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Chapitre 2
Je suis restée immobile un long moment dans l'obscurité de la cave, laissant le choc de mon retour s'estomper.
Le froid du sol en terre battue remontait à travers ma robe simple et usée, mais cette fois, je ne le sentais presque pas.
Mon esprit était entièrement concentré sur les sons qui me parvenaient d'en haut.
Les mêmes rires, la même musique, le même début de fête qui avait précédé ma mort.
C'était réel.
J'avais une seconde chance.
Je me suis levée, mes mouvements étaient lents et délibérés.
Plus de panique, plus de désespoir.
Seulement une détermination froide comme l'acier.
Je me suis dirigée vers la porte, et au lieu de la forcer avec l'énergie du désespoir, j'ai examiné la serrure.
Elle était vieille et rouillée, comme dans mon souvenir.
J'ai trouvé une vieille tige de métal dans un coin, et avec une précision que je ne me connaissais pas, j'ai forcé le mécanisme.
La porte s'est ouverte avec un grincement familier.
Le couloir de service était faiblement éclairé.
Je me suis avancée, mes pas silencieux sur les dalles de pierre.
En arrivant près du grand escalier, j'ai entendu la voix d'Isabelle, claire et mielleuse, s'adressant aux invités.
Elle parlait de sa "chance incroyable", de son "amour pur" pour mon fiancé, et de sa "pauvre cousine Camille", soi-disant si fragile et malade qu'elle avait dû rester au couvent pour sa propre sécurité.
Chaque mot était un mensonge soigneusement construit.
Je suis montée sur la dernière marche et je suis apparue, exactement comme la première fois.
Le silence s'est fait instantanément.
Tous les visages se sont tournés vers moi, une centaine de paires d'yeux fixés sur la silhouette sale et débraillée que je formais.
Le visage d'Isabelle s'est tordu de surprise, puis de fureur contenue.
Ma mère, juste à côté d'elle, a blêmi.
Elle a réagi plus vite cette fois, se précipitant vers moi avant même que j'aie pu descendre une marche.
Son visage était une tempête de rage et de peur.
« Camille ! Mais qu'est-ce que tu fais ici ? Je t'avais dit de rester cachée ! Tu es malade ! »
Elle a crié pour que tout le monde entende.
Puis, se penchant vers moi, elle a murmuré avec une haine pure :
« Disparais ! Si tu gâches cette journée, je te jure que je te tuerai de mes propres mains. »
Je l'ai regardée droit dans les yeux, sans ciller.
« Me tuer ? Comme tu as prévu de le faire tout à l'heure ? »
Ma voix était calme, presque conversationnelle, mais elle a eu l'effet d'une gifle.
Ma mère a reculé d'un pas, choquée que j'ose lui répondre.
Isabelle s'est approchée, jouant parfaitement son rôle de victime innocente et inquiète.
« Camille, ma chérie... Tu ne vas pas bien. Reviens à la raison. Le médecin a dit que tu avais besoin de repos. Ne nous fais pas ça. »
Elle a essayé de me prendre la main, mais je l'ai retirée brusquement.
Les invités murmuraient entre eux, leurs regards passant de moi à ma mère et Isabelle.
Ils voyaient une jeune femme dérangée, visiblement instable, face à une mère et une cousine pleines de sollicitude.
La scène était parfaitement orchestrée pour me discréditer, pour me faire passer pour folle.
La honte, la pitié, le mépris dans leurs yeux... C'était une humiliation publique, calculée pour me briser.
Dans ma première vie, j'avais été submergée par la douleur et la confusion.
Je n'avais pas compris la profondeur de leur manipulation.
Mais maintenant, je voyais tout avec une clarté glaciale.
Chaque mot, chaque geste était une pièce de leur théâtre cruel.
Ils n'avaient aucune intention de me laisser vivre, même en tant que "cousine pauvre".
J'étais une menace, un secret qu'il fallait éliminer.
La connaissance de mon avenir, du plan de mon père, de ma mort réelle, a cimenté ma résolution.
Je ne serais plus la victime.
Mon père s'est approché, le même verre de vin à la main.
Son visage était une toile vierge, impossible à déchiffrer.
« Bois ça, Camille. Ça te calmera. »
C'était le moment. Le moment où tout avait basculé.
Dans ma première vie, j'avais refusé, et la panique de ma mère avait tout déclenché.
Cette fois, j'ai souri.
Un sourire qui n'atteignait pas mes yeux.
J'ai pris le verre qu'il me tendait.
Le silence dans la salle était total.
Tout le monde attendait de voir ce que la folle allait faire.
Ma mère et Isabelle me regardaient avec un soulagement à peine dissimulé, croyant que j'allais obéir et m'effondrer.
J'ai levé le verre, non pas vers mes lèvres, mais en l'air, comme pour porter un toast.
« À la mariée. »
Ma voix a porté dans toute la pièce.
Puis, avec un geste rapide et violent, j'ai jeté le contenu du verre au visage d'Isabelle.
Le vin rouge a éclaboussé sa robe de mariée d'un blanc immaculé, la tachant d'un sang écarlate.
Elle a poussé un cri perçant, plus de surprise et de rage que de douleur.
La salle a suffoqué dans un hoquet collectif.
Avant que quiconque ait pu réagir, j'ai fracassé le verre de cristal sur le sol en marbre.
Le son a éclaté comme un coup de pistolet.
« Si je suis folle, c'est vous qui m'avez rendue ainsi ! »
J'ai crié, ma voix pleine d'une force nouvelle, accusatrice.
Je pointais un doigt tremblant vers ma mère et ma cousine.
« Vous m'avez volé ma vie, mon nom, mon héritage ! Et maintenant, vous voulez me faire taire pour de bon ! »
Le chaos a éclaté.
Ma mère hurlait des ordres contradictoires.
Isabelle pleurait de rage, essayant d'éponger le vin sur sa robe.
Mon père me regardait, et pour la première fois, j'ai cru voir une lueur d'étonnement, peut-être même d'admiration, dans ses yeux.
J'avais changé les règles du jeu.
Ce n'était plus mon procès, c'était le leur.
C'est tout ce qui est disponible pour le moment.
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