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Chapitre 1

Ma tête me faisait un mal de chien, un écho sourd de la migraine qui m'avait tuée dans ma vie précédente. Le souvenir était encore vif, le goût sucré et mortel du jus de mangue que Chloé m'avait tendu avec un sourire d'ange, sachant parfaitement que j'y étais allergique. Je me souvenais de l'anaphylaxie, de la suffocation, puis du néant. Et ensuite, la douleur la plus profonde : apprendre, depuis une sorte de limbes, que ma mère, dévorée par le chagrin, s'était laissé mourir.

Mais aujourd'hui n'était pas ce jour. Aujourd'hui, c'était le jour de l'examen d'entrée à l'université, le point de départ de toute la tragédie. Et j'étais de retour. Mes yeux se sont ouverts dans la salle de classe bruyante, une heure avant le début de l'épreuve la plus importante de notre vie.

Ou du moins, de leur vie.

« Jeanne, tu ne viens pas ? On attend Chloé ! Elle ne trouve plus son élastique à cheveux. »

C'était Pierre, mon petit ami. Ou plutôt, celui qui l'était dans ma vie passée. Il se tenait près de la porte, son visage empreint de cette impatience servile qu'il réservait toujours à Chloé Martin, la coqueluche de la classe, le soleil autour duquel notre petit monde pathétique tournait.

Dans ma vie d'avant, j'avais soupiré et j'avais attendu avec eux. J'avais essayé de raisonner Pierre, de lui dire que l'examen était trop important, mais il m'avait accusée d'être égoïste. Nous avions tous attendu. Nous avions tous manqué l'examen à cause d'un glissement de terrain qui avait bloqué la seule route menant au centre d'examen. Et c'est cette frustration qui avait permis à Chloé de me piéger plus tard, de me faire porter le chapeau et de finalement, me tuer.

Cette fois, je l'ai regardé, Pierre, avec des yeux que je sentais froids et étrangers. La naïveté, la chaleur, l'amour que j'avais pour lui, tout avait été brûlé, ne laissant que des cendres.

« Non. »

Ma voix était plate, sans aucune émotion.

Pierre a froncé les sourcils, surpris par mon ton.

« Quoi, non ? C'est Chloé, Jeanne. On ne peut pas la laisser comme ça. »

Derrière lui, le reste de la classe acquiesçait. Ils étaient tous là, un troupeau de moutons, attendant les ordres de leur bergère. Chloé, bien sûr, était encore dans la salle, fouillant son sac avec une lenteur théâtrale. Elle savait que tout le monde l'attendait. Elle adorait ça.

Je me suis levée, j'ai pris mon sac et je me suis dirigée vers la porte.

« Je pars. L'examen commence dans une heure. La route est longue. »

Une fille, Sophie, a ricané.

« Toujours la bonne élève, hein, Jeanne ? Tu ne peux pas te détendre cinq minutes ? C'est juste un élastique. »

Je me suis arrêtée et je me suis tournée vers eux. Je les ai regardés un par un, leurs visages si familiers, si détestables. Des visages qui m'avaient regardée mourir avec indifférence, ou pire, avec satisfaction.

« L'élastique n'est qu'un prétexte », j'ai dit calmement. « Et vous êtes tous des idiots de tomber dans le panneau. »

Un silence choqué a rempli le couloir. Personne n'était habitué à ce que je parle comme ça. J'étais Jeanne Dubois, la fille gentille, studieuse, un peu effacée. Pas cette personne froide et tranchante.

Pierre s'est avancé, le visage rouge de colère.

« Qu'est-ce que tu racontes ? Tu es juste jalouse de Chloé, c'est tout ! »

Jalouse. C'était leur explication pour tout. Si simple, si commode. Ça leur évitait de voir la vérité : que Chloé était une manipulatrice cruelle et qu'ils étaient ses marionnettes.

Je n'ai pas répondu. Il commençait à pleuvoir dehors, de grosses gouttes s'écrasant contre les fenêtres du couloir. Le son était comme un compte à rebours. Le compte à rebours de leur échec.

« Il y a une alerte météo », j'ai ajouté, comme une dernière faveur que je ne leur devais pas. « Des risques de glissement de terrain sur la route de montagne. Vous devriez partir maintenant. »

C'était la vérité. Dans ma vie passée, nous avions tous ignoré l'alerte, trop occupés à attendre la princesse Chloé.

Un autre garçon, Luc, a éclaté de rire.

« Un glissement de terrain ? Tu regardes trop les films catastrophe, Jeanne. Allez, fiche le camp si tu es si pressée. On se débrouillera très bien sans toi. »

« C'est exactement ce que je compte faire », j'ai répondu.

Je leur ai tourné le dos et je suis partie, sans un regard en arrière. Leurs moqueries et leurs insultes me suivaient dans l'escalier, mais elles sonnaient creux. C'était le bruit de leur propre condamnation.

Une fois dehors, sous la pluie battante, j'ai sorti mon téléphone. J'ai ignoré les messages de Pierre qui commençaient déjà à affluer. J'ai appelé ma mère.

« Maman ? C'est moi. Peux-tu venir me chercher, s'il te plaît ? Devant le lycée. Tout de suite. »

Sa voix était pleine d'inquiétude.

« Jeanne ? Qu'est-ce qui se passe ? Tu as l'air... différente. »

Un petit sourire a effleuré mes lèvres. C'était un sourire amer, un sourire de vengeance.

« Je vais bien, maman. Mieux que jamais. Prends la route côtière, pas celle de la montagne. Fais-moi confiance. »

En attendant, j'ai regardé la notification sur mon téléphone. L'alerte météo était passée au rouge. "Fortes précipitations, risque maximal de glissement de terrain sur la D22". La route de montagne. La seule route qu'ils prendraient, car elle était plus courte.

J'ai senti une satisfaction froide m'envahir. Cette fois, je n'allais pas mourir. Cette fois, ils allaient payer. Tous.

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Liste des chapitres

11 chapitres au total

  1. Chapitre 1Introduction
  2. Chapitre 2Chapitre 1
  3. Chapitre 3Chapitre 2

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