il les appelait en riant, fonctionnaient.
Quand notre fille, Léa, est née, nous avons pris une décision. Son salaire et ses primes augmentaient de façon spectaculaire. Mon travail de traductrice, bien que passionnant, était moins lucratif et beaucoup plus précaire.
« Ce serait plus simple que tu arrêtes de travailler pour un temps », m'avait-il dit un soir. « Juste le temps que Léa soit un peu plus grande. Avec mon salaire, on peut se le permettre. Et tu pourras te concentrer sur elle. »
J'avais hésité. J'aimais mon travail. Mais l'idée de me consacrer à ma fille, de construire un foyer chaleureux pour ma famille, était aussi très séduisante. J'ai accepté. Je me suis dit que ce n'était que temporaire. Une pause.
Les années ont passé. J'étais devenue une mère au foyer parfaite. La maison était impeccable, les repas toujours faits maison, Léa était une enfant épanouie et heureuse. J'étais la cheville ouvrière de la vie de Marc, gérant tout pour qu'il puisse se consacrer entièrement à sa brillante carrière. J'étais fière de lui, fière de nous.
C'est il y a environ deux ans que j'ai entendu le nom de Sophie Bernard pour la première fois. Marc travaillait sur un rapport important. J'ai jeté un œil par-dessus son épaule et j'ai vu le nom en bas du document : "Sophie Bernard, éditrice junior".
« Sophie Bernard », j'ai dit en riant. « C'est un joli nom. Elle doit être douée pour travailler sur un projet aussi important avec toi. »
Marc n'a pas ri. Il s'est raidi.
« Ne dis pas de bêtises », a-t-il répondu sèchement, sans me regarder. Il a fermé le document d'un coup sec.
Son ton m'a surprise.
« C'était une blague, Marc. »
Il s'est tourné vers moi, son regard était dur.
« C'est une collègue très respectée. Évite ce genre de remarques, s'il te plaît. Ça pourrait être mal interprété. »
J'étais stupéfaite. C'était une réaction complètement disproportionnée. Mais j'ai mis ça sur le compte du stress. Le projet était énorme, la pression était intense.
J'ai laissé tomber. Je n'y ai plus pensé.
Aujourd'hui, en repensant à ce moment, je me sens idiote. C'était là, juste sous mes yeux. Le premier signal d'alarme. Et je ne l'ai pas vu. J'étais tranquillement endormie dans le cocon de ma vie parfaite, inconsciente du mensonge qui grandissait à côté de moi.
C'est tout ce qui est disponible pour le moment.
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