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Chapitre 1

Le cri a déchiré le silence de la nuit parisienne. Un son aigu, plein de terreur, qui a stoppé net Louis Dubois au milieu de la ruelle sombre. Il rentrait chez lui, le cœur léger, sa lettre d'admission pour le Conservatoire de Paris bien au chaud dans sa poche. Une bourse complète. Le rêve de toute une vie.

Le bruit venait d'une alcôve entre deux bâtiments. Poussé par une impulsion qu'il ne comprenait pas lui-même, Louis s'est approché. Il a vu une scène horrible. Un homme bien habillé, l'air arrogant, tenait une jeune femme contre le mur. Elle se débattait, ses chaussons de danse éraflés contre les pavés. C'était Camille, la danseuse étoile de son lycée, une fille que tout le monde admirait de loin.

« Lâche-moi ! » a-t-elle crié.

L'homme a ri. Un rire méprisant. « Fais pas ta sainte. Tu sais très bien ce que je veux. »

Louis n'a pas réfléchi. Il a crié : « Hé ! Laissez-la tranquille ! »

L'agresseur s'est retourné, surpris. Son visage s'est tordu de colère. « Mêle-toi de tes affaires, pauvre type. »

Louis a senti la peur lui nouer l'estomac, mais il a vu la panique dans les yeux de Camille et il n'a pas pu reculer. Il a attrapé une vieille caisse en bois qui traînait là et l'a brandie. « J'ai appelé la police. Ils arrivent. »

C'était un mensonge, mais ça a marché. L'homme a hésité, a jeté un dernier regard haineux à Louis, puis a lâché Camille et s'est enfui dans l'obscurité.

Camille s'est effondrée au sol, en larmes. Louis s'est précipité vers elle, a sorti son téléphone et a vraiment appelé la police cette fois. Il l'a aidée à se relever, l'a rassurée avec des mots maladroits. Il se sentait comme un héros de film. Il l'avait sauvée.

Le lendemain matin, deux policiers ont sonné à sa porte. Louis pensait qu'ils venaient pour un complément de témoignage. Il les a fait entrer avec un sourire.

« Louis Dubois ? » a demandé l'un d'eux, le visage fermé.

« Oui, c'est moi. »

« Vous êtes en état d'arrestation pour l'agression de Mademoiselle Camille Delacroix. »

Le monde de Louis s'est effondré. Il n'a rien compris. Au commissariat, il a vu Camille. Elle était assise, le regard froid, sans aucune trace de la terreur de la veille.

« Camille, dis-leur la vérité ! » a-t-il supplié.

Elle l'a regardé droit dans les yeux. Sa voix était plate, sans émotion.

« C'est lui, l'agresseur. Il m'a forcée à mentir hier soir, à dire que quelqu'un d'autre m'avait attaquée. »

Chaque mot était un coup de poignard. Il a été enfermé dans une cellule. Sa bourse pour le Conservatoire a été annulée. Son nom était traîné dans la boue. Il a raté son entrée, le rêve de sa vie s'est évaporé en un instant.

Son père, un ancien ouvrier usé par la vie, handicapé par un accident du travail qui lui avait broyé une jambe, a tout fait pour l'aider. Il a dépensé leurs maigres économies en avocats, il a crié l'innocence de son fils à qui voulait l'entendre. Mais personne ne l'écoutait. Qui allait croire un vieil ouvrier handicapé face à une future étoile de la danse ?

Une semaine plus tard, alors que Louis était toujours en détention provisoire, le pire est arrivé. Son père est allé devant la maison de Camille. Il portait son plus beau costume, celui qu'il ne mettait que pour les grandes occasions. Il s'est planté devant la porte d'entrée et s'est tranché la gorge.

Il a laissé une lettre. Une simple feuille de papier, tachée de son propre sang. Sur cette lettre, quelques mots écrits d'une main tremblante : « Mon fils est innocent. »

Face à ce drame, et faute de preuves matérielles contre Louis, la justice l'a relâché. Mais il était trop tard. Son père était mort. Son rêve était brisé. Il était libre, mais sa vie était finie.

Il a passé les six mois suivants dans un brouillard de douleur et de haine. Il travaillait comme plongeur dans un restaurant miteux, ses mains autrefois destinées à faire danser les notes sur un piano étaient maintenant plongées dans l'eau grasse et sale.

Un soir, en sortant du travail, il les a vus. Camille et son véritable agresseur. Ils marchaient main dans la main, riant, sortant d'un restaurant de luxe. L'homme, il l'a reconnu tout de suite. C'était Marc Fournier, l'héritier d'une immense fortune industrielle. Tout s'est éclairé dans son esprit. L'argent, le pouvoir. Camille l'avait vendu pour ça.

La rage a submergé Louis. Il a traversé la rue en courant, sans regarder. Il s'est planté devant eux.

« Toi ! » a-t-il hurlé à Camille. « Comment as-tu pu ? Mon père... Mon père est mort à cause de toi ! »

Camille a eu un mouvement de recul, son visage a pâli. Mais Marc s'est interposé, un sourire arrogant aux lèvres.

« T'es encore là, toi ? Tu n'as pas compris la leçon ? Dégage. »

« C'était toi, ce soir-là, dans la ruelle ! » a crié Louis. « C'est toi l'agresseur ! »

Marc a haussé les épaules. « Et alors ? Personne ne te croira jamais. Maintenant, casse-toi. »

Il a poussé Louis violemment. Louis a perdu l'équilibre, a trébuché en arrière, sur la chaussée. Il a entendu un crissement de pneus assourdissant, a vu des phares l'éblouir.

Une douleur fulgurante a traversé tout son corps. Puis, plus rien. Le noir complet.

Il s'est réveillé en sursaut dans son propre lit. La sueur collait à son front. Il tremblait de tous ses membres. Par la fenêtre ouverte, il entendait les bruits familiers de sa rue. Il a regardé son téléphone. La date. C'était la veille de son arrestation.

Dans sa chambre, la douce mélodie qu'il avait composée pour son audition au Conservatoire flottait encore dans l'air. C'était la musique qu'il écoutait juste avant de sortir. Juste avant d'entendre le cri.

Un cri.

Le même cri aigu et plein de terreur a retenti dans la ruelle.

Louis est resté figé sur son lit. Son cœur battait à tout rompre. Il était de retour. Au moment exact où tout avait basculé.

Cette fois, il savait. Il savait ce qui allait se passer s'il sortait, s'il jouait les héros. La fausse accusation, la perte de son rêve, le suicide de son père.

Il s'est levé, mais au lieu de se diriger vers la porte, il s'est approché de la fenêtre et l'a fermée. Il a coupé la musique. Le cri s'est estompé, étouffé par la vitre.

Cette fois, il n'y aurait pas de héros. Il n'y aurait pas de sauveur.

Cette fois, il allait sauver la seule personne qui comptait vraiment. Son père.

Il a enfilé une veste et est sorti de son appartement. Il n'est pas allé vers la ruelle. Il a marché dans la direction opposée, vers le petit marché de nuit où son père, malgré sa jambe handicapée, tenait un stand de crêpes pour gagner de quoi vivre. Il allait changer son destin. Et celui de son père.

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Liste des chapitres

11 chapitres au total

  1. Chapitre 1Introduction
  2. Chapitre 2Chapitre 1
  3. Chapitre 3Chapitre 2

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