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Chapitre 2
Le lendemain matin, Antoine répondit enfin à son message. Un simple « D'accord. »
Pas de question. Pas de surprise. Pas de colère. Juste une acceptation plate qui confirmait à Camille ce qu'elle savait déjà : son départ ne changeait rien d'essentiel pour lui. Elle se sentit vide, mais aussi étrangement soulagée. La douleur de l'incertitude était terminée.
Elle passa la journée à faire ce qu'elle aurait dû faire depuis longtemps. Elle commença par les réseaux sociaux. Elle ouvrit son profil et parcourut les photos. Des années de souvenirs soigneusement mis en scène : vernissages, voyages, dîners entre amis. Sur chaque photo, elle souriait à côté d'Antoine, jouant le rôle de l'épouse heureuse et comblée. D'un clic, elle supprima tout. Les albums, les publications, les identifications. Elle effaça méthodiquement chaque trace de leur vie commune, comme on nettoie une scène de crime.
Alors qu'elle effaçait une photo de leurs vacances en Italie, une notification attira son attention. Antoine venait de publier quelque chose. Curieuse malgré elle, elle cliqua. C'était une photo de Sophie Martin, souriante, dans une galerie d'art. La légende disait : « Fière de toi, comme toujours. L'exposition est une réussite totale. » Des dizaines de commentaires élogieux s'accumulaient déjà, célébrant non seulement le talent de Sophie, mais aussi le soutien indéfectible d'Antoine. Personne ne semblait remarquer l'absence de sa femme.
Camille sentit une pointe de douleur, mais elle la repoussa. C'était la réalité. Elle ferma l'application et continua son travail de nettoyage numérique, le cœur lourd mais la détermination intacte.
Le soir venu, c'était son anniversaire. Elle n'avait rien prévu, ne voulant voir personne. Elle s'était acheté un petit gâteau et s'apprêtait à l'entamer seule quand on sonna à la porte. C'était Antoine.
Il se tenait sur le pas de la porte, l'air un peu gêné, tenant un cadeau joliment emballé.
« Joyeux anniversaire, Camille. »
Elle le laissa entrer, surprise. Il n'avait pas oublié.
« Je ne pensais pas que tu viendrais. »
« Je ne pouvais pas rater ça. » dit-il en posant le cadeau sur la table. « Je suis désolé pour hier soir. Sophie avait un problème avec une de ses sculptures... »
« Ce n'est pas la peine, Antoine. Je comprends. »
Il y eut un silence. Il remarqua le petit gâteau sur la table. « Tu allais fêter ça toute seule ? »
« J'en avais envie. »
Ce moment de calme, cette attention soudaine, la fit vaciller. Elle se souvint d'un autre anniversaire, quelques années plus tôt. C'était le premier après leur mariage. Il avait rempli l'appartement de bougies et lui avait préparé son plat préféré. Ce soir-là, elle avait vraiment cru qu'il commençait à l'aimer, qu'un avenir était possible. L'espoir était une chose tenace.
Mais ce souvenir en fit remonter un autre, beaucoup plus douloureux, qui brisa l'illusion. C'était il y a deux ans. Elle venait de remporter le plus grand projet de sa carrière, un concours d'architecture prestigieux. C'était l'aboutissement de mois de travail acharné, de nuits blanches. Elle avait organisé un dîner pour fêter ça avec leurs amis les plus proches. Tout était parfait.
Au milieu du repas, le téléphone d'Antoine avait sonné. C'était Sophie, en larmes. Son fiancé venait de rompre avec elle. Sans une seconde d'hésitation, Antoine s'était levé.
« Excusez-moi, je dois y aller. Sophie a besoin de moi. »
Il avait quitté la table, la laissant seule face à leurs invités stupéfaits, au milieu de sa propre fête de célébration. Ce soir-là, elle avait compris. Elle ne serait jamais sa priorité. Elle était la solution de secours, la présence rassurante quand Sophie n'était pas disponible. Sa plus grande réussite professionnelle ne pesait rien face aux larmes de Sophie.
Elle avait réalisé qu'elle n'avait jamais vraiment eu son amour. Tout ce qu'elle avait eu, c'était des moments volés, des bribes d'attention qu'il lui accordait entre deux crises de Sophie. Le bonheur qu'elle avait cru construire n'était qu'une illusion, un château de cartes prêt à s'effondrer au moindre coup de vent.
Le regard d'Antoine était maintenant fixé sur le gâteau. « Tu n'as pas encore fait de vœu ? »
Camille le regarda dans les yeux. À cet instant, son téléphone sonna de nouveau. Il jeta un coup d'œil à l'écran. Sophie. Encore.
Il se tourna vers Camille, l'air désolé. « Je suis vraiment désolé, je dois répondre... »
« Va. » dit-elle, sa voix plus ferme qu'elle ne s'y attendait. « Vas-y, Antoine. »
Il hésita une seconde, puis sortit sur le balcon pour prendre l'appel. Camille regarda la petite bougie scintiller sur son gâteau. Elle ferma les yeux. L'année dernière, elle avait souhaité qu'Antoine l'aime enfin. Cette année, son vœu était différent.
Elle souffla la bougie et murmura pour elle-même : « Je souhaite ne plus jamais t'aimer. »
Elle se leva, prit le cadeau non ouvert et les papiers du divorce sur la table, et les posa devant la porte. Quand Antoine revint du balcon, elle était déjà dans sa chambre, la porte fermée.
C'est tout ce qui est disponible pour le moment.
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