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Chapitre 1
Bastien a posé ses mains sur mes épaules, son regard intense fixé sur le mien.
« Amélie, mon amour. Bientôt, tu seras ma femme. Je dois penser à notre avenir, à notre famille. »
Sa voix était douce, pleine d'une gravité que je prenais pour de la responsabilité. Nous étions dans notre petit appartement du Marais, la "chambre de bonne" qu'il disait pouvoir à peine se payer avec sa bourse d'étudiant en art. L'odeur de térébenthine et de peinture à l'huile flottait dans l'air, le parfum de ses ambitions.
« Cette Alpine A110, ce n'est pas juste une voiture. C'est une œuvre d'art, une sculpture en mouvement. La restaurer, la présenter, c'est le projet qui peut lancer ma carrière. Imagine, l'argent de la vente nous permettrait d'acheter un vrai atelier, de quitter cet endroit. »
Il a caressé mon ventre plat. Je n'étais pas encore enceinte, mais nous en parlions, c'était notre rêve.
« C'est pour nous, tu comprends ? Pour notre futur enfant. »
Je comprenais. Je voyais déjà notre vie, loin des soucis d'argent, grâce à son talent. Mais le prix était énorme. Cinquante mille euros. Une somme que nous n'avions pas.
« Je ne sais pas, Bastien. C'est tellement d'argent. »
« Je sais, mon amour, je sais. C'est pour ça que ça me tue de te demander. Mais c'est maintenant ou jamais. »
Son visage était un masque de tourment. Je l'aimais tellement. Je croyais en lui, en son art, en nous.
J'ai appelé ma mère le soir même.
Sylvie, ma mère, était tout ce que j'avais. Une ancienne couturière, à la retraite dans notre petite maison de famille en Picardie. La seule chose de valeur qu'elle possédait.
Quand je lui ai expliqué la situation, sa voix au téléphone était calme, sans une once d'hésitation.
« Si c'est pour ton bonheur, ma chérie, alors il n'y a pas à discuter. »
« Maman, non. Tu ne peux pas. C'est ta maison. »
« Une maison, ce ne sont que des briques, Amélie. Ton bonheur, c'est ma fondation. »
Trois semaines plus tard, elle est arrivée à la gare du Nord à Paris. Elle ne portait qu'une petite valise. Son visage était fatigué mais elle souriait. Elle m'a tendu une enveloppe épaisse.
« Voilà. J'ai tout vendu. C'est pour vous. Pour votre avenir. »
Dans l'enveloppe, il y avait un chèque de banque de 50 000 euros. Le fruit de sa vie entière.
Bastien l'a prise dans ses bras, les larmes aux yeux.
« Sylvie, je ne sais pas comment vous remercier. Je vous promets, je rendrai Amélie la femme la plus heureuse du monde. »
J'ai pleuré en les regardant. Je me sentais coupable, mais aussi pleine d'un espoir immense. Le sacrifice de ma mère était la pierre angulaire de notre futur bonheur.
Le lendemain, Bastien a acheté la voiture.
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