Passer au contenu principal

Chapitre 1

Le plan était simple, un week-end parfait à la campagne. Notre petite maison, nichée au cœur des bois, nous attendait. J'avais passé la semaine à tout préparer, imaginant déjà le crépitement du feu dans la cheminée, nos longues promenades main dans la main.

Adèle Dupont, designer de mode, fiancée à Marc Dubois, architecte de renom. Sur le papier, tout était parfait.

J'étais en train de charger le dernier sac dans le coffre de la voiture quand mon téléphone a sonné. C'était Marc.

« Chérie, petit changement de programme. »

Sa voix était un peu trop enjouée, un peu trop légère. J'ai senti un léger malaise.

« Qu'est-ce qui se passe ? »

« Tu te souviens de Chloé ? Chloé Martin, mon amie d'enfance. »

Mon cœur s'est serré. Chloé. L'artiste peintre, la bohème, celle dont il parlait parfois avec une nostalgie que je n'aimais pas.

« Oui, et alors ? »

« Elle est à Paris pour quelques jours, un peu perdue. Je l'ai invitée à se joindre à nous pour le week-end. Ça ne te dérange pas, j'espère ? »

Il n'attendait pas ma réponse. C'était une affirmation, pas une question.

J'ai dégluti.

« Non, bien sûr que non. »

Une heure plus tard, elle était là. Grande, mince, avec des cheveux en pagaille et une robe à fleurs qui semblait flotter autour d'elle. Elle dégageait une sorte de fragilité calculée.

Elle m'a souri, un sourire immense qui n'atteignait pas ses yeux.

« Adèle, c'est si gentil de m'avoir invitée ! Marc m'a dit que tu avais insisté. »

Je l'ai regardée, puis j'ai regardé Marc. Il évitait mon regard, occupé à sortir les bagages de Chloé de son taxi.

J'ai forcé un sourire.

« De rien, Chloé. Bienvenue. »

Le mensonge flottait dans l'air, lourd et inconfortable. C'était elle, la concurrente, et elle venait de marquer le premier point.

Le trajet en voiture a été un supplice. Chloé s'est assise à l'avant, à côté de Marc, et ils ont passé tout le trajet à se remémorer des souvenirs d'enfance, des anecdotes dont j'étais totalement exclue. Je suis restée silencieuse sur la banquette arrière, regardant le paysage défiler, me sentant comme une étrangère dans ma propre vie.

Arrivés à la maison de campagne, la situation a empiré. La maison avait deux chambres. La nôtre, grande et confortable, avec une vue sur le jardin, et une plus petite, au nord, plus froide et un peu humide.

Marc a pris les valises de Chloé.

« On va installer Chloé dans la grande chambre, elle a fait un long voyage, elle a besoin de se reposer. »

Il a dit ça sans même me regarder, comme si ma présence était accessoire.

Il n'a pas dit "notre chambre". Il a dit "la grande chambre".

Chloé a fait une petite moue.

« Oh non, je ne veux pas déranger. Je peux prendre la petite. »

« N'insiste pas, » a dit Marc avec une douceur que je ne lui connaissais plus. « Adèle et moi, on se serrera dans la petite, ça ne nous pose pas de problème, n'est-ce pas, chérie ? »

Cette fois, il m'a regardée. Il attendait que j'acquiesce, que je joue mon rôle de fiancée compréhensive et généreuse.

Je n'ai rien dit. J'ai juste hoché la tête, la gorge nouée.

J'ai regardé Marc monter les escaliers avec les bagages de Chloé, la conduisant vers la chambre qui aurait dû être la nôtre. Chloé m'a jeté un regard par-dessus son épaule. Un regard triomphant.

La vieille dame qui s'occupait de la maison, Madame Girard, était dans la cuisine. Elle a vu toute la scène. Quand nos regards se sont croisés, j'ai vu dans ses yeux une immense pitié. Cette pitié m'a fait plus mal que l'indifférence de Marc.

L'envie de tout laisser tomber, de monter dans ma voiture et de repartir à Paris m'a traversé l'esprit. Mais où serais-je allée ? Notre appartement était aussi celui de Marc.

Je suis restée là, plantée au milieu du salon, pendant qu'ils s'installaient à l'étage. J'entendais leurs rires, leurs voix étouffées.

Un peu plus tard, ils sont redescendus.

« On va faire un tour au marché du village, tu viens ? » m'a lancé Marc.

Chloé portait une de ses écharpes en soie, colorée et voyante.

« Non, » ai-je répondu d'une voix neutre. « Je suis un peu fatiguée. Je vais rester ici. »

Marc n'a pas insisté. Il semblait presque soulagé.

« D'accord, comme tu veux. On ne sera pas longs. »

Je les ai regardés partir. Marc a ouvert la portière pour Chloé. Un geste qu'il ne faisait plus pour moi depuis longtemps.

Alors qu'ils s'éloignaient dans l'allée, j'ai remarqué quelque chose. Autour du cou de Chloé, ce n'était pas n'importe quelle écharpe. C'était celle que Marc m'avait offerte pour notre premier anniversaire. Une pièce unique, d'un créateur que j'adorais.

Je suis restée immobile, la main sur la poignée de la porte, le froid du métal se propageant dans tout mon corps. La trahison n'était plus subtile. Elle était là, tangible, enroulée autour du cou de cette femme.

Envie de continuer la lecture ?

Continuez la lecture pour suivre la suite de l'histoire.

Continuer la lecture

Liste des chapitres

17 chapitres au total

  1. Chapitre 1Introduction
  2. Chapitre 2Chapitre 1
  3. Chapitre 3Chapitre 2

Nouveautés