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Chapitre 3 CHAPITRE 3 : Un rapprochement mouvementé
CHAPITRE 3 : Un rapprochement mouvementé
Pendant les jours qui suivirent leur première rencontre au bord de la piscine, le temps sembla suspendre son envol au-dessus du Domaine De Nelli. La fin du mois d'août étalait une chaleur lourde qui écrasait les hauteurs de Taormina dès les premières heures de la matinée. Maria passait ses journées à l'intérieur du manoir, absorbée par les exigences de Signor Vane et l'entretien des salons immenses. Lena, quant à elle, s'efforçait de respecter la consigne de discrétion qui lui avait été imposée. Elle restait sagement dans la petite cour pavée de l'aile du personnel, lisant à l'ombre d'un citronnier ou aidant sa mère à étendre ou à plier le linge frais de la maison. L'héritier des De Nelli, quant à lui, s'ennuyait. Étouffé par les heures de révision que lui imposait son précepteur principal en vue de sa terminale, il cherchait sans cesse à échapper à cette autorité qu'il jugeait trop pesante. C'était tout de même les vacances, il pouvait bien respirer un peu. Et il entrevit rapidement la présence de Lena comme une distraction potentielle. Au début, il s'était contenté de briser les règles que lui-même lui avait rappelées au bord de la piscine, en s'invitant sans avertissement sur le territoire des domestiques. Il apparaissait au détour d'une arcade, les mains dans les poches de son pantalon en lin clair, la chemise légèrement ouverte sur son torse hâlé. Ce matin-là, alors qu'elle lisait, assise au sol, le dos contre le mur de la bâtisse, il se posta au-dessus d'elle, toujours avec cette assurance qui la troublait et lui faisait perdre tous ses moyens. - Tu n'as pas trop chaud ? lui demanda Ermes, qui ne portait qu'un short de plage et une serviette calée sur l'épaule. - C'est une véritable question ? rétorqua la jeune fille, qui s'agaçait intérieurement de le voir venir la narguer depuis plus de trois jours. - J'allais descendre piquer une tête, je voulais savoir si tu voulais venir avec moi. Lena crut d'abord qu'il plaisantait, qu'il allait faire mine de se rappeler qu'en raison de son statut, elle ne pourrait pas profiter de la piscine. Mais, bizarrement, il lui parut sincère. Alors qu'elle se relevait, toute contente de pouvoir tromper son ennui et surtout de se rapprocher un peu plus de ce mystérieux garçon qui avait presque son âge d'après ce qu'elle avait appris, elle se rappela une chose qui avait son importance. - J'aurais bien aimé, bredouilla Lena, penaude, mais je n'ai... pas de maillot. Ermes la toisa avec une insistance déconcertée. - Qui dans cette région n'a pas de maillot ? demanda-t-il sur un ton moqueur et un brin perplexe. On est entourés par la mer. - Apparemment, moi, rétorqua la jeune fille, vexée par la condescendance de son ton. Et alors qu'elle voulut se rasseoir à sa place pour continuer sa lecture, la main ferme et fraîche d'Ermes lui retint le bras. Ce fut comme un véritable électrochoc. Ce contact anodin, dépourvu de toute intention de séduction, imprima pourtant au corps de Lena une tension qu'elle n'avait jamais connue en présence de quelqu'un d'autre. Était-ce le fait qu'il soit riche ? Qu'il soit beau ? Elle n'aurait su le dire, mais le fait est que son cœur fit un bond et que ses jambes flageolèrent. - Tant pis pour le maillot, décréta Ermes en lâchant son bras pour lui prendre la main. Avant qu'elle ne puisse protester, il l'entraîna vers les terrasses en cascade et vers la piscine. - C'est pas une bonne idée. Si on me voit, je vais attirer des problèmes à ma mère. - Arrête donc de geindre. Tu vas te baigner. Tu ne fais rien de mal. - Tu as dit toi-même qu'il y avait des règles strictes à suivre au domaine... que je ne devais pas... Il s'arrêta et fit volte-face vers elle. - Ecoute, la première règle et la plus importante est celle de ne pas me tenir tête ou me contredire, dit-il avec une gravité qui dissipa tout trait juvénile et qui le fit soudain paraître plus vieux et plus autoritaire. Le souffle coupé par cette phrase qu'elle n'aurait jamais cru entendre dans la bouche d'un adolescent, elle écarquilla ses grands yeux noirs et le suivit sans plus rien dire. En arrivant devant la piscine, Ermes ne s'arrêta pas. Il sentit une légère résistance derrière lui et comprit que sa prise pensait qu'il l'avait invitée à piquer une tête dans le bassin. - On va descendre sur la plage, lui annonça-t-il en se tournant brièvement vers elle. On sera plus tranquilles là-bas, piccolina. - De quelle plage tu parles ? demanda Lena, qui ne voyait qu'un précipice entouré d'une rambarde de marbre sculpté. Et cesse de m'appeler comme ça ! - Et comment veux-tu que je t'appelle ? Tu dois faire un mètre cinquante à tout casser, se moqua-t-il. - Un mètre soixante et un, pour ta gouverne ! C'est pas de ma faute si t'es une perche et que tout le monde te paraît petit. - Une perche, hein ? Lena ne comprit rien à ce qui se arriva ensuite : Ermes se tourna vers elle, passa ses bras derrière son dos et sous ses jambes, et voilà qu'elle ne touchait plus le sol. - Hé ! T'as perdu la tête ? protesta-t-elle en tapant sur son torse, qui lui sembla fait de métal ou de pierre. - On va descendre des marches abruptes, la prévint le jeune maître des lieux. Si tu ne veux pas qu'on se ramasse, tu ferais mieux de cesser de gigoter. Subjuguée par ses traits et sa peau parfaits, malgré la proximité et l'âge ingrat qui donnait à la plupart des jeunes de son âge pleins de boutons, Lena se tut et s'immobilisa. Enfin, juste le temps que son corps et son esprit comprennent qu'elle se trouvait tout contre ce garçon au corps d'apollon et au regard mystérieux...
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