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Chapitre 1
Le dîner d'entreprise battait son plein dans le salon luxueux d'un grand hôtel, les lustres en cristal projetaient une lumière chaude sur les visages souriants des cadres de la société. Je me tenais un peu à l'écart, un verre de jus d'orange à la main, observant la foule. Ma petite amie, Léa Martin, était au centre de l'attention, comme toujours. Elle riait aux éclats, sa robe de soirée scintillante attirant tous les regards. Elle était belle, brillante, et malheureusement, elle était aussi la fille du PDG. Notre relation était un secret, un secret qu'elle insistait pour garder.
Soudain, Marc Fournier, un ami d'enfance de Léa et directeur de département, s'est approché d'elle avec un air paniqué.
« Léa, je ne trouve plus mon stylo. Mon Montblanc, celui que mon père m'a offert. »
Le visage de Léa se crispa. Elle balaya la pièce du regard, ses yeux se posant finalement sur moi. Un frisson désagréable me parcourut. Je ne savais pas pourquoi, mais son regard était froid, accusateur.
Elle s'est dirigée vers moi, le bruit de ses talons claquant sur le marbre faisant taire les conversations autour de nous. Marc la suivait, un sourire narquois à peine dissimulé sur les lèvres.
« Alexandre, » dit Léa d'une voix forte et claire, pour que tout le monde puisse l'entendre. « As-tu vu le stylo de Marc ? »
Je secouai la tête, confus.
« Non, je ne l'ai pas vu. Pourquoi ? »
Elle ignora ma question. Son regard se fixa sur le sac en toile que je portais, un sac simple et usé qui détonnait avec le luxe ambiant.
« Ouvre ton sac, Alexandre. »
Le choc me cloua sur place. L'humiliation me monta au visage comme une vague brûlante.
« Quoi ? Pourquoi ferais-je ça ? »
« Parce que je te le demande, » répondit-elle, son ton ne laissant place à aucune discussion. « Marc dit qu'il t'a vu près de son bureau tout à l'heure. »
C'était un mensonge. Je n'avais pas quitté cette salle. Mais avant que je puisse protester, Marc ajouta, avec une fausse compassion :
« Allez, Alex, ne rends pas les choses plus difficiles. Montre-nous juste ton sac. »
Les murmures commencèrent autour de nous. Les regards curieux se transformèrent en regards suspicieux. Je me sentais comme un animal pris au piège. Ma voix tremblait de colère et d'incompréhension.
« Je n'ai rien volé. C'est ridicule. »
Léa fit un pas en avant, son visage dur et impitoyable. Elle me connaissait. Elle savait que je n'étais pas un voleur. Pourtant, elle se tenait là, devant tous nos collègues, me traitant comme un criminel.
Sans attendre ma permission, elle attrapa mon sac. Je tentai de le retenir, mais sa poigne était ferme. Elle l'ouvrit brusquement et commença à en sortir mes affaires, les étalant sur une table voisine. Un vieux portefeuille, un livre de poche, des clés.
Mon cœur battait à tout rompre. Je savais que je n'avais rien fait, mais la situation était tellement surréaliste, tellement humiliante, que je commençais à perdre pied.
Puis, elle sortit une liasse de papiers. C'étaient les dernières ordonnances et les factures médicales de ma mère. Elle les regarda un instant, un éclair de quelque chose d'indéchiffrable dans les yeux, avant de les reposer.
C'est à ce moment-là qu'elle a prononcé la phrase qui allait détruire ma vie.
D'une voix pleine de mépris, elle a dit, assez fort pour que tout le monde l'entende :
« Alexandre, même si ta mère a désespérément besoin d'argent pour ses soins, tu ne devrais pas voler. »
Un silence de mort tomba sur la salle. Chaque mot était un coup de poignard. Elle n'avait pas seulement insinué que j'étais un voleur, elle avait utilisé la maladie de ma mère, ma plus grande vulnérabilité, pour me clouer au pilori.
Le choc laissa place à une douleur sourde. La trahison était si profonde, si totale, qu'elle me coupa le souffle. Les murmures reprirent, plus forts cette fois, chargés de jugement. "Pauvre garçon", "C'est pour sa mère", "Quelle honte".
Je la regardai, espérant voir une once de regret, de doute. Je ne vis que de la froideur.
Je ne savais pas encore que cette soirée n'était que le début de mon calvaire. Je ne savais pas que cette femme, que j'avais aimée, me chercherait désespérément pendant les cinq années suivantes, rongée par le remords.
Pour l'instant, tout ce que je voulais, c'était fuir. Je commençai à ramasser mes affaires, les mains tremblantes.
« Laissez-moi partir, » murmurai-je.
« Pas si vite, » intervint Marc, posant une main lourde sur mon épaule. « On n'a pas encore trouvé mon stylo. »
Son contact me brûla. Je me dégageai violemment.
« Ne me touchez pas. »
La soirée de rêve s'était transformée en un cauchemar public, et j'étais le seul accusé.
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