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Chapitre 2 CHAPITRE 2 : Ermes De Nelli
CHAPITRE 2 : Ermes De Nelli
L'emménagement dans l'aile réservée au personnel s'était fait dans une grande discrétion. Maria et Lena n'avaient apporté avec elles qu'une valise pour ne pas s'encombrer. De toute façon, leur maison n'était qu'à quelques dizaines de kilomètres.
Le contraste entre leurs minces possessions et le luxe ostentatoire du Domaine De Nelli était saisissant. Leurs chambres, bien que simples et exiguës par rapport aux autres pièces du manoir, restaient bien agencées, fraîches et d'une propreté irréprochable.
Pour Maria, c'était un soulagement immense ; pour Lena, c'était le début d'un ennui qu'elle redoutait. Mais comme sa mère n'avait pas assez confiance pour la laisser seule chez elles, elle se retrouvait dans ces lieux intimidants et mornes.
Pendant que Maria revêtait son tablier noir ajusté et recevait ses premières instructions de l'austère M. Vane, Lena décida d'explorer les lieux. Sa mère lui avait bien répété les consignes du maître de maison : « Fais-toi discrète, ne dérange personne », mais la curiosité chez l'adolescente était bien trop grande. Et puis, elle n'allait pas rester cloîtrée dans cette chambre toute la journée, le vieil employeur pouvait comprendre ça tout de même.
Elle troqua son jean rigide et chaud pour un short et un t-shirt simple. Elle glissa hors de l'aile du personnel par une porte latérale qui donnait sur les cuisines. Le domaine s'étendait à perte de vue. Des terrasses en escalier surplombaient la mer Ionienne, bordées de bougainvilliers éclatants, d'oliviers centenaires et de statues de marbre clair qui semblaient monter la garde. Le silence n'était interrompu que par le clapotis lointain des vagues contre les falaises et le chant strident des cigales. Lena marchait à pas feutrés sur les dallages chauffés par le soleil d'après-midi, émerveillée par tant de splendeur. Tout ici respirait l'argent, le pouvoir et une forme d'élégance inaccessible au commun des mortels. En tournant à l'angle d'une haie de lauriers-roses taillée avec soin, un bruit d'eau agitée attira son attention. Elle s'approcha doucement et découvrit, cachée derrière une volée de marches en pierre, une immense piscine à débordement dont l'eau turquoise semblait se confondre directement avec l'immensité de la mer et le ciel. C'était un coin de paradis secret, le genre d'endroit où l'on se croit seul au monde. Soudain, une silhouette émergea bruyamment de l'eau, brisant la surface miroitante. Lena s'arrêta net, pétrifiée. Un jeune homme venait de prendre appui sur le rebord pour sortir du bassin d'un mouvement fluide, puissant et purement athlétique. L'eau ruisselait sur sa peau hâlée par le soleil de Sicile, sculptant les muscles saillants de ses épaules, de son torse et de ses abdominaux parfaitement dessinés. Ses cheveux bruns, mouillés et plaqués en arrière par son mouvement, faisaient ressortir des traits acérés, une mâchoire carrée et des yeux aussi bleus que le rivage. Il attrapa une serviette de bain d'un blanc éclatant posée sur un transat et commença à s'essuyer le visage, avant de marquer un temps d'arrêt. Il l'avait sentie. Sans même lever les yeux vers les feuillages qui la dissimulaient en partie , il savait qu'elle était là. Son regard se posa directement sur Lena. Au lieu de se couvrir, de s'offusquer ou de manifester la moindre surprise face à cette intruse, il afficha lentement un sourire plein d'arrogance.
- On profite du spectacle ? lança-t-il d'une voix grave, amusée et teintée d'un ton provocateur.
Lena sentit le rouge lui monter aux joues instantanément, une chaleur cuisante qui n'avait rien à voir avec le soleil. Elle se sentait prise en faute et voulut faire demi-tour, mais ses pieds semblaient cloués au dallage.
Le jeune homme passa la serviette autour de sa nuque et fit quelques pas vers elle. Presque nu, de grosses gouttes d'eau parcourant encore ses longues jambes bronzées et son torse impeccable.
Son physique imposant d'homme en devenir dégageait une assurance feline, le genre de présence qui prend toute la place et intimide.
- Je... euh... non ! bégaya Lena en reculant d'un demi-pas, les yeux fixés un peu trop longuement sur son torse mouillé avant de remonter précipitamment vers son visage. Je ne... je voulais pas déranger. Je regardais juste le jardin. C'est... c'est immense.
Le garçon s'arrêta à moins de deux mètres d'elle, croisant les bras sur sa poitrine, la jaugeant sans aucune pudeur de haut en bas. Il prenait plaisir à la voir se décomposer. À tenter de trouver une explication.
- Tu es bien curieuse, piccolina. Tu te trouve en ce moment même dans une zone privée. Tu sais chez qui tu es, au moins ? C'est pas un parc public ici.
- Chez... chez le signore Alfonso De Nelli, parvint-elle à articuler, essayant de retrouver un peu de cette confiance inébranlable qu'elle avait habituellement, mais c'était impossible face à ce garçon et à son aura écrasante.
- Et moi, je suis Ermes, dit-il en inclinant légèrement la tête, l'air faussement solennel et condescendant. Son petit-fils. Et toi, tu es qui, pour oser traîner ici ?
- Lena, répondit-elle dans un souffle, sa voix l'abandonnant presque.
- Lena..., répéta-t-il lentement. Et que fait la charmante et timide Lena, dans ma propriété ? Ne me dis pas que tu t'es perdue ?
- Ma mère est la nouvelle femme de chambre, expliqua-t-elle en essayant de lever le menton, refusant de se laisser totalement écraser par son arrogance et bien que son cœur batte la chamade. On a emménagé ce matin au manoir. Je... je vais vivre ici un temps.
À ces mots, le sourire d'Ermes se figea une fraction de seconde, se transformant en un rire bref, franchement moqueur et méprisant. L'idée que cette fille, si naïve et déstabilisée, allait habiter sous le même toit que lui, semblait l'amuser au plus haut point. Le malaise de Lena augmenta d'un cran. Comme si elle devinait dans ses yeux d'un bleu dans fond, que sa présence suscitait un intérêt malsain.
- La fille de la domestique... murmura-t-il, une lueur provocatrice et satisfaite perçant dans ses pupilles. Eh bien, Lena...
Il fit un pas de plus, envahissant son espace tout en la dominant de deux têtes. Elle sentit l'odeur du chlore mélangée à celle de sa peau chaude, une odeur de danger et d'interdit.
- ...je crois qu'on va beaucoup s'amuser cette année. Fais juste attention à ne pas rester trop souvent dans mes pattes, piccolina. Les règles ici sont strictes.
Il lui adressa un dernier clin d'œil insolent, son regard s'attardant sur elle une fraction de seconde de trop, avant de lui tourner le dos pour retourner vers son transat sans plus se soucier d'elle.
Lena prit une bouffée d'air comme si, jusque-là, elle avait oublié de repirer.
Elle resta là , toute un instant, ocillant entre honte d'avoir perdu ses moyens et une colère qu'elle n'identifiait pas encore.
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