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Chapitre 1
Louis Dubois sentit un frisson le parcourir, un écho glacial d'une vie passée. Il était assis dans le grand salon de la villa des Dubois, une cage dorée qu'il connaissait trop bien. L'odeur du cuir des fauteuils et du vieux bois ciré lui donnait la nausée. Autour de lui, sa famille adoptive, les architectes de sa misère antérieure, discutait de son avenir comme s'il s'agissait d'une simple transaction commerciale.
Son frère adoptif, Antoine, se pavanait devant la cheminée, un verre de whisky à la main. Il portait un costume sur mesure qui criait l'arrogance.
« Père, Mère, j'ai bien réfléchi, » dit Antoine avec un sourire suffisant. « Le mariage avec la famille Moreau est une excellente opportunité, personne ne le nie. Mais Claire Moreau... elle est rigide, c'est une femme d'affaires. Elle ne me correspond pas. »
Louis serra les poings sous la table, ses jointures devenant blanches. Il connaissait ce discours par cœur. C'était le début de la fin.
« Sophie Martin, par contre, » continua Antoine, son regard brillant de convoitise, « elle a du style, elle connaît tout le monde à Paris. Elle serait une épouse parfaite pour moi. Louis peut bien prendre Claire Moreau. Pour un orphelin comme lui, c'est déjà une chance inouïe d'épouser une femme de ce rang. Il ne devrait pas se plaindre. »
Le silence tomba dans la pièce. M. et Mme Dubois échangèrent un regard. Ils voyaient en Antoine l'héritier de leur nom et de leur fortune, et en Louis, un simple outil, un pion qu'on pouvait sacrifier.
Louis leva les yeux et croisa le regard d'Antoine. Ce n'était pas seulement de l'arrogance qu'il y vit, mais une lueur de triomphe malsain, une connaissance secrète. À cet instant, une certitude glaçante s'empara de Louis. Antoine aussi s'était souvenu. Il avait aussi renaît. Mais contrairement à Louis, qui avait vécu un enfer, Antoine semblait ravi de pouvoir rejouer la partie, en s'assurant cette fois que Louis souffre encore plus.
La scène se superposa à un souvenir, une vision si nette qu'elle lui coupa le souffle. Sa vie antérieure.
Il se revit, non pas dans ce salon luxueux, mais dans une cave humide et sale. L'odeur de la moisissure et de la peur. Il était attaché à une chaise, le corps couvert d'ecchymoses. Face à lui, Sophie Martin, la femme qu'Antoine avait choisie, riait aux éclats. À côté d'elle se tenait M. Bernard, un homme d'affaires à l'allure respectable mais au regard pervers, le partenaire secret de Sophie dans ses trafics les plus sordides.
Dans cette autre vie, Louis avait découvert leurs activités illégales. Sophie et M. Bernard, pour le faire taire, l'avaient torturé, physiquement et mentalement. Ils l'avaient drogué, brisé, jusqu'à ce qu'il ne soit plus qu'une épave. Ils avaient ensuite orchestré sa mort, la faisant passer pour un suicide. La dernière chose qu'il avait vue était le visage ricanant de Sophie. Et Antoine ? Antoine avait fermé les yeux, trop lâche et trop obsédé par l'argent que Sophie lui promettait pour intervenir. Il avait laissé son frère adoptif être détruit.
Un bruit sec le ramena à la réalité. C'était sa mère adoptive, qui venait de poser sa tasse de thé.
« Antoine a raison, » dit-elle d'une voix mielleuse qui cachait mal sa cruauté. « Louis, tu épouseras Claire Moreau. C'est décidé. »
Louis sentit une colère froide monter en lui. Il n'était plus le jeune homme docile et obéissant qu'il avait été. La souffrance l'avait transformé. Cette fois, il n'allait pas subir. Il allait agir.
Il regarda à nouveau son frère. Le sourire d'Antoine était un défi. Il pensait avoir gagné, comme la première fois. Il pensait refiler à Louis le "mauvais lot", la femme d'affaires froide, pour prendre la mondaine excitante. Quelle ironie. Antoine ne savait pas que Claire Moreau, la femme qu'il méprisait, était en réalité une femme brillante et loyale. Et que Sophie Martin, la femme qu'il désirait, était un serpent venimeux qui l'avait conduit à sa perte.
« Très bien, » dit Louis d'une voix si calme qu'elle en était dérangeante.
Antoine parut surpris par cette acceptation rapide. Il s'attendait à des protestations, des supplications.
Louis se leva. Il sentait les regards de sa "famille" sur lui. Le mépris de ses parents, la jubilation de son frère.
« Puisque c'est décidé, je n'ai rien à ajouter, » dit-il.
Il se dirigea vers la porte, mais s'arrêta sur le seuil. Il se retourna lentement et planta son regard dans celui d'Antoine.
« J'espère que tu seras très heureux avec Sophie, mon frère. »
Le mot "frère" était chargé d'un sarcasme glacial.
« Tu n'as pas idée à quel point, » répondit Antoine, arrogant.
Louis esquissa un sourire qui ne monta pas jusqu'à ses yeux. Un sourire qui promettait le chaos.
« Oh, je crois que si. J'ai une très bonne idée. »
Puis il quitta la pièce, laissant derrière lui un Antoine soudainement perplexe et un silence lourd de menaces invisibles. Le jeu venait de commencer, mais cette fois, Louis connaissait les règles. Et il comptait bien les réécrire.
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