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Chapitre 2
Le lendemain matin, l'atmosphère à la maison était lourde.
Mes parents avaient le visage fermé.
Antoine n'était pas rentré de la nuit.
J'ai essayé de leur parler, de leur expliquer qu'il avait prévu de fuir, qu'il m'avait demandé de le suivre.
Ma mère a juste secoué la tête.
« Ne dis pas de bêtises, Amélie. Ton frère est juste un peu contrarié. Il va revenir. »
Mon père, lui, m'a regardée avec une lueur de reproche dans les yeux.
« Tu aurais dû nous le dire tout de suite. Peut-être qu'on aurait pu le retenir. »
Ils ne me croyaient pas.
Pour eux, Antoine et Sophie étaient des anges adoptés, des enfants fragiles qu'il fallait protéger.
J'étais leur fille biologique, mais j'étais devenue une source de problèmes.
Dans l'après-midi, alors que j'aidais mon père à la boulangerie, une voiture noire s'est garée devant.
Une femme en est sortie.
Je l'ai reconnue immédiatement.
Madame Leroy.
La femme qui m'avait emmenée dans ma vie précédente.
Mon sang s'est glacé.
Elle avait l'air plus jeune, mais son regard était le même, froid et perçant.
Elle est entrée dans la boutique, un sourire mielleux aux lèvres.
Sophie était juste derrière elle, se cachant à moitié.
Elle m'a jeté un regard rapide, un mélange de jalousie et de triomphe.
J'ai tout compris.
C'était leur plan B.
Puisque je n'avais pas voulu fuir, ils allaient me faire partir de force.
« Bonjour, Monsieur et Madame Dubois », a dit Madame Leroy d'une voix suave. « Je suis une lointaine cousine de la mère biologique d'Antoine et Sophie. Je passais dans la région et j'ai pensé vous rendre une petite visite. »
Mes parents, naïfs et désespérés par la fugue d'Antoine, l'ont accueillie à bras ouverts.
Ils l'ont fait entrer dans notre petit salon derrière la boutique.
J'ai entendu des bribes de leur conversation.
Madame Leroy parlait de la difficulté d'élever des enfants, de la nécessité parfois de prendre des décisions difficiles pour leur bien.
Sophie pleurait doucement, racontant que j'étais méchante avec elle, que je la poussais, que je rendais la vie impossible à Antoine.
Des mensonges.
Tous des mensonges.
Mes parents buvaient ses paroles.
La culpabilité les rongeait.
Ils pensaient avoir échoué avec Antoine, et ils avaient peur d'échouer avec moi aussi.
Madame Leroy a alors proposé sa solution "miracle".
« Peut-être qu'Amélie a besoin d'un peu de changement d'air. J'ai une grande maison à la campagne, elle pourrait venir passer quelques semaines chez moi. Le calme, la nature, ça lui ferait le plus grand bien. »
Mon père et ma mère se sont regardés.
J'ai vu l'hésitation dans leurs yeux, mais aussi le soulagement.
C'était une porte de sortie facile.
Ils n'auraient pas à gérer une enfant "difficile".
Je suis sortie de la boulangerie et je me suis plantée devant eux.
« Non ! Je ne veux pas y aller ! C'est une menteuse ! »
J'ai crié, pointant du doigt Madame Leroy.
Mon père m'a attrapée par le bras, le visage sévère.
« Amélie, ça suffit ! Tu manques de respect à Madame ! Tu vas faire ce qu'on te dit. »
Sophie a fondu en larmes, se jetant dans les bras de ma mère.
« Tu vois, maman ? Elle est toujours comme ça ! Je ne veux pas qu'elle parte, mais elle nous rend la vie si dure... »
C'était une actrice parfaite.
Ma mère, le cœur brisé, m'a regardée avec déception.
« Amélie, s'il te plaît. Fais ça pour nous. Juste quelques semaines. »
J'ai vu que c'était inutile de résister.
Leurs esprits étaient déjà faits.
Ils étaient aveuglés par les larmes de crocodile de Sophie et les paroles empoisonnées de Madame Leroy.
Je me suis débattue quand Madame Leroy a posé sa main sur mon épaule.
J'ai crié, j'ai pleuré, j'ai supplié mes parents de ne pas me laisser partir.
Des voisins, alertés par le bruit, ont jeté des regards curieux par la fenêtre.
Ils ont vu une petite fille en pleine crise de nerfs, des parents désemparés et une femme à l'air respectable qui essayait de la calmer.
Ils ont secoué la tête, pensant sans doute que j'étais une enfant gâtée et mal élevée.
Personne n'a vu la vérité.
Personne n'a vu le piège qui se refermait sur moi.
Madame Leroy m'a presque portée jusqu'à sa voiture.
J'ai jeté un dernier regard désespéré vers la boulangerie.
Mes parents se tenaient sur le seuil, le visage baigné de larmes, mais ils n'ont pas bougé.
Ils pensaient faire ce qui était juste.
La portière s'est refermée dans un bruit sec.
La voiture a démarré, m'emportant loin de ma maison, loin de ma vie.
À travers la vitre arrière, j'ai vu la silhouette de Sophie qui nous faisait un petit signe de la main, un sourire victorieux sur le visage.
Cette fois, je n'avais pas été vendue par mon frère.
J'avais été livrée par mes propres parents.
Dans la voiture, le silence était glacial.
Madame Leroy conduisait sans un regard pour moi.
Je savais où nous allions.
Pas dans une jolie maison de campagne.
Nous allions vers un endroit bien plus sombre, un lieu de transit pour des enfants comme moi.
Un sentiment de désespoir profond m'a envahie.
J'avais eu une seconde chance, mais j'avais échoué.
La haine et la trahison de ma première vie s'étaient répétées, encore plus cruellement.
Je m'étais battue, mais cela n'avait servi à rien.
Le destin semblait vouloir que je souffre.
Mais alors que les larmes coulaient sur mes joues, une étincelle de rage a pris feu en moi.
Ils pensaient m'avoir brisée ?
Ils se trompaient.
Ce n'était pas la fin.
Ce n'était que le début de ma vengeance.
C'est tout ce qui est disponible pour le moment.
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