/0/36576/coverbig.jpg)
/0/25830/coverbig.jpg)
Chapitre 1
Je me souviens de l'amour que je portais à Étienne Dubois, un amour qui a duré dix ans. Dix longues années où j'ai cru que mon monde tournait autour de lui, un séminariste que j'avais attendu, pour qui j'avais prié, et que j'aimais d'une passion dévorante. Pour le garder, j'ai tout risqué, même le mensonge. J'ai mis en scène un accident pour qu'il perde la mémoire, pour qu'il oublie son vœu de célibat et ne se souvienne que de moi. Et ça a marché. Amnésique, il m'a demandé en mariage. J'étais folle de joie, j'ai tourné le dos à ma mère malade, j'ai tout abandonné pour le suivre, convaincue que notre bonheur commençait enfin.
La nuit de mon accouchement est arrivée, une nuit de douleur et de sueur. J'étais à moitié consciente, flottant dans un brouillard de souffrance, quand j'ai entendu des voix. Celles d'Étienne et de ma demi-sœur, Camille. Leurs mots étaient des chuchotements, mais ils ont traversé la brume de ma conscience avec la clarté d'un cri.
« Ne t'inquiète pas, Camille. Tout est sous contrôle. »
C'était la voix d'Étienne, calme, dénuée de toute l'inquiétude qu'un futur père devrait ressentir.
« Et Adèle ? Si elle découvre la vérité ? » a demandé Camille, sa voix empreinte d'une impatience mauvaise.
Étienne a ri. Un rire bas, que je n'avais jamais entendu.
« La vérité ? Quelle vérité ? Que mon amnésie n'était qu'une comédie pour la piéger ? Elle ne saura jamais. J'ai drogué son enfant dans son ventre, il naîtra mort. Elle pensera que c'est une tragédie, un accident de la nature. Elle sera si brisée qu'elle ne se posera pas de questions. »
Chaque mot était un coup de poignard. J'essayais de bouger, de crier, mais mon corps ne répondait pas. J'étais prisonnière de ma propre chair, forcée d'écouter la bande-son de ma destruction.
« Et après ? » a insisté Camille.
« Après, elle sera à nous. Sans enfant pour la retenir, elle sera plus facile à manipuler. On la forcera à se prostituer. Elle nous rapportera de l'argent, assez pour élever notre enfant, le vrai, celui que tu portes. »
Notre enfant. Le leur. La nausée m'a submergée, plus forte que les contractions. Ma demi-sœur, celle que j'avais toujours enviée mais aussi plainte, était enceinte de l'homme que j'aimais. Tout n'était qu'un piège. Un plan monstrueux, orchestré par les deux personnes en qui j'avais le plus confiance.
Camille a ajouté quelque chose, sa voix pleine de venin.
« Et sa mère ? Cette vieille folle qui m'a toujours détestée. J'espère qu'elle crèvera seule, maintenant que sa précieuse Adèle l'a abandonnée pour toi. »
La haine dans sa voix était si pure, si intense. La douleur dans mon ventre a redoublé, mais c'est la douleur dans mon cœur qui m'a fait suffoquer. Dix ans d'amour, de sacrifices, de rêves. Tout anéanti en quelques phrases.
Mes larmes ont commencé à couler, des larmes froides qui se mêlaient à ma sueur. Le brouillard s'est dissipé, remplacé par une clarté terrible. J'avais été stupide. Aveugle. J'avais moi-même orchestré le début de ma propre chute en simulant son accident, et ils avaient simplement pris le relais pour me pousser dans le précipice.
Peu de temps après, la sage-femme a annoncé, d'une voix pleine de pitié, que mon bébé était mort-né. Un petit garçon. Mon fils. Étienne est entré dans la pièce, son visage un masque de chagrin parfait. Il m'a prise dans ses bras, a pleuré sur mon épaule, me disant que nous surmonterions cette épreuve ensemble. Et moi, brisée, vide, je l'ai laissé faire. Je me suis blottie contre lui, jouant le rôle de la femme éplorée, alors qu'à l'intérieur, quelque chose de froid et de dur commençait à naître : la haine.
Envie de continuer la lecture ?
Continuez la lecture pour suivre la suite de l'histoire.
Continuer la lectureListe des chapitres
11 chapitres au total
/0/34346/coverbig.jpg)
/0/22333/coverbig.jpg)
/0/36537/coverbig.jpg)
/0/7637/coverbig.jpg)
/0/35647/coverbig.jpg)
/0/38038/coverbig.jpg)
/0/33807/coverbig.jpg)
/0/33811/coverbig.jpg)
/0/33832/coverbig.jpg)
/0/33826/coverbig.jpg)
/0/33810/coverbig.jpg)